lundi 30 juin 2008

Besancenot, le Le Pen de gauche?

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C'est une espèce de buzz depuis quelques jours. Plusieurs rédactions, comme Marianne ou Le Figaro, s'interrogent sur le potentiel nuisible d'Olivier Besancenot et de son Nouveau Parti Anticapitaliste pour le Parti Socialiste. Hier, c'est Jean-François Copé qui en remettait une couche.

Tout indique que la droite se réjouit de la popularité du porte-parole de la LCR, certains la suspecte même de l'exagérer, et que le PS, avec la mise en place d'une cellule de veille par Daniel Vaillant, la redoute. L'espoir des uns, la crainte des autres, c'est que Besancenot et son NPA vienne perturber le PS comme jadis le FN de Jean-Marie Le Pen brouillait les cartes du RPR.


Après avoir réussi à inverser les rôles en étiquetant la droite, devenue sarkoziste, comme progressiste et réformatrice et la gauche réactionnaire et conservatrice, les services de communication de l'Élysée sont-ils en train de faire monter l'extrême gauche comme Mitterrand avait fait surgir Le Pen? Il n'en faudrait pas moins pour achever le retournement de situation qui aura vu la droite se décomplexer avant d'inhiber l'opposition.

De même qu'avec Le Pen la droite voyait certains de ses thèmes favoris confisqués et se retrouvait sans crédibilité sur ceux de la gauche, les socialistes voient aujourd'hui d'un côté quelques unes de leurs valeurs les plus traditionnelles défendues par le mouvement d'Olivier Besancenot et de l'autre se retrouvent forcés, en pleine guerre des chefs, de se placer sur le libéralisme ou l'immigration, autant de sujets qui les ont souvent divisés.

L'émergence et la personnalité d'Olivier Besancenot peut-elle vraiment être comparée à celle de Jean-Marie Le Pen? Peut-il vraiment entraîner le PS dans une spirale des "machines à perdre" semblable à celle porteuse de défaites électorales pour la droite chiraquienne? Je ne le crois pas.

D'abord, force est de constater que le PS n'a pas attendu Olivier Besancenot pour perdre des élections, comme ce dernier l'a lui même très justement rappelé. Entre autres défaites des socialistes, celle cuisante des présidentielles de 2002 ne doit rien au facteur de Neuilly. Elle doit même plus à Le Pen, ce qui vérifie l'adage de l'arroseur arrosé, j'y reviens d'ailleurs plus loin.

Ensuite, contrairement à Le Pen qui haïssait Chirac au plus haut point, Olivier Besancenot ne se trompe pas dans la hiérarchie de ses ennemis et focalise son combat politique contre Sarkozy bien plus que contre le PS à qui, essentiellement, il reproche simplement un manque de courage et de cohérence. Le Pen était mille fois plus violent à l'encontre de Chirac. Il ne fait aucun doute que Besancenot fera systématiquement obstacle au candidat de droite au second tour d'une élection présidentielle, tandis que Le Pen n'avait annoncée aucune consigne de vote avant le face à face Chirac-Jospin de 1995. Le Pen combattait la gauche et la droite également, tandis que Besancenot combat la droite et aimerait que le PS affiche en ce sens autant de vigueur que lui, cette différence est essentielle.

Finalement, dans l'opinion publique, Olivier Besancenot est bien plus populaire que ne l'a jamais été Jean-Marie Le Pen. Il n'est barré par aucun média et a même été invité chez Drucker. Jamais le président du FN n'a été aussi bien accueilli. En d'autres termes, un éventuel rapprochement entre le PS et Besancenot ne serait en aucune manière aussi catastrophique que les alliances RPR-FN lors des élections régionales de 1998. Historiquement les Français ont une certaine indulgence pour l'extrême gauche qu'ils n'ont jamais accordée à l'extrême droite. C'est que l'idéal de la gauche révolutionnaire fondé sur la solidarité et le partage des richesses reste, malgré tous les exemples concrets indiquant l'inverse, moins effrayant que celui de l'extrême droite s'appuyant sur l'ignorance et la haine.

Pour ces raisons je pense que l'UMP sarkoziste commet une erreur stratégique importante en voulant faire d'Olivier Besancenot un Le Pen de gauche. C'est mettre sur le devant de la scène un de ses adversaires les plus farouches et surtout celui d'entre tous qui est le plus susceptible de reconquérir l'électorat populaire ouvrier perdu préalablement par le PS et le PC depuis le début des années 2000 au profit du FN puis de l'UMP. C'est prendre le risque, en voulant diminuer l'électorat du PS en particulier, de renforcer l'électorat de gauche en général; un électorat qui sait se rassembler lors de seconds tours d'élections présidentielles.

Je doute en effet fortement qu'en cas de second tour Sarkozy-Besancenot aux présidentielles de 2012, au bout d'un mandat qui s'annonce socialement dévastateur, nous aurions des milliers de jeunes manifestants défilant dans les rues de France pour défendre la République. Je ne crois pas plus que le PS appellerait d'une seule voix à voter Sarkozy comme ils ont appelé à voter Chirac en 2002. Ce serait alors la pire défaite imaginable pour une droite qui se retrouverait de nouveau complexée, bien plus qu'elle ne l'a jamais été.


Aurélien

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,

Etrange billet que le vôtre ?

La gauche sur les rails grâce à Mr Besancenot ?

On sait,que ce jeune homme de talent, refuse tous pouvoirs.

Donc, c'est l'impasse pour la gauche, c'est évident...

Comparaison, n'est pas raison. Olivier Besancenot est un type bien et on ne peut vraiment pas le comparer avec le parti FN !

Cela étant, sur le fond, c'est bien une épine dans le ou les pieds de la gauche.

A plus

JD
gueulante.fr

Aurélien a dit…

@JD:

J'ai simplement l'impression que ce buzz lancé par l'UMP dans les médias est une erreur stratégique. En voulant faire passer Besancenot pour un Le Pen, ils risquent d'y parvenir et on sait qu'à terme ce genre de procédé se retourne contre son initiateur. Voir l'état de la gauche depuis l'accès de Le Pen au second tour en 2002.

Anonyme a dit…

Il existe aussi quelques fortes personnalités très orientées à gauche au PS, mais dont la notoriété est pour l'instant bridée.
Un exemple : Pierre Larrouturou.
La singularité des solutions qu'il propose, la précision "mathématique" de ses analyses et la
clairvoyance dont il fait preuve donnent envie de médiatiser ses idées percutantes.
Quelques éléments clé sur le personnage:

À 43 ans, Pierre Larrouturou est depuis peu Délégué national Europe du PS.

> En 1993, après avoir été 11 ans consultant pour un grand cabinet de conseil en stratégie
industrielle, il se lance dans un combat contre le chômage et la précarité et fait voter une loi
expérimentale sur le concept de la semaine de 4 jours. Depuis, plus de 400 PMEs sont toujours à 4j/semaine avec des milliers d'emplois créés en CDI.
> En janvier 1998, dans "35 heures le double piège", il "prédit" l'échec des 35h en termes de création d'emplois en masse
> En février 2003, il annonçait qu'il y aurait un référendum sur la Constitution européenne et que le Non allait gagner si l'on ne négociait pas un vrai Traité social.
> Début 2006, alors que tous les sondages annonçaient la victoire de Ségolène Royal, il écrivait dans Le Monde et dans "Urgence Sociale" que la gauche allait perdre en 2007 si elle ne prenait pas quelques mois pour construire un vrai projet.
> Juin-Octobre 2007, Pierre Larrouturou et Eric Halphen ont porté plainte contre François Fillon pour diffusion de fausses nouvelles en période électorale (Cf. Libération et Lemonde.fr du 6 juin 2007). Son action a été relayée par d'autres citoyens dans chacun des 100 départements français.
> Novembre 2007, sortie de l'impressionnant "Livre Noir du Libéralisme", dans lequel il "exécute" de manière systématique les dogmes et mensonges du gouvernement et du MEDEF, chiffres réels à l'appui (toutes les sources sont citées et incontestables), il y présente ensuite un véritable plan d'action en 20 points, pour appliquer en France et en Europe une vraie politique de gauche, extrêmement ambitieuse mais néanmoins réaliste car basée sur des expérimentations réussies.
Il n'hésite pas non plus à dénoncer la "fainéantise intellectuelle" de la direction du PS en citant noms et extraits de discussions.
Cet ouvrage a été associé à une pétition pour "secouer" la direction du PS -> 27000 signatures !
> Enfin, sa dernière parution s'intitule : "POUR EN FINIR AVEC SARKOSY - 20 bonnes raisons et 1 stratégie", démocratiquement évidemment...
http://nouvellegauche.fr

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