mercredi 11 juin 2008

Peut-on croire en la H.A.L.D.E.?

La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Égalité, la désormais célèbre H.A.L.D.E., vient de révéler une étude dénonçant des discriminations à l'embauche chez trois grandes entreprises françaises: Accor, le Crédit Agricole et Mercuri Urval. Extraits d'un article des Échos:

Pour arriver à ses conclusions, la Halde a envoyé aux 20 entreprises testées 5.620 CV quasi similaires, en n'en modifiant à chaque fois que l'âge (plus de 45 ans) ou la couleur de peau. Elle compare ensuite le nombre d'entretiens obtenus par le candidat « de référence » (blanc, d'âge moyen) et par son alter ego de couleur ou plus âgé. Sur l'ensemble des 5.620 CV envoyés, il apparaît que les candidats de couleur ont 22,8 % de chances en moins que les autres d'être convoqués à un entretien, et les candidats âgés 42,2 % de chances en moins d'être reçus.

C'est un résultat qui témoigne du chemin qui reste à parcourir, même si de précédents testing, menés notamment par le BIT, faisaient état de niveaux de discrimination bien plus élevés, parfois supérieurs à 50 %.




Les accusés, forcément, réagissent:

Le Crédit Agricole a fait valoir que, dans son cas, le test avait porté essentiellement sur « des postes d'entrée de carrière », donc plus adaptés à des jeunes. [...] Cet épisode témoigne en tout cas des tensions qui se développent entre la Halde et les DRH. « Elle sanctionne, mais elle ne conseille pas ! Tout est fait comme si les entreprises étaient des ennemies », explique un DRH du CAC 40. Le recours au testing vient en outre ajouter au sentiment de se faire piéger sans même pouvoir se justifier. « Aux prud'hommes, si le dossier est soutenu par la Halde, l'affaire est systématiquement gagnée pour le salarié. Et l'entreprise accusée n'a pas accès au dossier constitué contre elle par la Halde, ce qui l'empêche de préparer sa défense », explique un directeur juridique. Le bras de fer n'est pas prêt de s'arrêter. Le mois dernier, la Halde a réclamé de nouveaux pouvoirs, comme le droit de consulter « sans autorisation préalable » des entreprises les pièces nécessaires à l'établissement du dossier d'un salarié plaignant.


Difficile, avec ces seules informations, de poser un jugement objectif sur l'efficacité et la pertinence de la H.A.L.D.E..

Son rapport annuel de 2007 rapporte 6 222 réclamations enregistrées, en augmentation de 53% par rapport à 2006, demandant en moyenne 6 mois de traitement. Cela représente environ 25 réclamations pour 100 000 personnes actives. C'est peu mais l'augmentation du nombre de réclamation laisse penser que de nombreux cas de discriminations n'entraînent pas de réclamation. Le budget 2007 avoisinait les 12 400 000 Euros, soit moins d'un euro par an pour chaque contribuable. Il est donc de mauvaise foi de dire que la H.A.L.D.E. coûte cher.

J'ai cependant trois interrogations:

D'abord sur la satisfactions des plaignants. Environ 80% des réclamations aboutissent à une simple recommandation, une médiation ou même un rejet. Rien ne nous dit que ces issues étaient justes et proportionnées et que ceux qui se présentaient comme victime aient obtenu une réparation à la hauteur du préjudice réellement subi.

Je suis également sceptique sur la capacité de cette institution à identifier et traiter de manière juste les supposées discriminations. Et pour cause, la H.A.L.D.E. suit la loi, on ne saurait lui reprocher, et identifie ainsi pas moins de 18 critères de discrimination prohibés: l’âge, le sexe, l’origine, la situation de famille, l’orientation sexuelle, les mœurs, les caractéristiques génétiques, l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race, l’apparence physique, le handicap, l’état de santé, le patronyme, les opinions politiques, les convictions religieuses, les activités syndicales, l’état de grossesse. Ne sommes nous donc pas tous concernés par une éventuelle discrimination? N'y a-t-il donc pas, selon la loi, discrimination chaque fois qu'une embauche départage deux candidats? De quoi rendre fou n'importe quel D.R.H. consciencieux. La loi juste n'est point celle qui a son effet sur tous, mais celle qui est faite pour tous, disait Joseph De Maistre. À vouloir défendre tout le monde on expose toujours au danger les plus vénérables.

Finalement, je pense que la H.A.L.D.E. devrait concentrer son action sur les services publics. L'État se doit de donner l'exemple et d'offrir des services grâce à un personnel qui ressemble à la population. Pour les entreprises privées en revanche, puisqu'elles payent, sont libres de définir leur image et sont plus dépendantes de la performance, de la productivité et du résultat, j'aurais tendance à être plus souple sur la définition de la discrimination, bien qu' aussi sévère dans la répression.

En conclusion, si l'institution est noble et ambitieuse, il faut qu'elle s'efforce aussi d'être juste, mesurée et réaliste afin de mettre de l'huile dans les rouages de notre société plutôt qu'un énième grain de sable.


Aurélien

1 commentaires:

audrey lefour a dit…

C’est pour la première que je viens de visiter votre site et je le trouve vraiment intéressant ! Bravo !

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