lundi 30 juin 2008

Je ne sais pas

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Ça fait deux jours que je cogite dans le but de publier une note au sujet d'une éventuelle légalisation de la "Gestation pour autrui". Deux jours que je retourne une tonne d'arguments pour et contre dans mon esprit et je dois me rendre à l'évidence: je ne sais pas. C'est assez frustrant, peut-être temporaire, mais peut-on honnêtement avoir un avis arrêté sur tous les sujets?

À défaut de savoir je redoute, dans le contexte actuel, qu'un tel débat dérape, divise clairement et massivement les "pro" et "anti" et fige ainsi les discussions et votes parlementaires dans la logique partisane habituelle, au détriment de toute justice pour les personnes directement concernées.



Pour illustrer cette crainte, les affrontements par presse interposée, plus ou moins convenus, type Boutin-Morano sont extrêmement préjudiciables aux personnes directement concernées, à la bonne information du citoyen lambda ainsi qu'à la qualité que mérite tout débat touchant de près ou de loin à l'enfance. Ces affrontements nuisent au débat démocratique et mériteraient d'être interdits, voire sanctionnés, lorsqu'ils portent sur des sujets à la limite de l'entendement humain. Heureusement, à l'inverse, la prudence dont fait preuve le rapport du Sénat (dont voici la synthèse) semble tout à fait juste, parfaitement mesurée et réfléchie.

J'en viens alors à me demander si pour de tels projets de loi il ne faudrait pas, par exemple sur décision du Conseil d'État, obliger les parlementaires et experts à un devoir de réserve afin que les médias ne publient que l'information officielle et complète, oubliant ainsi les petits phrases, les raccourcis et autres polémiques.

Pour ma part, je ne sais ni si je supporte l'idée, ni si c'est pertinent de légiférer autour de problèmes aussi spécifiques et intimes. J'ai lu et entendu bons nombres de partisans et opposants, je ne suis en accord avec personne. Ou plutôt le terrain d'entente reste à chaque fois trop étroit. Il demeure trop d'incertitude... Et puis j'ai cette persistante voix qui résonne dans ma tête: "Mais de toute façon ça ne te regarde pas".

Comme souvent lorsque plongé dans l'incertitude, je m'en remets aux sages, aux poètes et aux esprits libres. Je vous laisse entre de bonnes mains avec cet extrait de La faim du tigre, de René Barjavel:

C'est presque toujours avec surprise qu'une femme se rend compte qu'elle est enceinte. Et même quand la surprise est heureuse, ce qui est la minorité des cas, il lui faut un certain temps pour le croire et réaliser vraiment son état. Rapidement, elle accepte sa fonction nouvelle et s'en réjouit, mais l'événement lui est apparu d'abord comme invraisemblable et presque surnaturel. Alors que rien ne lui avait semblé plus naturel et allant de soi que de faire l'amour.

Quand l'homme et la femme qui se joignent gardent conscience que ce geste pourra donner naissance à un enfant, c'est en général parce qu'ils craignent cette conséquence et pensent aux précautions à prendre pour l'éviter. C'est pour rendre impossibles ces précautions que l'ignorance est de règle chez tous les êtres vivants. Le genre humain à ses débuts n'en savait sans doute pas plus long que les papillons ou les buffles, mais quand fut créé le langage, chaque génération put transmettre la somme de ses observations et de ses expériences à la génération suivante, qui y ajouta les siennes et les transmit à son tour.

Ainsi se créait, par-dessus les vies brèves des individus, une connaissance générale des faits qui s'accroissait avec le temps, pendant que se perdait peut-être une autre connaissance plus profonde à laquelle participe encore l'innocence de l'animal et de la plante. Ce qu'un homme ne pouvait pas saisir, une succession d'hommes le comprit, et - je n'arrive pas à croire à ces Australiens qui ne savent pas cela, alors qu'ils savent tant de choses... - tout homme d'aujourd'hui, même s'il a échoué à son certificat d'études, connaît quelles peuvent être les conséquences d'un moment de profonde intimité avec une personne du sexe opposé. L'humanité a joué ici contre l'espèce humaine et a donné à ses membres la possibilité de séparer la cause de l'effet et d'obéir ou non à la loi de l'espèce. C'est un don précieux: celui d'une liberté. Mais l'espèce utilise contre ce libre arbitre une arme toute-puissante, qui en général emporte le couple loin de toute conscience et de toute précaution: le plaisir de l'amour.


Aurélien

2 commentaires:

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Bonne continuation, et encore merci!

susane a dit…

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