vendredi 13 juin 2008

Pour en finir avec la désinformation

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Tel que rappelé brièvement dans la note précédente: sans une information objective, claire, compréhensible et exhaustive, il est impossible pour l'homme de tenir son rôle essentiel et responsable de citoyen. C'est une condition si essentielle à la démocratie que l'on parle depuis plusieurs années, concernant l'ensemble des médias, de 4e pouvoir, comme on parle des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.


Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés ils deviennent des sujets.
[Alfred Sauvy]



Afin de préserver - certains diront régénérer - notre démocratie, nous nous devons ainsi d'être intransigeants quant à la qualité de l'information mise à notre disposition. Force est de constater qu'aujourd'hui, dans le déluge permanent d'informations venant de médias, de l'audiovisuel et de la presse écrite comme d'Internet, dont les pouvoirs décisionnels sont toujours plus concentrés, toujours plus contraints par des intérêts économiques et toujours plus proches des pouvoirs politiques, la désinformation règne.

Voici donc les deux origines, de plus en plus interactives, de la désinformation: le résultat économique et l'assujettissement politique. Chacune de ses origines conduit à des techniques différentes de désinformation.

La contrainte économique pousse au divertissement, à l'obligation d'éviter la lassitude du consommateur de l'information ainsi qu'à le mettre dans les meilleurs dispositions pour être réceptif aux messages publicitaires. Avec ces objectifs en vue, on cherchera à rythmer l'information, à la renouveler continuellement, à la rendre la plus sensationnelle possible.

La contrainte d'assujettissement politique conduira à l'omission de tout ou partie d'éléments essentiels, de replacer l'information dans son contexte, de citer les sources et d'indiquer où et comment compléter l'information.

En France les collusions entre les groupes médiatiques, dont plusieurs ont déjà une couleur politique affichée, appartenant à de grands groupes industriels eux-mêmes intimement liés aux sommets de l'État, ne sont plus à prouver. Ceci tend à additionner les deux contraintes décrites plus haut, accélérant ainsi considérablement la détérioration de la qualité de l'information. En bout de ligne, il devient difficile pour le citoyen d'obtenir de l'information de qualité, c'est à dire objective, complète, relativisée et civique. Il doit alors, à condition d'avoir conscience de la situation, trouver ses propres solutions pour combler tant bien que mal ce manque.

Nous en sommes là parce que ce 4e pouvoir, contrairement aux autres, n'est pas légalement régulé en terme de qualité. Son seul texte de référence est la charte du journaliste créée par le S.N.J. en 1918. Laisserions-nous un seul des trois autres pouvoirs sans aucune régulation légale? Imaginez un instant l'état de notre démocratie si nos ministres, nos parlementaires et nos magistrats n'avaient pour seul cadre de travail qu'une simple charte et n'étaient pas responsables devant la loi.


"Dire la vérité en des temps de tromperie universelle est un acte révolutionnaire"
[George Orwell]


Pour le moment, sur ce sujet, François Bayrou et le MoDem se sont contentés de proposer d'étendre le principe de séparation des pouvoirs au pouvoir médiatique. C'est évidemment indispensable mais selon moi insuffisant. Voici cinq propositions complémentaires pour une information de qualité:

1 - Compléter l'information: l'informateur doit citer et dater ses sources, mentionner quels éléments essentiels n'ont pas été traités, préciser où et comment le citoyen peut compléter son information, s'éduquer sur le sujet et faire un suivi. Ceci est indispensable pour des sujets complexes et/ou techniques comme la politique internationale, l'économie ou le développement durable.

2 - Contextualiser l'information: l'informateur doit replacer l'information dans son contexte afin de permettre au citoyen d'en relativiser la portée. Lorsqu'un événement grave survient, il se doit d'en préciser le caractère accidentel et/ou exceptionnel.

3 - Vérifier l'information: l'informateur doit s'assurer de la véracité du contenu de son information, ou en préciser de manière claire et immanquable le caractère volontairement hypothétique ou subjectif.

4 - Libérer l'information qui concerne directement tout enjeu d'ordre politique de la contrainte économique, principalement de la publicité.

5 - Réguler l'information : inclure ces devoirs de l'informateur dans un cadre légal, éventuellement celui de la constitution, comme c'est le cas des autres pouvoirs.


Ceci devrait contribuer à garantir au citoyen une information à la hauteur de ses hautes responsabilités. Un second volet de cette hypothétique réforme pourrait concerner l'intégration dans les programmes d'enseignement général, par exemple en seconde, soit typiquement deux ans avant l'obtention du droit de vote, de cours pour apprendre à maîtriser tous les outils modernes d'information.

Qu'en pensez-vous? Que proposez-vous?


Aurélien

6 commentaires:

dicky a dit…

C'est mon lancinant combat que je même autour de moi. Je lis le journal le monde chaque jour (pas cher sur le net) et je critique pourtant ce "bon" journal. Le message est très dur à faire passer, on peut se contenter pour le moment de dire d'éteindre la télé que ce soit TF1, la 2 ou la 3. Donner une priorité à arte et à LCP/LCPAN... Prenez-vous en main avant que le totalitarisme ne vous prenne...

Anonyme a dit…

Si on compte sur le Monde pour défendre la libre information, on ne va pas aller loin ...

Anonyme a dit…

Ou pire Arte
Le journal de 19h50 est tellement idéologique

Le Monde contextualise le mieux

Muriel a dit…

Je trouve cette proposition intéressante, construite et éclairante, en ce qui me concerne, quant à la manière que je devrais adopter de recevoir l'information, soit commencer par vérifier si ces préceptes ont été appliqués, cela m'aiderait à prendre de la distance et à demeurer dans une plus grande objectivité (ce que je suis souvent loin d'accomplir...). Merci pour cette occasion de progresser.

MLW a dit…

Vous me paraissez etre sur une voie intéressante Aurélien, j'y intègrerai volontiers la notion de recoupement d'informations afin d'éviter certaines dérives.
Martine

Aurélien a dit…

Merci à tous pour vos commentaires et propositions.
J'aime comme cette note résonne encore ici et là 2 mois après sa publication.

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