mardi 17 juin 2008

L'arbre qui cache la forêt...

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... ou "Le fils du gringo met au pas son armée mexicaine".


Le fractionnement du pouvoir est la plus sûre manière d'en empêcher l'abus.
[Maurice Druon]


Suite à son élection à l'unanimité à la présidence du groupe UMP-Nouveau Centre-Divers droites du Conseil Général des Hauts-de-Seine, Jean Sarkozy, achalé par des journalistes dubitatifs quant à la spontanéité et la transparence de sa candidature éclaire, s'agace:

"Pourquoi vous pensez que dès que j'ouvre la bouche, il y a toute une armée mexicaine qui est derrière moi et qui tient la plume?"

Jean Sarkozy fait ici semblant de ne pas comprendre l'origine des doutes pesant sur sa personne comme sur la fulgurance de son parcours. Par cette question il tente de couper l'herbe sous le pied de tous ceux qui oseraient remettre en cause l'honnêteté et la spontanéité de son parcours. Le but est clairement de se poser en victime des mêmes jugements hâtifs qui frappent les "fils et filles de", notamment dans le milieu artistique, et remettent en cause la sincérité de leur vocation, la qualité de leur travail et la réalité de leur talent.



Autant couper court tout de suite, ce n'est pas le cas avec Jean Sarkozy. Pour avoir vu plusieurs interviews de ses interviews notamment celle-ci, quel que soit le degré de préparation, je peux lui nier un intérêt réel pour la politique, ni un réel travail sur ses dossiers, ni un réel talent, au moins en tant qu'orateur.

Cependant, il ne s'agit pas ici de tenir un rôle dans un film ou d'enregistrer un album. Il s'agit de pouvoir politique et de démocratie. Et le cliché d'"armée mexicaine", dans la bouche du jeune élu, est pour le coup loin d'être anodin.

Rappelons les faits, selon Jean Sarkozy. Hervé Marseille, conseiller général Nouveau Centre, est seul candidat à la présidence du groupe d'élus. 3 jours avant l'élection, Jean Sarkozy annonce sa candidature suite à la demande de "plusieurs" élus U.M.P. exigeant un président de groupe plus représentatif des forces politiques en présence (24 U.M.P., 3 N.C., 3 D.D.). Les deux candidats alors en course trouvent un accord pour se partager la présidence et la vice-présidence. Jean Sarkozy est ensuite élu à l'unanimité.


Questions:

Qui peut sérieusement croire qu'un tel candidat - 21 ans, encore étudiant, 6 mois d'expérience politique - soit élu à l'unanimité (pas même une abstention) sur ses seuls qualités pour présider un groupe d'élus chevronnés?

Qui peut sérieusement croire en la spontanéité d'éventuels appels du "plusieurs" élus à une candidature d'un tel candidat?

Qui peut sérieusement croire qu'aucun des 23 autres élus U.M.P. du groupe n'avait ni les capacités, ni l'expérience, ni la disponibilité pour occuper cette fonction?


Personne. Il est indéniable que le fils s'est fait pistonné, directement ou indirectement, par le père. D'où l'expression plutôt fine et explicite de Devedjian: "Jean Sarkozy agit avec sa propre autonomie."

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, tout ceci ne se passe pas n'importe où.

Il ne faudrait pas oublier les secrets de polichinelle des Hauts-de-Seine, ni son temple de la renommée à la gloire des Pasqua, Santini, Balkany et évidemment Sarkozy, ni la quantité de personnalités d'influence et amis de la famille qui y résident et qu'il convient d'être en position de soigner. Pour la seule commune de Neuilly-sur-Seine, on peut recenser Liliane Bettancourt (plus grosse fortune de France), Martin Bouygues (patron de TF1), Michèle Alliot-Marie, Michel Sardou ou Jean Réno... Autant qu'une telle richesse reste dans la famille.

Il ne faudrait pas non plus oublier les amis de toujours, les Balkany, qui ont été chargés de tenir la distance, de veiller au grain en attendant que le relais soit transmis au fils du Président. Isabelle Balkany avait "accompagné" Jean Sarkozy dans son sabordage de la campagne de David Martinon pour la mairie de Neuilly. Aujourd'hui il ne fait aucun doute qu'elle y est pour beaucoup dans la "spontanéité" des élus U.M.P. appelant "l'aiglon" à la rescousse. Après le psychodrame des municipales, Jean Sarkozy avait rapidement pris la tête des élus U.M.P. de Neuilly-sur-Seine. La suite logique était donc d'élargir ses responsabilités au niveau départemental.

Aujourd'hui l' U.M.P. se retrouve dans une situation où ses élus nationaux sont contrôlés par Nicolas tandis que ses élus locaux des Hauts-de-Seine, vivier d'hommes de pouvoir pour la droite et réserve de personnalités d'influence pour la France, sont contrôlés par Jean. C'est un parti politique tout entier qui est ainsi mis au service non pas des citoyens, ni même de ses adhérents, ni même de ses élus, mais d'un homme, de sa dynastie et de sa cour.

Ce qui me sidère, et même m'effraie, c'est que les médias dans leur ensemble se contentent de relever à demi-mot le simple "piston" dont aurait bénéficié Jean Sarkozy. Ils ne voient pas plus loin - ne veulent pas voir - qu'il se trame une prise de pouvoir absolu sur le principal parti de France, pour en faire cette "armée mexicaine", et donc sur la politique du pays. C'est tout à fait similaire à ce qu'aux U.S.A. le clan Bush a fait du parti Républicain, ou le clan Kennedy du parti Démocrate. De manière autoritaire, Nicolas Sarkozy est en train d'imposer ses intérêts - ceux de ses amis Bouygues, Dassault, Arnault ou Bolloré qui sont nos Halliburton et autres Carlyle Group - sur la politique Française et ce pour des dizaines d'années.

Il n'a pas été élu pour ça, ni par les adhérents U.M.P., ni par les français, et n'a aucune légitimité pour le faire. C'est un abus de pouvoir, un détournement de notre démocratie, une dérive inacceptable.

Qui osera s'y opposer?


Aurélien

P.S.: Plus que 2 jours pour voter dans le sondage sur l'avenir de l'Union Européenne.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bjr,

Juste pour étayer vote note, ce petit lien vers mediapart.

http://www.mediapart.fr/journal/france/180608/filles-et-fils-de-les-dynasties-politiques-de-la-republique

Comme quoi, il n'y a pas que les sarkozy non ?

A plus

JD
gueulante.fr

Aurélien a dit…

Merci pour cette info JD, mais je ne suis pas abonné à Médiapart...

S'il n'y a pas que les Sarkozy qui prospèrent politiquement de père en fils, il n'y a qu'eux qui le font à une telle échelle et à un tel niveau de pouvoir.

Parmi les autres exemples cités par Médiapart, y en a-t-il un seul comparable à l'élection unanime, à la tête d'un groupe d'élus d'un parti majoritaire, d'un étudiant de 21 ans sans aucune expérience politique?

Anonyme a dit…

Heu,

Là, joker !

Mais, j'ai entendu dire, que depuis la maternel en fait, Jean est toujours président de quelque chose... Donc logique.

A plus.

JD
gueulante.fr

susane a dit…

Merci infiniment pour cette utile et précieuse information. Super votre blog, bravo !

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