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vendredi 13 mars 2009

Coïnspiranoïa

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Les coïncidences sont les pires ennemies de la vérité.
[Gaston Leroux]

Tout pouvoir est une conspiration permanente.
[Honoré de Balzac]

Ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi.
[Pierre Desproges]


Vous êtes peut-être tombés aujourd'hui, comme moi, sur ce sondage BVA-Leo Burnett-La Tribune-BFM. Il est rapporté par une dépêche Reuters et présente les résultats d'une enquête intitulée Sarkozy, Besancenot peuvent changer les choses, selon un sondage. C'est ce que pensent 38% des sondés pour le premier, 35% pour le second. Le communiqué précise que 29% pensent de même pour François Fillon.

D'abord, sur le titre de la dépêche, si 38% des sondés pensent que le Président de la République peut changer les choses, c'est que 62% ne le pensent pas. Le caractère affirmatif du titre de la dépêche, en plus de présenter le résultat d'une simple enquête d'opinion comme un fait, est donc mensonger.

Ensuite, on ne nous dit rien des autres personnalités politiques sur cette question. On ne nous dit pas non plus si certaines font, malgré la domination de Sarkozy et Besancenot, mieux que François Fillon. On en mentionne en revanche quelques unes sur une autre question posée aux sondés: quelle personnalité politique s'occupe le mieux de leurs problèmes. Le leader du NPA arrive cette fois en tête devant les trois ténors du PS Aubry, Delanoë et Royal. Nicolas Sarkozy, qui peut pourtant changer les choses, arrive 15% derrière Besancenot.

Et puis, pour conclure la dépêche, cette phrase attribuée à BVA:
En cette période de crise, les Français semblent délaisser les politiques 'mous' installés sur une ligne 'floue' au profit de ceux développant un discours simple et volontaire.

On y remarque les guillemets encadrant les termes "mous" et "floue", laissant penser que ce sont les sondés qui jugent ainsi ceux à qui ils n'accordent pas leur confiance. Mais aucun guillemet pour les termes "simple" et "volontaire"... BVA choisit son camp sans vraiment l'assumer. Et puisque la dépêche ne présente que les meilleurs scores, ceux qui ne sont pas cités sont encore plus "mous" sur une ligne encore plus "floue"; tiens, ça rime avec Bayrou...

L'absence totale de François Bayrou, justement, dans l'annonce de ces résultats m'étonne. Son poids politique et sa popularité actuelle en font un des acteurs majeurs et difficilement contournable de la vie politique.
Quel que soit son score, pourquoi ne pas le mentionner? À moins qu'il n'ait jamais figuré dans les personnalités politiques proposées aux sondés. En tout cas, j'y vois quelque chose de suspect.

La suspicion attisant la curiosité, j'ai été voir sur le site de BVA pour avoir les détails de l'enquête. Étrangement, le sondage n'y est pas en ligne. J'ai ensuite remarqué que, selon la dépêche, l'enquête avait été réalisée entre le 18 et le 20 février dernier. Pourquoi en publier les résultats 3 semaines plus tard? De nombreux autres sondages issus d'autres instituts ont été publiés entre temps, rendant celui-ci obsolète. Pourtant on retrouve la dépêche en date d'aujourd'hui un peu partout.

Pourquoi donc publier une dépêche aussi floue que partisane, rapportant avec 3 semaines de retard les résultats d'un sondage dont le rapport détaillé n'est pas accessible?

Se serait-il passé quelque chose chez BVA entre le 20 février et ce 13 mars?

Sur le site de BVA, je découvre alors que le partenaire financier est depuis 2007 un fond d'investissement nommé Ixen, qui lui même a pour investisseur Natixis Private Equity, filiale de Natixis.

Natixis... ce nom ne vous dit rien? Mais si, je suis sûr que vous avez entendu ce nom récemment; souvenez-vous. C'est cette filiale de la Banque Populaire puis de la Caisse d'Épargne. Une filiale qui aura pesé très lourd - plusieurs milliards d'euros - dans les déboires financiers des deux banques qui viennent de fusionner sous l'impulsion de François Pérol, à l'époque Secrétaire Général Adjoint de l'Élysée et aujourd'hui grand patron du groupe issu de cette fusion, et donc de Natixis... qu'il avait lui même créée en 2006. On est jamais aussi bien servi que par soi-même.

François Pérol, homme fort de Nicolas Sarkozy, est donc à la tête des Banques Populaires-Caisse d'Épargne, maison mère de Natixis qui finance Ixen, financeur de BVA, depuis le 2 mars. Et quel homme politique s'est le plus indigné de cette nomination, au point d'être le seul à en dire ouvertement l'illégalité? Je vous aide: ça rime avec "mou" et "flou"...

Alors... d'où vient l'absence de François Bayrou dans ce sondage? Mot d'ordre venant de très haut? Auto-censure pour ne pas froisser le nouveau big boss? Simple oubli? Difficile d'être certain d'une hypothèse plus que d'une autre. Mais les faits et leur chronologie composent un faisceau de présomptions plutôt dense. Je vous laisse vous faire votre propre opinion: coïncidence (faites le 1), conspiration (faites le 2) ou paranoïa (faites le 3)?


Aurélien
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mercredi 14 janvier 2009

Quatre mousquetaires à l'assaut de l'Europe

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Ils sont quatre à avoir récemment créé un parti politique et à le présenter pour la première fois au suffrage d'une élection européenne. Pour ces quatre-là, ces prochaines échéances revêtent une importance particulière puisque le mode de scrutin - proportionnel plurinominal à un tour - permet aux "petits" partis de tirer leur épingle du jeu. C'est l'élection qui leur est non seulement la plus favorable mais aussi, sans aucun doute, celle qui se joue sur un terrain et des enjeux qui leur tiennent à cœur, au point souvent d'être à l'origine de leur volonté d'indépendance de l'UMP ou du PS.

Les candidats français se départageront 74 sièges en juin 2009, et nul doute que les luttes seront acharnées. Dans un contexte de crise quasi-générale qui ne prête pas à l'optimisme pour l'UMP au pouvoir, contre lequel se retourne souvent les électeurs dans ce type d'élections, ni pour le PS toujours pris dans ces divisions, toujours inaudible et qui retrouve ici le thème européen sur lequel il s'était déchiré en 2005, il est certain que les partis "marginaux", dont le message pro ou anti Union Européenne est connu, fort et porteur, peuvent faire un "coup".

Quelles sont leurs forces, leurs faiblesses, les risques qu'ils encourent?




1 - François Bayrou - Mouvement Démocrate

L'Europe est le terrain de prédilection de François Bayrou, et plus généralement des centristes. Sur la question le Mouvement Démocrate possède une crédibilité à la fois historique et porteuse de changement. La troisième force politique de France représente donc le danger numéro un pour les deux gros partis que sont l'UMP et le PS, qui ne devraient pas se gêner pour sortir l'artillerie lourde, d'autant que le mode de scrutin et la présence du MoDem au sein de l'ADLE permettront d'éviter la question des d'alliances. Un score identique aux élections de 2004 (autour de 11%) serait un bon résultat, mais je pense que le Mouvement Démocrate peut légitimement espérer mieux et pourquoi obtenir un des deux meilleurs scores au niveau national.



2 - Jean-Luc Mélenchon - Parti de Gauche

Le clivage entre son mouvement et le PS est né suite à sa campagne active pour le "non" lors du référendum de 2005. La question européenne n'ayant pas été réglée depuis au PS, le Parti de Gauche devrait être en mesure, pour sa toute première élection, de réaliser un score intéressant au détriment de ses amis socialistes. Il se pourrait même qu'il fédère aussi, par son discours à la fois anti-Lisbonne et anti-Sarkozy, quelques voix communistes et d'extrême gauche. Ce qui est certain, c'est que pour montrer que son existence est légitime, il ne fera de cadeau à personne.






3 - Nicolas Dupont-Aignan - Debout la République

Il semble acquis qu'il représentera les euro-sceptiques de droite, puisque le MPF de Philippe de Villiers se rallie chaque jour un peu plus à la majorité UMP. Il se pourrait qu'il rassemble une bonne partie des voix gaullistes qui ont dans cette élection une excellente occasion de freiner l'élan sarkoziste qui les essouffle quotidiennement. La principale difficulté de DLR, par rapport aux trois autres "mousquetaires", sera d'être audible. Il ne bénéficie pas d'un espace médiatique aussi étendu que Bayrou, Besancenot ou toute source de discorde au PS, ce que sera la candidature de Mélenchon, et l'UMP, comme lors des présidentielles, jouera l'indifférence. À moins d'un sursaut inattendu dans les sondages la mission paraît impossible.



4 - Olivier Besancenot - Nouveau Parti Anticapitaliste

Plus que son discours euro-sceptique, c'est son discours anti-Sarkozy qui devrait lui apporter le gros de ses voix, cristallisant toutes les frustrations actuelles dues à la crise économique ainsi qu'aux réformes menées au pas de charge sur tous les fronts. La clé pour le NPA sera de bien gérer l'émergence du Parti de Gauche, ne pas se faire syphoner comme le PS. Jean-Luc Mélenchon tente d'ailleurs un rapprochement, sans doute plus dans l'espoir d'attirer les nouveaux venus à la LCR que pour définir une véritable stratégie d'alliance. Médiatiquement, il y a de fortes chances qu'il cède du temps de parole à... Jean-Luc Mélenchon toujours. Cette élection est à haut risque pour le parti d'Olivier Besancenot, qui n'avait pas rassemblé 3% des voix en 2004. Une bonne performance du Parti de Gauche pourrait hypothéquer son avenir à long terme.


La confirmation Bayrou, la demi-surprise Mélenchon, l'échec Dupont-Aignan et la déception Besancenot. Les deux premiers pouvant se mêler à la lutte entre UMP et PS. Voici ma prédiction pour ces élections européennes de 2009. Quelle est la votre?

Une des clés de ce scrutin sera, comme toujours, la participation. Pour ces quatre "mousquetaires", ils trouveront dans un taux de participation élevé un intérêt commun. Et puisqu'ils partagent ce baptême du feu européen, une même inquiétude face aux dérives du pouvoir en place à Paris comme à Bruxelles ainsi qu'une même envie de redéfinir le paysage politique français, peut-être pourraient-ils se rassembler pour un appel à un sursaut démocratique.


Aurélien
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