jeudi 4 décembre 2008

Non-fiction se matérialise

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Bonne nouvelle, du côté de la presse écrite, rapportée sur le site du Nouvel Obs. L'excellent site d'actualité des idées et de critiques de livres Non-fiction lance une version papier trimestrielle de son impressionnant contenu. On retrouvera dans cette publication les meilleurs articles parus en ligne ainsi que quelques inédits.



J'aime Non-Fiction pour non seulement pour son attachement à la qualité et à l'excellence, les articles sont toujours fouillés, les sources et publications conjointes citées, mais aussi pour son ouverture et sa sobriété. Toutes les publications en ligne sont en effet diffusées en "Creative Commons" et le pluralisme est de mise: certains sujets peuvent faire l'objet de plusieurs comptes rendus ou critiques et la diversité des éditeurs présentés est bienvenue.

A mes amis blogueurs, je recommande vivement ce site, et maintenant ce magasine, qui en se démarquant par sa qualité, sa déontologie et son éthique, représente une source abondante,sûre et rafraîchissante d'informations et de réflexions. A (re)découvrir et savourer.


Aurélien
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Les Jeudis d'Edgar - 08 - Dialogique

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


Pour définir et rendre applicable son idée de Pensée Complexe, Edgar Morin s'appuie sur plusieurs principes dont celui de la dialogique. Comme pour bien d'autres sujets, il en parle infiniment mieux que moi:




Voici un principe qu'il est urgent d'imposer dans les sphères politiques où tout se réduit toujours un peu plus à une opposition frontale, au noir et blanc, au pour ou contre. La dialogique est ce qui rend crédible et possible l'idée avancée par François Bayrou de faire travailler ensemble des citoyens venus d'horizons différents. Il ne s'agit pas de nier ces différences, au contraire, il s'agit de les reconnaître, même de les entretenir et, au-delà des antagonismes, de rechercher la complémentarité, la stimulation et l'interaction.

Ce n'est pas seulement que l'opposition systématique et frontale entre la droite et la gauche n'a plus lieu d'être, mais en fait qu'elle n'a jamais été pertinente. Nous nous en rendons compte aujourd'hui après des années de décadence politique, mais cet affrontement stérile et contre productif sévit depuis longtemps déjà et malgré quelques avancées significatives, la régression est ainsi inévitable.

C'est d'une autre approche de nos opposants, en interne comme en externe, dont nous avons besoin. Cela commence par ne plus les voir comme simples opposants mais comme concurrents, car le concurrent est à la fois antagoniste et complémentaire. L'action politique doit être une coproduction. En ce sens l'idée de co-responsabilité avancée par Bayrou, tout comme le principe d'indépendance du MoDem, constitue une réelle percée, un progrès politique. Il s'agit d'unir sans perdre la dualité.

La dialogique doit être de mise non seulement dans l'approche de l'autre, mais aussi dans l'approche des faits, de la réalité. C'est une clé essentielle pour s'adapter à la complexité du réel. Dans une période où la conscience des réalités sociales fait grand défaut chez nos politiciens, le MoDem tient ici incontestablement une longueur d'avance. Il s'agit d'en avoir conscience, de bien la comprendre pour surtout ne pas la gâcher.


Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien
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mercredi 3 décembre 2008

Relativité...





Des dizaines de milliers de pauvres, d'exclus, de mal logés, de sans abris que l'on redécouvre comme chaque année à l'arrivée de l'hiver. Ils ont faim et froid. Ils ont peur. Ils ne peuvent pas savoir aujourd'hui de quoi leurs lendemains seront faits. Pour leur venir en aide l'État sarkoziste offre généreusement un grand total de 180 millions d'euros pour améliorer les infrastructures et la logistique qui leur sont dédiées.









Il se passera du temps encore avant que la justice
des hommes ait fait sa jonction avec la justice.

[Victor Hugo]






Bernard Tapie, un homme, un seul. Il va bien, il est au chaud, mange bien et dort confortablement. Il a plein de projets. Il a retrouvé le sourire depuis qu'un tribunal arbitral - désigné par Bercy qui n'en avait pourtant pas la tête - a jugé bon de l'indemniser par le contribuable à hauteur de 285 millions d'euros - hors intérêts et dont 45 millions pour préjudice moral - dans une affaire de gros sous... sans que l'État sarkoziste n'y trouve rien à redire.





Aurélien
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mardi 2 décembre 2008

Ne pas se tromper de combat

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Le dimanche est ennuyeux parce qu'il est dimanche pour tout le monde.
[
Georges Perros - En vue d'une éloge de la paresse]


Je suis étonné de la forme que prend le débat en cours au sujet du travail dominical que le gouvernement veut développer.

Je suis un peu étonné, aussi, devant certains arguments des opposants à ce projet. En voici quelques uns:


Un jour supplémentaire d'ouverture des magasins pousse à la consommation:

Ce premier argument ne tient pas, à moins qu'il ne s'agisse de conservatisme déguisé ou, pire, d'un aveu de consumérisme en phase terminale... En effet, j'ose espérer que si l'on consomme quand les magasins sont ouverts, on ne consomme pas parce que les magasins sont ouverts. L'ouverture est une condition, non une cause.

Ce qui pousse à la sur-consommation ce sont les publicités qui envahissent notre quotidien, ce sont les propagandes politiques qui effraient, qui excluent, qui cataloguent. Ce n'est pas les magasins soient ouverts plutôt que fermés.






Nous avons besoin d'un jour où la consommation ne domine pas:

Un tel jour n'existe pas et ne peut exister ; nous consommons le dimanche.

Les restaurants, les cinémas, les stations services, les parcs d'attraction, certains commerces sont déjà ouverts le dimanche, ne serait-ce qu'en matinée... Nous regardons aussi notre télévision, nous utilisons internet, nous téléphonons, nous prenons les transports publics, etc. Nous consommons peut-être même plus que le reste de la semaine quand 8 heures par jour nous sommes (pour la majorité d'entre nous) au travail.


L'ouverture des magasins le dimanche impose un modèle de société consumériste:

Nous sommes déjà dans un tel modèle. Et ce modèle ne dépend en rien des jours durant lesquels les magasins ouvrent leurs portes. Pour preuve, certains de nos voisins européens que nous prenons souvent en modèle du point de vue social ont depuis longtemps franchi le pas. Notamment la Suède depuis plus de 30 ans. L'ouverture le dimanche ne change pas le modèle mais simplement élargit son champ d'application.


Les commerces sont ouverts le dimanche au Canada, et au Québec depuis 1992. J'y vis depuis 5 ans et l'ouverture des magasins le dimanche, du point de vue du consommateur, améliore la qualité de vie et la consommation elle-même. C'est une flexibilité accrue qui permet de mieux gérer son temps dédié à la consommation, et donc de mieux consommer, en ne poussant pas (par manque de temps) aux solutions de facilités. Dans une société de consommation telle que la notre, réduire le temps disponible pour la consommation n'est pas une protection, car cela ne change rien au modèle, mais une contrainte.

Ceci dit je ne suis pas dupe des intentions potentiellement dévastatrices du gouvernement en place. Évidemment une telle réforme ne doit pas se faire n'importe comment, et je déplore la précipitation devenue systématique du gouvernement Fillon.

Il est indispensable de protéger la santé et la qualité de vie des travailleurs qui auront à pointer le dimanche. Cela passe par des conditions similaires à ceux - nombreux - qui travaillent déjà ce jour là (dans les transports, la santé ou la restauration), notamment un nombre de jours de repos garantis par semaine et un salaire majoré pour les heures dominicales. La qualité de vie du travailleur ne doit pas souffrir de celle du consommateur. Il faut trouver le juste équilibre, ce n'est pas impossible d'y parvenir.

Cela passe aussi par un vrai volontariat ainsi qu'une non discrimination de ceux qui refuseraient de travailler le dimanche, quelles que soient leurs raisons (religieuse, familiale, sociale...). Je souhaite aussi que l'impact environnemental et énergétique d'une telle réforme soit discuté, mesuré et compensé.

C'est sur la méthode que se joue l'avenir de notre modèle de société et non sur le concept en lui-même. C'est là-dessus que nos élus devront être particulièrement vigilants et justes lorsqu'ils en débattront et voteront, et c'est là-dessus que je fonderai mon support ou mon opposition.


J'aimerais que le MoDem, et même au-delà, en fasse de même plutôt que de rentrer dans une opposition frontale avant même l'ouverture des débats, d'autant qu'une assez large part de la majorité UMP semble réceptive aux contre-arguments. Il est non seulement possible d'empêcher que cette réforme ne soit qu'un prétexte, mais aussi d'en faire un réel progrès.


Aurélien
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lundi 1 décembre 2008

L'enfance coupable

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On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas:

"J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie.

Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable.

Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense."

[Nicolas Sarkozy - Philosophie Magasine - Mars 2007]

Ces propos, tenus peu avant le premier tour des dernières présidentielles, avaient déclenché une polémique, ou plutôt plusieurs polémiques. Certains y voyaient une déresponsabilisation des pédophiles, d'autres de l'eugénisme à l'état brut, d'autres encore la négation non seulement de plusieurs décennies de recherche en sociologie, psychiatrie et génétique mais aussi d'années d'efforts de travailleurs sociaux et d'associations.



Ce qui m'avait le plus frappé à l'époque dans ces propos, c'était la certitude. La certitude choisie, confortable, celle d'un déterminisme génétique qui soulage et rassure à la fois le parent, l'homme et le ministre d'État chargé de la sécurité de ses concitoyens quant à la portée de ses convictions, de ses gestes et de son travail.

Le plus inquiétant dans ces propos vient de toutes les conséquences imaginables de ces convictions une fois l'homme porté au pouvoir suprême et absolu. 18 mois après son élections à la Présidence de la République, celles-ci commencent à se concrétiser dans le rapport Vainard (pour l'instant inaccessible sur le web...) qui préfigure une future loi Dati sur la justice des mineurs. On parle d'abord d'abaisser l'âge de responsabilité pénal à 12 ans quand toute l'Europe non seulement préconise mais applique l'inverse. Puis aujourd'hui on parle de dépistage des comportements violents dès l'âge de 3 ans.

Un instant...



Depuis des années on nous rabâche que notre système judiciaire et carcéral est saturé et incapable de remplir son objectif principal, à savoir la réhabilitation et la réinsertion sociale. Pire, selon le gouvernement actuel lui-même, il déshumanise et criminalise. Et l'idée de l'UMP serait d'appliquer au plus vite ce même système à nos enfants? Et comme d'habitude, quels acteurs parmi ceux qui sont directement concernés dans les écoles où les centres d'accueil ont été invités à participer à la réflexion? Un inventaire et audit des outils et procédures existantes ont-ils été faits?

Il ne s'agit plus ici d'un simple discours sécuritaire pour aller chercher les voix des citoyens les plus effrayés aux prochaines élections. Il s'agit bel et bien de l'application politique d'une idéologie qui elle, pour le coup, me fait froid dans le dos. Une idéologie qui porte en elle la certitude que l'inné peut être plus qu'une simple prédisposition, plus qu'un simple "filtre" au travers duquel le vécu devient acquis. Une idéologie réductrice et déshumanisante.

Alors évidemment on avance la noble intention de protéger et de prévenir, comme on avance le noble concept de volontariat sur la retraite à 70 ans ou le travail dominical... Sauf qu'après la multiplication des radars automatiques, des caméras de surveillance, des fichiers du type EDVIGE, après l'ingérence dans les programmes scolaires et la concentration toujours plus poussée des médias, la volonté du pouvoir en place de vouloir non seulement tout contrôler mais tout modeler à sa convenance ne fait plus aucun doute.

L'opposition politique étant soit décomposée soit trop limitée, l'opposition associative étant partiellement, sinon totalement, bâillonnée, ils affichent et assument de plus en plus ouvertement leurs réelles convictions et intentions. Au point d'en être - déjà - à "toucher" à nos enfants. Ils sapent encore un peu plus nos valeurs fondamentales. Un proverbe rundi dit: "On ne raconte pas de fable à des enfants endormis"...


Liberté - Égalité - Fraternité

"Les hommes naissent libres et égaux en droits...", faire de la part innée de chaque individu un élément déterminant ses perspectives d'avenir, limitant ses chances, fermant des portes avant même que sa personnalité ne soit tout à fait construire, est une remise en cause profonde des concepts de liberté et d'égalité tels qu'avance notre devise nationale.

Dès que l'on considère qu'un enfant ne peut être l'égal d'un autre sur un simple préjugé - car donner autant d'importance à l'inné n'est rien d'autre qu'une ouverture aux préjugés - le concept de fraternité vole en éclat. Comment imaginer une solidarité accomplie dans une société où l'autre peut dès sa plus jeune enfance être "catalogué" comme déviant?


On pourrait aussi raisonner par l'absurde - en fait simplement pousser le raisonnement gouvernemental au bout de lui-même - et dire que si l'on peut être prédisposé à devenir criminel, alors il ne fait aucun doute que l'on puisse être également prédisposé à devenir victime. À partir de là tout le monde est concerné, et au nom de la protection et d'une soi-disant liberté collective nous devrions dépister l'ensemble des citoyens en herbe et prendre "toutes les dispositions qui s'imposent" en terme de prévention... et répression.


On nous propose ici de réduire dès l'enfance les individus à leur code génétique, de les cataloguer et d'une manière ou d'une autre de les isoler les uns des autres. On me reprochera sans doute d'en faire trop, mais je suis convaincu que c'est tout le contraire de ce dont nos sociétés ont besoin. C'est un renoncement à l'enfance, la négation absolue de toute Poésie, de tout espoir... tout simplement de la vie. Résister à de telles idéologies n'est plus seulement une option citoyenne, c'est un devoir humain.


"Il y a toujours dans notre enfance un moment où la porte s'ouvre et laisse entrer l'avenir."
[Graham Greene]


Aurélien
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vendredi 28 novembre 2008

La fuite tchèque

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Métro France, reprenant un article de l'hebdomadaire tchèque Reflex, rapporte une fuite de l'administration tchèque qui révèle un dialogue pour le moins informel entre Nicolas Sarkozy et Mirek Toplanek, premier ministre tchèque.


Loin des micros et des caméras l'omni-président se lâche... Les Arabes sont difficiles à gérer, Mirek plutôt qu'Angela - en tout cas quand c'est à Mirek qu'il s'adresse -, Silvio n'a pas de courage, et la meilleure nouvelle de toute: il sera toujours au pouvoir.


Extrait:

"Ecoutez-moi. Vous deviendrez le leader de l’Europe de l’Est. Vous aurez besoin de moi. Je serai toujours au pouvoir, je ne suis pas prêt de partir. Qui croyez-vous que je préfére ? Angela (Merkel) ou vous-même?"

Tandis que, ô surprise, l'Élysée dément la véracité de ce dialogue, tout comme l'ambassadeur tchèque à Paris, le ministre tchèque des affaires étrangères a présenté ses excuses pour cette "désolante erreur".

Étrange idée que de s'excuser pour quelque chose qui n'est jamais arrivé...

C'est sans doute aussi ça la realpolitik.


Aurélien
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jeudi 27 novembre 2008

Les Jeudis d'Edgar - 07 - Contre-courants

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


En écho au billet d'hier ainsi qu'au 6e Jeudi d'Edgar, voici un extrait d'un livre disponible en intégralité sur le site de l'UNESCO: "Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur".



Le XXe siècle a légué en héritage, sur le tard, des contre-courants régénérateurs. Souvent dans l'histoire, des contre-courants, suscités en réaction aux courants dominants, peuvent se développer et détourner le cours des événements. Il nous faut noter :

Le contre-courant écologique que l'accroissement des dégradations et le surgissement de catastrophes techniques/ industrielles ne peuvent qu'accroître ;



Le contre-courant qualitatif qui, en réaction à l'invasion du quantitatif et de l'uniformisation généralisée, s'attache à la qualité en tous domaines, à commencer par la qualité de la vie ;



Le contre-courant de résistance à la vie prosaïque purement utilitaire, qui se manifeste par la recherche d'une vie poétique, vouée à l'amour, l'émerveillement, la passion, la fête ;



Le contre-courant de résistance au primat de la consommation standardisée qui se manifeste de deux façons opposées : l'une par la recherche d'une intensité vécue ("consumation"), l'autre par la recherche d'une frugalité et d'une tempérance ;



Le contre-courant, encore timide, d'émancipation à l'égard de la tyrannie omniprésente de l'argent, que l'on cherche à contrebalancer par des relations humaines et solidaires faisant reculer le règne du profit ;



Le contre-courant, lui aussi timide qui, en réaction aux déchaînements de la violence, nourrit des éthiques de la pacification des âmes et des esprits.



On peut également penser que toutes les aspirations qui ont nourri les grandes espérances révolutionnaires du XXe siècle, mais qui ont été trompées, pourront renaître sous la forme d'une nouvelle recherche de solidarité et de responsabilité.

On pourrait espérer également que les besoins de ressourcement, qui animent aujourd'hui les fragments dispersés de l'humanité et qui provoquent la volonté d'assumer les identités ethniques ou nationales, puissent s'approfondir et s'élargir, sans se nier eux-mêmes, dans le ressourcement au sein de l'identité humaine de citoyens de la Terre-Patrie.



On peut espérer en une politique au service de l'être humain, inséparable d'une politique de civilisation, qui ouvrirait la voie pour civiliser la Terre comme maison et jardin communs de l'humanité.



Tous ces courants sont voués à s’intensifier et à s’amplifier au cours du XXIe siècle et à constituer de multiples débuts de transformation ; mais la vraie transformation ne pourrait s'accomplir que lorsqu’ils s'entre-transformeraient les uns les autres, opérant ainsi une transformation globale, laquelle rétroagirait sur les transformations de chacun.




Que l'on parle de métamorphose, de révolution ou de réforme de nos société, le changement se fonde sur les contre-courants. Il est indispensable de les connaître, d'en avoir conscience, si ce n'est de les vivre pour les porter en avant. Il est tout aussi indispensable de les relier non seulement entre eux, mais aussi avec les courants auxquels ils s'opposent et qu'il n'est pas forcément souhaitable d'anéantir. Les antagonismes étant complémentaires et inter-stimulants.

Il faut aussi garder à l'esprit qu'à leur tour ils créeront de nouveaux contre-courants aujourd'hui inconcevables mais qui seront, n'en doutons pas, tout aussi forts et globaux. Comme ceux-ci, il faudra savoir les reconnaître, les relier et les accompagner. Sachons donc prendre le temps et le recul nécessaire à l'observation et la compréhension de nous-mêmes et des autres.

Une des forces du MoDem est qu'il a su le premier, entre les certitudes des uns et la désespérance des autres, se préparer à accompagner les contre-courants, décrits ci-haut par Edgar Morin, en les associant et les promouvant en enjeux politiques qui dépassent les clivages historiques. C'est en soi l'impulsion d'un contre-courant politique et citoyen.


Pour lire ou relire les épisodes précédents, c'est par ici:

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive

Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs

Les Jeudis d'Edgar - 03 - Travailler à "bien penser"

Les Jeudis d'Edgar - 04 - Retour aux sources

Les Jeudis d'Edgar - 05 - L'évadé du paradigme

Les Jeudis d'Edgar - 06 - Métamorphose


Aurélien
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