Embarqué dans une véritable machine à faire des allers-retours dans le temps, c'est à la fois enthousiasmé par le principe et impressionné par le défi que je me suis prêté à cet exercice pour quatre auteurs. Conscient aussi d'un danger: la facilité à croire que les gens que l'on admire pensent comme nous... ou que nous pensons comme eux.
François Rabelais:
Rabelais s'est peu impliqué en politique, mais c'est son humanisme enthousiaste, évidemment exposé dans Pantagruel et d'avantage encore dans Gargantua, qui m'a incité à le choisir. Un humanisme rénovateur de la philosophie et de la morale. Derrière la comédie se cache une utopie humaine, une soif intellectuelle particulièrement créatrice tendant à rapprocher savoir et culture populaire, païens et chrétiens aussi. Il était aussi très attaché à ses terres d'origine, du côté de Chinon, et à la France, on pourrait le qualifier de patriote. Autant d'éléments qui me laissent penser qu'il apprécierait François Bayrou aujourd'hui. Au point de s'encarter au MoDem? Peut-être pas. Rabelais tenait à sa liberté de parole comme à la prunelle de ses yeux, et même si cette liberté reste grande au MoDem, je pense qu'elle aurait été déjà trop restreinte pour lui.
Pierre Corneille:
J'ai choisi Corneille parce que j'aime le théâtre et la politique. Dans Le Cid ou Horace, entre autres, il est peut-être un des premiers metteurs en scène français de la dimension politique, rappelant que les hommes politiques ne sont pas au-dessus des lois. Son œuvre reste pourtant ambigüe - il aimait à jouer sur les nombreuses contradictions de la politique - quant à ses véritables convictions politiques. On pourrait toutefois considérer sa rupture avec la politique de Richelieu, ainsi que son attachement à l'héroïsme, l'intégrité et la culture pour dire qu'il aurait certainement été un fervent admirateur de De Gaulle. J'imagine qu'il serait aujourd'hui proche des gaullistes agacés par le pouvoir actuel.
Denis Diderot:
Voilà un cas beaucoup plus simple à mes yeux. Avant tout, son roman avant-gardiste Jacques le fataliste prouve qu'il estimait et faisait appel à l'intelligence de ses lecteurs. Ensuite, même s'il s'est peu impliqué en politique, deux idées principales sont ressorties de ses écrits, surtout à la fin de sa vie. Le rejet du despotisme, d'abord, et l'importance de l'enseignement non religieux, précision importante, pour la sérénité du développement social. Pour cela, Diderot serait certainement en phase avec un François Bayrou défenseur de la séparation des pouvoirs et de la laïcité, et probablement proche du Mouvement Démocrate.
Au passage, il s'est aussi investi pour les droits d'auteurs... que dirait-il d'Hadopi aujourd'hui?
Jules Verne:
Je triche un peu puisqu'il est mort en 1905, et a donc vécu au XXe siècle, mais je tenais à l'inclure dans ce billet. C'est le père de la science-fiction, de l'anticipation, un genre que j'apprécie particulièrement. Suis-je tombé dans le piège cité plus haut qui consiste à rapprocher à soi les auteurs que l'on admire? Peut-être... En tout cas je vois un point majeur qui rapprocherait Jules Verne du Mouvement Démocrate d'aujourd'hui, c’est sa volonté de résoudre en l'instant les antagonismes idéologiques de son époque, au point de rejoindre une liste municipale républicaine (gauche modérée) face aux conservateurs tout en revendiquant ses propres convictions conservatrices. C'était sa manière d'indiquer qu'il était temps de replacer le citoyen au cœur de la politique et de passer outre les clivages stériles. Redoutant les meneurs d'hommes ambitieux, il recherchait la raison, l'équilibre, un respect de la vie et de l'humain.
Ouf... Je n'ai plus qu'à passer le relais à d'autres. Bonne chance à: Florent, au Crapaud, au kiwi le Chafouin et Alcibiade.
Aurélien