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mercredi 4 mars 2009

Avant-projet de leurre

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Nadine Morano, ambitieuse Secrétaire d'État à la Famille, doit présenter d'ici fin mars un projet de loi sur le statut du beau-parent. Alors que nous n'avons eu droit, jusqu'ici, qu'à un avant-projet de loi un peu brouillon, la polémique faire déjà rage dans les rangs de l'UMP. À croire que pour le gouvernement, les médias raffolant des tensions internes aux partis politiques, secouer sa majorité est une autre façon de museler l'opposition. Passons...

Il est à mon avis utile de désamorcer cette polémique, ne serait-ce que pour qu'elle n'occupe pas un espace médiatique immérité.




D'où vient ce projet de loi?

C'est simple, d'une promesse de Nicolas Sarkozy lors des présidentielles de 2007:

Je veux reconnaître la réalité des liens affectifs qui peuvent se créer entre un enfant et le conjoint de son parent biologique, par la création d’un statut du beau-parent. Ce statut permettra de reconnaître des droits et des devoirs aux adultes qui élèvent dans le désintéressement, la générosité, la tendresse, des enfants qui ne sont pas les leurs. (…) Ce statut sera applicable aux couples de même sexe, mais aussi aux familles recomposées.

Une proposition, il faut le reconnaître, adaptée à notre temps et à l'évolution des familles dans notre société. À noter l'ouverture explicite à l'homoparentalité. Oui, mais...


Que dit la loi actuelle?

Voici ce que disent le Code Civil et son article 377 depuis 2002:
Les père et mère, ensemble ou séparément, peuvent, lorsque les circonstances l'exigent, saisir le juge en vue de voir déléguer tout ou partie de l'exercice de leur autorité parentale à un tiers, membre de la famille, proche digne de confiance, établissement agréé pour le recueil des enfants ou service départemental de l'aide sociale à l'enfance.

En cas de désintérêt manifeste ou si les parents sont dans l'impossibilité d'exercer tout ou partie de l'autorité parentale, le particulier, l'établissement ou le service départemental de l'aide sociale à l'enfance qui a recueilli l'enfant peut également saisir le juge aux fins de se faire déléguer totalement ou partiellement l'exercice de l'autorité parentale.

Dans tous les cas visés au présent article, les deux parents doivent être appelés à l'instance. Lorsque l'enfant concerné fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative, la délégation ne peut intervenir qu'après avis du juge des enfants.

À priori donc, ce statut du beau-parent existe déjà et rien ne semble interdire ce droit de partage de l'autorité parentale aux homosexuels. Dans ce cas,...



Qu'apporte le projet de loi Morano?

À vrai dire, pas grand chose: une simple modification de procédure qui ne change toutefois rien au fait qu'un juge devra statuer dans l'intérêt de l'enfant. Le statut du beau-parent y est défini comme un partage de l'autorité parentale... qui existe déjà. Au-delà il ne s'agit que précisions sur ce en quoi consiste l'autorité parentale. La seule vraie nouveauté, et pour le coup vraie évolution dans le droit des beaux-parents, selon moi, est qu'un tiers pourra désormais saisir le juge afin d'avoir le droit à cette autorité.

Beaucoup de bruit pour rien.

Et puis il y a un risque qui appelle à la vigilance. Trop élargir et renforcer le statut du beau parent pourrait compliquer l'exercice de la fonction parentale d'un des deux parents d'un couple séparé, le plus souvent le père. Paradoxalement, toute tentative de recomposition familiale serait alors plus difficile pour l'enfant.


Pourquoi une polémique sur l'homoparentalité?

La demande d'un statut du beau-parent émanait quasi-exclusivement des associations de défense des droits des homosexuels. Celles-ci s'annoncent satisfaites des propositions, je ne comprends pas pourquoi. Contrairement à ce qu'elles déclarent, s'il ne les exclut pas, le texte n'est absolument pas explicite sur l'inclusion des foyers composés de deux adultes du même sexe. Les associations n'ont aujourd'hui pour seules garanties que ce qu'elles avaient déjà hier, à savoir la parole de Nicolas Sarkozy et de Nadine Morano.

Pour les mêmes raisons on s'interrogera sur les gesticulations de Christine Boutin et Philippe De Villiers, puisqu'il n'y a dans cet avant-projet de loi aucune évolution majeure, par rapport à la situation actuelle, qui menacerait la cellule familiale telle qu'ils la perçoivent.

Force est de constater, donc, que ce n'est pas une question d'avancée ou de recul social, selon les avis, mais une question de rivalité entre lobbies. Le lobby homosexuel, représenté par les associations, face au lobby conservateur-catholique. Les deux camps placent leurs pions en vue du débat parlementaire qui rappellera celui du PACS sous le gouvernement Jospin.


Et après?

La polémique désamorcée, il reste tout de même dans les débats qui s'animent ici et là un relan nauséabond.

Je regrette qu'on débatte encore aujourd'hui sur l'homosexualité comme l'on débattait il y a plus d'un siècle sur les races. Trop souvent, l'homosexualité est réduite à des histoires de cul, des clichés. On use encore trop souvent d'insultes et de jeux de mots foireux. Il me semble important de dire ce qui suit.

Une bonne fois pour toutes: on ne choisit pas sa sexualité. On est hétérosexuel ou homosexuel comme on est droitier ou gaucher. Dans la dimension sociale et affective, il n'y a aucune différence entre les deux. Par ailleurs, aucun enfant ne mérite de voir son destin tomber dans un vide juridique. On refuserait des droits à des enfant au nom de la "nature anormale" de leurs parents, alors qu'il n'y a rien de plus normal et de plus naturel, justement, que de vouloir un enfant. Quoi de plus normal que le désir de composer une cellule familiale stable?

D'ailleurs l'homoparentalité existe déjà. On estime entre 30 000 et 300 000, selon le gouvernement et les associations, le nombre d'enfants élevés par des couples homosexuels. Face à ces faits les opposants à l'homoparentalité invoquent, entre autres, les moqueries subies à l'école par ses enfants. Mais d'où viennent ces moqueries? Des mêmes qui font que pour être sur un pied d'égalité en termes familiaux de nombreux homosexuels se cachent, se refoulent ou vont profiter de lois plus ouvertes dans d'autres pays de l'Union Européenne.

La dépénalisation de l'homosexualité en France date de 1981. C'est à la fois lointain et récent, mais cela fait donc 28 ans que lois et mentalités peinent à évoluer. Il est des conservatismes, des rigidités, qui méritent autre chose que de timides projets de loi.


Aurélien
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mercredi 28 janvier 2009

La CNIL s'oublie...

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Depuis 2007 le 28 janvier est la Journée Européenne de la Protection des Données. Il s'agit d'éduquer les citoyens européens sur leur droit fondamental au respect de leur vie privée. Un droit aussi essentiel que la liberté de circulation, d'expression ou encore de culte. Au travers de nos actes quotidiens, de nombreuses informations personnelles sont enregistrées dans des fichiers, communiquées à des tiers, rapprochées avec d’autres données ou ont des utilisations diverses ; effet amplifié par l'apparition des technologies nouvelles et mobiles.

Ainsi, selon la loi du 6 janvier 1978, le non-respect de nos droits d'information, d'opposition, d'accès et de rectification est sanctionné pénalement. En France, la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) a un rôle tout naturel à jouer lors de cette journée de sensibilisation. On s'étonnera donc de ne pas la voir figurer à son agenda... un oubli comme un aveu d'impuissance? d'indifférence? de capitulation? d'imposture? Les fleuristes ferment-ils à la Saint-Valentin?



Il faut dire que depuis sa création la CNIL a continuellement baissé sa garde de manière inquiétante, laissant proliférer les fichiers de police, le fichage ADN ou la biométrie. Diffusant en mode homéopathique quelques critiques timides ou vagues réserves, comme récemment contre le STIC et CRISTINA, respectivement frère aîné et demi-soeur d'EDVIGE, ses recommandations sont rarement suivies par le pouvoir et cèdent face à des intérêts "supérieurs".


Aujourd'hui les Français sont de plus en plus fichés et voient leurs libertés rognées au nom d'une sécurité collective sans que l'organisme sensé les protéger ne puisse intervenir efficacement. La sécurité... terme en vogue politiquement depuis la campagne présidentielle de 2002 sans qu'aucun danger ne soit clairement identifié ni mesurable. Un désir excessif de sécurité est adversaire d'une vraie liberté, disait Jean de la Fontaine dans la fable Le Loup et le Chien. Ou pour citer un autre connaisseur en droits fondamentaux, Thomas Jefferson: Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'un ni l'autre.

En cette journée européenne souhaitons donc que l'Europe soit plus à même de protéger nos vies privées. Voilà un enjeu important dont le MoDem devrait s'emparer pour les prochaines élections de juin 2009. À l'heure où les contre-pouvoirs sont à la peine en France, l'Union Européenne peut représenter sur bien des sujets un rempart salvateur. À condition, face à la démission des institutions comme la CNIL, que les citoyens prennent leur sort en main...


Aurélien
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mercredi 10 décembre 2008

La Charte du Manden


(Levez la main ceux qui ont trop vite lu "Charte du Modem"...)

Pendant que l'Occident "frime" avec les 60 ans de la Déclaration Universel des Droits de l'Homme, je vous présente ci-dessous la Charte du Manden (ou Mandé), qui aurait été proclamée en 1222 (!) par Soundjata, fondateur de l'Empire du Mali, et ses pairs.

Contestée par manque de traces écrites, elle n'en demeure pas moins une des premières manifestations d'un humanisme à vocation universelle déclarée. En ce jour anniversaire de la DUDH, en voici le contenu, réécrit par le sociologue, ethnologue, spécialiste des mythes et légendes du Mali et chercheur au CNRS Youssouf Tata Cissé, trouvé ici:




1. Les chasseurs déclarent :
Toute vie (humaine) est une vie.
Il est vrai qu'une vie apparaît à l'existence avant une autre vie,
Mais une vie n'est pas plus "ancienne", plus respectable qu'une autre vie,
De même qu'une vie n'est pas supérieure à une autre vie.


2. Les chasseurs déclarent :
Toute vie étant une vie,
Tout tort causé à une vie exige réparation.
Par conséquent,
Que nul ne s'en prenne gratuitement à son voisin,
Que nul ne cause du tort à son prochain,
Que nul ne martyrise son semblable.

3. Les chasseurs déclarent :
Que chacun veille sur son prochain,
Que chacun vénère ses géniteurs,
Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,
Que chacun "entretienne", pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

4. Les chasseurs déclarent :
Que chacun veille sur le pays de ses pères.
Par pays ou patrie, faso,
Il faut entendre aussi et surtout les hommes ;
Car "tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface
Deviendrait aussitôt nostalgique."

5. Les chasseurs déclarent :
La faim n'est pas une bonne chose,
L'esclavage n'est pas non plus une bonne chose ;
Il n'y a pas pire calamité que ces choses-là,
Dans ce bas monde.
Tant que nous détiendrons le carquois et l'arc,
La faim ne tuera plus personne au Manden,
Si d'aventure la famine venait à sévir ;
La guerre ne détruira plus jamais de village
Pour y prélever des esclaves ;
C'est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable
Pour allez le vendre ;
Personne ne sera non plus battu,
A fortiori mis à mort,
Parce qu'il est fils d'esclave.

6. Les chasseurs déclarent :
L'essence de l'esclavage est éteinte ce jour,
"D'un mur à l'autre", d'une frontière à l'autre du Manden ;
La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden ;
Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.
Quelle épreuve que le tourment !
Surtout lorsque l'opprimé ne dispose d'aucun recours.
L'esclave ne jouit d'aucune considération,
Nulle part dans le monde.

7. Les gens d'autrefois nous disent :
"L'homme en tant qu'individu
Fait d'os et de chair,
De moelle et de nerfs,
De peau recouverte de poils et de cheveux,
Se nourrit d'aliments et de boissons ;
Mais son "âme", son esprit vit de trois choses :
Voir qui il a envie de voir,
Dire ce qu'il a envie de dire
Et faire ce qu'il a envie de faire ;
Si une seule de ces choses venait à manquer à l'âme humaine,
Elle en souffrirait
Et s'étiolerait sûrement."
En conséquence, les chasseurs déclarent :
Chacun dispose désormais de sa personne,
Chacun est libre de ses actes,
Chacun dispose désormais des fruits de son travail.
Tel est le serment du Manden
A l'adresse des oreilles du monde tout entier.


Tout y est: respect de la vie humaine, de la liberté individuelle, de la justice, de l'équité et de la solidarité. Cela va même jusqu'à reconnaître la guerre comme conséquence de contextes injustes et violents. Que cette version du texte soit fiable ou non, j'aime l'idée que l'Afrique, berceau de l'humanité, soit aussi l'un des berceaux de l'humanisme moderne. Un berceau d'un demi-millénaire plus ancien que celui que représentent les Lumières.

Si quelqu'un veut bien transmettre à Henri Guaino...


Aurélien
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mardi 9 décembre 2008

Utopie universelle

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Universel: qui peut s'appliquer à toutes et tous, qui peut être reconnu par le monde entier comme utilisable.


En cette veille de célébration des 60 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la DUDH pour les intimes, j'ai souhaité faire mon humble part en partant d'une simple mais marquante anecdote.


L'universel

Ces dernières semaines ma conjointe et moi-même avons obtenus la double nationalité France-Canada, en devenant citoyens canadiens à part entière. Au bout du long processus administratif est organisée une cérémonie durant laquelle plusieurs candidats à la citoyenneté prêtent finalement serment devant un juge et chantent l'hymne national canadien. Une formalité un brin ringarde organisée dans un amphithéâtre prévu pour d'autres fonctions. De quoi en sourire, mais pas seulement...



Lors de cette cérémonie plus de 350 personnes étaient présentes, issues de 66 pays différents, rassemblées pour s'accorder une part commune d'identité. Lorsque la juge à énoncé les 66 pays représentés, j'ai balayé l'assemblée du regard ; une assemblée qui n'avait rien à envier à celle de l'O.N.U. en matière de diversité et de représentativité. Des blancs, des noirs, des jaunes... Des casquettes, des turbans, des voiles... Des croix, des croissants, des piercings... des enfants, des femmes, des hommes. 350 personnes formant un magnifique et pacifique échantillon d'humanité, point de rencontre et d'espérance pour autant de parcours différents, de croyances et d'idéologies diverses, d'expériences plus ou moins violentes, déchirantes ou aventurières.

0,000005% de l'humanité sous les yeux, et pourtant je la voyais toute entière. Mieux, j'en étais. Cela peut paraître évident ou naïf, mais j'ai ressenti là, à cet instant, ma propre humanité. J'ai réalisé ce qu'Edgar Morin nomme le principe hologrammatique: la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. Nous sommes tous liés, qu'on le veuille ou non, nous sommes tous entièrement, jusqu'au moindre électron de notre être physique, humains... égaux.

C'est possible.


L'utopie

Bien sûr j'entends comme vous ceux qui ne voient dans la DUDH que des mots et aiment à railler les "droits de l'hommistes" comme on raille aujourd'hui toutes les utopies. Mais 60 ans, à l'échelle de l'histoire humaine, ce n'est rien. La Déclaration Universelle des Droits de l'homme est un nourrisson qu'il va nous falloir, ensemble protéger, nourrir, instruire... L'humanité elle-même est jeune, infantile, au point de connaître encore toutes les barbaries qui lui coupent trop souvent les jambes, mais nous tenons là notre plus bel accomplissement en tant qu'espèce, en tant que groupe d'individus au destin commun.




Une utopie est une réalité en puissance.
[
Édouard Herriot]

La Déclaration Universelle de Droits de l'Homme... LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME. Relisez cette dernière phrase et prenez le temps de la laisser raisonner en vous, de mesurer le sens profond de ces mots, de toute l'aventure humaine, et même au-delà, qu'il nous a fallu vivre pour y parvenir. Il y a tout juste un siècle une telle idée devait sans aucun doute paraître utopique. Pourtant aujourd'hui ce texte, traduit en 337 langues, fête ses 60 ans.

Songez à tout ce que cela ouvre pour l'avenir. Ça n'est pas un simple titre de document administratif. C'est un formidable cri vivant, rassembleur et porteur d'espoir. Devant toutes les oppressions il nous est humainement interdit de le taire ou de l'étouffer.

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

C'est immense.


Joyeux Anniversaire à nous tous.


Aurélien
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mercredi 25 juin 2008

Mon baptême du feu Agora Vox...

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Il y a une semaine je publiais une note sur le droit de vote des étrangers en France, et sur le refus du Sénat d'accorder ce droit dans le cadre de la réforme de nos institutions. Relativement content de moi, je décidais de proposer l'article à Agora Vox le soir même. Le lendemain matin, surprise, plus de 120 commentaires répondaient à mon tout premier texte publié sur ce site. Les lecteurs semblaient très indécis quant à son intérêt (50%-50%). Une telle quantité de commentaires, 5 à 6 fois supérieure à la moyenne sur ce site, ne pouvait que satisfaire le néo-blogger que je suis, et l'opinion très partagée sur l'intérêt de l'article est pour moi un excellent signe de "percussion" des esprits - une trop grande approbation ou désapprobation indique généralement le contraire - ce qui était un de mes objectifs à l'écriture de ce billet.



Je dois avouer que ça faisait un moment que je ne lisais plus les articles de ce média citoyen, en fait depuis l'élection présidentielle, non pas par désaffection mais par manque de temps ; on ne peut pas tout lire. Dans mon esprit il s'agissait encore d'un petit monde peuplé de personnes plutôt averties politiquement, plutôt ouvertes, plutôt polies, plutôt centristes et même plutôt pro-Bayrou. Je me souvenais de plusieurs articles argumentés auxquels répondaient des commentaires tout aussi structurés, parfois dans la contradiction, parfois dans l'étaiement, souvent dans un esprit constructif. Je ne pensais donc pas prendre trop de risques et espérais fortement qu'une discussion constructive serait engagée. Visiblement, Agora Vox a changé.

À lire bon nombre de réactions le média citoyen s'est tranquillement mué en un média "café du commerce". Sur les 154 réactions au moment où j'écris ces mots, je peux compter les commentaires constructifs, qu'ils soient en accord ou non avec mes idées, sur les doigts d'une main. J'avais un certain espoir, sans doute naïf, après avoir lu le débat décevant de nos sénateurs que les citoyens actifs sur un média tel qu'Agora Vox se montrent plus dignes, plus ouverts, plus modernes. Cruelle déception.

Voici un florilège des réactions qui m'ont le plus estomaqué:

"Ridicule, ce droit de vote. L’etranger est un invité du pays. Pourquoi pourrait il voter? C’est comme si un invité dans votre maison prenait des decisions sur votre vie... Et puis quoi encore?"

"Le vote local conduit au devenir de la nation. C’est tout de suite qu’il faut réagir. Quand vous aurez des maires arabes, des conseillers généraux arabes et des députés arabes en quantité suffisante pour qu’ils pèsent sur notre avenir, expliquez-moi comment vous compterez réagir à ce moment. On vous expliquera qu’en démocratie tous les hommes se valent et que chaque homme compte pour une voix. Vous serez mis devant le fait accompli sans espoir de retour."

"Le sénat a eu bien raison. Les étrangers n’ont pas à influencer nos lois. Ils doivent par contre s’y soumettre et les écarts sont déjà beaucoup trop nombreux. En France, les députés sont entrain de donner à la Charia le même rang législatif qu’au droit français. [...] Les mutilations sexuelles sont reconnue comme une "valeur" française par nos hommes politiques[...] Les juges appliquent la loi coranique et les coutumes musulmannes sur le mariage. [...] Si en plus on leur donne le droit de vote ce sont les français qui vont être soumis par la loi républicaine à ces règles étrangères. Je vous garanti que dans ce cas il y aura comme toujours une tolérance zéro pour les français alors que la plus grande mansuétude est de mise pour les écarts commis par les étrangers en France."

"Pourquoi accepter de donner le droit de votes aux africains qui acceptent les régimes tribales dans leur pays et recréer en France les conditions de tribus aux moeurs reculés ?"


Je préfère m'arrêter là. Le pire est que ces réactions ne sont pas si déphasées du discours et des idées des sénateurs U.M.P. qui ont fait obstacle à la proposition de l'opposition. L'un deux, Alain Vasselle pour ne pas le nommer, clamant au et fort au sujet de tous les étrangers non-européens résidant en France: "On ne leur a pas demandé de venir." Aucun élu de son camp ne l'a repris. C'est le genre de paroles qui me rappellent toute la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy sur les thèmes du Front National et le siphonage de ses voix. Force est de constater qu'en ce qui concerne les étrangers vivant en France et leurs droits, si le F.N. est effacé ses idées sont au pouvoir. Et ces dernières, à la vue des réactions sur Agora Vox, ont malheureusement encore de belles années devant elle.

Le billet "Du droit de vote des étrangers", selon les rapports concernant ce blog, a visiblement été peu lu par mes visiteurs habituels, pour la plupart habitués de la blogosphère du MoDem. Je les invite donc à le (re)découvrir ici, et à le commenter. J'aimerais savoir comment les sympathisants, adhérents, militants et pourquoi pas élus du MoDem se situent sur cette question.


Aurélien
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jeudi 19 juin 2008

Du droit de vote des étrangers

_Article publié sur Agoravox

Le Sénat a refusé hier, dans le cadre des débats sur la réforme des institutions, d'intégrer la possibilité pour les étrangers résidant en France de voter aux élections locales. Suite à la parution de cette information, j'ai pris le temps de lire le compte-rendu des débats en ligne sur le site du Sénat.

Je suis tout simplement sidéré par la piètre qualité des débats. Puérilité, facilité, incohérence, démagogie et sectarisme sont des mots qui résonnent assez fort dans mon crâne au souvenir de cette lecture. Si quelques sénateurs se montrent légèrement plus à la hauteur que d'autres - notamment Pierre Fauchon, seul centriste à intervenir - les échanges étaient généralement soit hors sujet, soit polémistes, soit clichés. On s'accuse, on se chamaille, on se répète, le tout en connaissant l'issue du vote à l'avance...



Pour rappel, seuls les étrangers de l'Union Européenne ont le droit de vote aux élections locales après 6 mois de résidence en France. C'est le cas dans toute l'Union Européenne depuis la mise en application du traité de Maastricht, validé par référendum en 1992. Les ressortissants non français de l'U.E. vivant en métropole représentent environ un tiers des étrangers résidant en France.

Démographiquement, selon l'I.N.S.E.E., depuis 1930, les étrangers représentent une proportion assez stable de la population, entre 4% et 7% (maximum atteint en 1982). En excluant les étrangers originaire de l'U.E. et les mineurs, on peut considérer qu' environ 1,6 millions d'étrangers, électeurs potentiels, résident en France. Si le droite de vote leur était accordé, sans condition de durée de résidence, le collège électoral augmenterait ainsi de moins de 4%. Si la propostion de François Bayrou de conditionner ce droit de vote par une durée de résidence de 10 ans était appliquée, ce collège supplémentaire serait réduit de moitié, soit environ 800 000 électeurs potentiels. Cette population vit plutôt en zone urbaine, est majoritairement originaire du Magrheb, socialement défavorisée et masculine. Une minorité, estimée à 45% de cette population, serait musulmane.

Le droit de vote de ces étrangers est un problème politique, plus que juridique. Si le problème est sans doute plus ancien, François Mitterrand proposait le droit de vote des étrangers parmi les 110 propositions de son programme présidentiel de 1981. Cette proposition n'a jamais été appliquée, mais c'est le véritable point de départ du débat politique actuel sur le sujet. Débat alimenté par la montée puis la descente du F.N. , par l'instauration de la citoyenneté européenne ou encore par le basculement dans l'opinion publique. Près de deux tiers des français se disent aujourd'hui favorable au droit de vote des étrangers pour les élections locales. Sur les bancs parlementaires l'idée progresse également, la gauche et le centre semblent convaincus, une partie de la droite s'ouvre également à l'idée. À titre personnel, le Président Sarkozy lui-même s'y est déclaré favorable pendant la dernière campagne présidentielle.

Dans ce cas, pourquoi est-ce que cela bloque encore?

Les arguments "contre" se fondent sur deux concepts: la souveraineté et la nationalité. Explicitement, le paradigme de souveraineté se traduit dans les débats par des craintes d'ingérences, d'influences et de communautarismes. Dans la transcription du débat d'hier au Sénat, ce type d'argument est flagrant. Il est contré, de manière plus ou moins subtile et tout aussi flagrante, par la limitation du droit de vote des étrangers aux élections locales.

Les "anti" considèrent aussi le droit de vote comme une prérogative de la nationalité. Juridiquement, ça tient la route, mais nationalité et citoyenneté deviennent alors synonymes, ce qui reste discutable. En effet beaucoup d'étrangers résidant en France participent à la vie de la cité autant que les nationaux, n'est-ce pas à cela que l'on devrait "mesurer" la citoyenneté et donc la légitimité du droit de vote? En répondant par la négative à cette question, les "anti" manipulent la nationalité, prétendant qu'elle serait plus facile à obtenir aujourd'hui qu'hier, ce qui est faux, en en faisant un moyen d'exclusion de la vie politique, un outil de soumission. Par l'idée même ils font de la citoyenneté et de la nationalité des antagonismes.

Une exigence des "anti" comme de certains "pro" est la réciprocité. C'est à dire qu'ils seraient prêts à accorder le droit de vote aux étrangers dont le pays d'origine autoriserait le droit de vote aux Français qui y résident. C'est oublier que de nombreux Français expatriés jouissent, du moins en théorie car peu en profitent, d'une double nationalité (ou même multiple) et souvent d'un double vote, et que d'autres résident dans des pays qui accordent déjà un droit de vote à leurs ressortissants étrangers. C'est le cas d'environ un tiers des états de la planète...

Du côté "pro", le terme "démocratie" ne revient que trop rarement, alors qu'il devrait être au coeur de l'argument fondamental. Est-ce démocratique d'exclure de la vie politique une partie de ses acteurs? Évidemment, non. L'égalité, concept central de notre devise nationale, ne doit-elle concernée que les nationaux? Je ne pense pas. Ainsi au nom de l'égalité, un étranger qui travaille, paye des impôts, envoie ses enfants à l'école de la république ou encore respecte nos lois devrait pouvoir agir politiquement. L'égalité est encore plus en question lorsqu'une partie des étrangers, les ressortissants de l'U.E., eux, jouissent du droit de vote.

Au-delà, les "pro" plaident en fait pour une redéfinition de la citoyenneté, pour la délier, ne serait-ce que pariellement, de la nationalité. Il s'agit là de revenir à la définition première du citoyen, résident de la cité. Le fait même qu'a été instaurée une citoyenneté européenne tend à encourager un assouplissement du lien entre citoyenneté et nationalité.

On pourra également se poser la question du tout ou rien. Si les ressortissants étrangers sont aussi citoyens que les nationaux, pourquoi ne pas leur accorder le droit de vote pour toutes les élections, locales et nationales? Selon moi, il y a une différence essentielle entre l'échelle locale et nationale. Les enjeux locaux sont plus pragmatiques et plus inscrits dans le présent ou le court terme, ils engagent une communauté et non un peuple. Pour les élections nationales en revanche, présidentielle et législative, entrent en jeu des valeurs, des principes essentiels qui font l'identité de la nation, la reconnaissance des nationaux dans une histoire, une culture et un destin communs, l'image que la France affiche face au Monde. Vouloir voter pour défendre ou remettre en question ces valeurs et principes, s'engager sur des enjeux majeurs, c'est se reconnaître dans l'identité de ce pays et donc en revendiquer la nationalité. Cela dépasse la citoyenneté, qui devient alors une condition nécessaire mais non suffisante.


Pour conclure, vous l'aurez compris, je supporte le droit de vote des étrangers aux élections locales. Non seulement le droit de vote, mais leur éligibilité. Je le vois comme un pas indispensable vers une démocratie accomplie. Un appel retentissant à l'ouverture pour tous les citoyens français ; un signe de respect, de reconnaissance pour tous ces immigrants que nous sommes allés chercher pour leurs bras, qui sont venus , attirés par la liberté, se sont intégrés et ont participé à bâtir ce qu'est la France aujourd'hui.


A vivre au milieu des fantômes, on devient fantôme soi-même et le monde des démons n'est plus celui des étrangers mais le nôtre, surgit non de la nuit mais de nos entrailles.
[Antoine Audouard]


Aurélien

P.S.: Plus qu'une vingtaine d'heures pour le sondage sur l'avenir de l'U.E. ...
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