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jeudi 2 décembre 2010

Le coup du lapin

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Avant hier, je m'agaçais de voir nos médias s'extasier devant le plus gros anti-scoop du siècle. C'est vrai j'aimerais, et je ne pense pas être le seul, retrouver de l'investigation, de l'analyse et de la profondeur dans mes lectures de presse. Aussi ma frustration est grande quand la totalité des Unes nationales sont saturées de vide. Malheureusement, l'amélioration n'était pas pour ce 1er décembre.


Hier donc, plusieurs journaux français (par exemple celui-ci ou celui-là) ont rapporté sur leurs sites respectifs une anecdote dénichée par leur homologue anglais The Guardian dans les câbles diplomatiques confidentiels diffusés par Wikileaks. Voulant présenter son fils Louis à l'Ambassadeur des États-Unis lors d'une rencontre officielle au Ministère de l'Intérieur qu'il avait encore en charge en 2006, Nicolas Sarkozy l'invite à les rejoindre. Mais Louis ne vient pas seul, un chien le suit tandis qu'il porte un mignon petit lapin. Pour se présenter, il échappe son lapin qui se fait aussitôt courser par son chien, aux trousses duquel fonce Nicolas Sarkozy, le tout déclenchant l'hilarité générale. Oh Joie! On nous l'avait bien dit que les fuites Wikileaks représentait un danger pour l'équilibre diplomatique mondial...

Par curiosité, je suis tout de même allé consulter le câble en question. On le trouve facilement - bien plus facilement que sur les sites de presse française d'ailleurs - sur le site même de Wikileaks, précisément ici. L'anecdote léporidée, digne de feu Benny Hill, clos le document au paragraphe 6: "To shake hands with the Ambassador, Louis put down the rabbit -- and the dog started chasing the rabbit through Sarkozy’s office, which led to the unforgettable sight of Sarkozy, bent over, chasing the dog through the ante-room to his office as the dog chased the rabbit, and Louis filled the room with gleeful laughter."

Cependant, si vous avez cliqué sur ce dernier lien, vous aurez constaté que le câble est bien plus volumineux que cette simple anecdote. On y trouve d'autres informations concernant notre Président actuel. D'abord qu'il était honoré d'aller visiter les États-Unis le lendemain même de cette rencontre avec l'Ambassadeur. Puis qu'il tenait à nouer des liens informels avec les responsables américains avant l'élection de 2007, avant, en cas de victoire, d'être tenus éloignés par leurs charges respective. Ensuite qu'il estimait à 50-50, 8 mois avant son élection, ses chances de succéder à Jacques Chirac. Enfin, "last but not least", qu'il ne s'inquiétait pas à l'époque de sa rivale annoncée Ségolène Royal.

Pause. Attendez... Il s'agit de la même candidate qui vient subitement de se lancer dans la course aux primaires du PS en vue des présidentielles de 2012, tandis que Nicolas Sarkozy avoue à demi-mot envisager de se succéder à lui-même. Le paragraphe 5 du document en question, dans ce contexte, me semble particulièrement intéressant. Le voici:

"Sarkozy was nearly cavalier in his dismissal of the capabilities of Poitou-Charentes Region President and Socialist Party frontrunner Segolene Royal. He said, “she doesn’t bother me,” meaning that he did not believe that she would be a formidable opponent.

He explicitly pointed to her “lack of experience,” both in withstanding the rigors of high office and those of presidential-level electoral politics, as crippling shortcomings in her ability to mount a crediblepresidential candidacy against his. (Comment: Ever since her emergence as a highly popular presidential contender a year ago, Royal has been underestimated by all of France’s professional politicians. End Comment.)

Sarkozy mentioned former prime minister Lionel Jospin as a possible alternative to Royal, but did not venture a view on Jospin’s chances of upsetting Royal. He added that he felt Royal’s candidacy was facing increasing turbulence in the run up to the socialists’ primary election (in mid-November), and that this, along with her dominance of the popularity polls with him, “protects me.” (Comment: By absorbing so much of the attention of press and public, Royal is shielding Sarkozy from the sort of criticism and scrutiny that might undercut his candidacy. Sarkozy is making good use of this ‘blocking effect,’ using it to set the agenda for the upcoming campaign in a series of speeches that articulate both principles for action and concrete proposals. End Comment)"

Traduction rapide:

En septembre 2006, le candidat UMP jugeait donc son adversaire peu compétente, avouait qu'elle ne le dérangeait pas et ne croyait pas qu'elle représentait un adversaire de taille. Pointant son manque d'expérience à la fois sur des postes à hautes responsabilités et sur des campagnes électorales de ce niveau, il doutait alors très fortement de la crédibilité qu'elle pourrait acquérir face à sa propre candidature. L'auteur du câble rappelle en commentaire qu'à l'époque Ségolène Royal était d'ailleurs sous-estimée par tous les "politiciens professionnels" de France.

Après avoir évoqué rapidement la possibilité d'une entrée en course de Lionel Jospin à laquelle il ne croyait guère, Nicolas Sarkozy ajouta que la candidature de Ségolène Royal subissait des turbulences de plus en plus fortes lors des primaires du PS alors en cours, ce qui, combiné à leurs popularités sensiblement équivalentes dans les sondages de l'époque, le protégeait. En absorbant tellement d'attention médiatique, elle lui servait en fait de bouclier face aux critiques et examens qui pourrait mettre à mal sa propre candidature. Il pouvait alors faire plein usage de cet "effet bloquant" pour définir l'agenda de la campagne à venir dans une série de discours articulant principes d'action politique et propositions concrètes.

C'était à l'automne 2006. Fin 2010, Ségolène Royal se lance à nouveau dans les primaires socialistes. Les turbulences reprennent, pour ne pas dire "se répètent", le bouclier est à nouveau fonctionnel, Nicolas Sarkozy a déjà repris en main - sans effort aucun - l'agenda d'une campagne qui nous semblera durer une éternité.

Mais oubliez ça, et souvenez vous du petit lapin.


Aurélien
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mercredi 9 juillet 2008

Au-delà des clans et des bigorneaux


Dans une stratégie de communication qui n'a rien à envier à celle du Président de la République, Ségolène Royal déclenche une polémique de plus autour de sa personne. Son appartement a une nouvelle fois été mis à sac il y a quelques jours et elle lie, en direct au 20h de France 2, l'événement à son statut auto proclamé d'opposante principale au "clan Sarkozy".

De tels propos sont étonnants à ce niveau de l'échiquier politique. Soit Ségolène Royal a en main des éléments sérieux pour étayer sa thèse, et dans ce cas pourquoi ne pas saisir la justice, soit ses hypothèses ne reposent que sur des coïncidences, par ailleurs discutables, et ses propos deviennent totalement irresponsables pour une ancienne, et probable future, prétendante à l'Élysée. Irresponsables et politiquement suicidaires vue la polémique précédente, encore brûlante, qui déclencha mille feux plus ou moins justifiés.



Il reste cependant que son appartement a bel et bien été mis à sac. Je lui donne donc raison sur un point, comme à certains de ses collègues socialistes comme Aurélie Filippetti, il est anormal que de multiples mises à sac de l'habitation d'une responsable de l'opposition politique d'un pays démocratique ne provoque pas plus d'émoi que cela au gouvernement, ni plus de moyens d'enquête, ni un suivi journalistique plus poussé. Ce n'est pas anodin. On est loin d'un simple vol de scooter...

Contrairement à Ségolène Royal je ne ferai pas de lien direct entre les mises à sac qu'elle a subies et le "clan Sarkozy". À moins de relier cette affaire avec les mises sous surveillance, tentées ou avérées, d'Olivier Besancenot et de Bernard Thibault. Cela commence à faire beaucoup de victimes d'intimidations ou de violations de vie privée parmi les plus farouches opposants au pouvoir en place. Les suspicions concernant l'Élysée coulent alors de source ; il serait dans l'intérêt de tous de les lever ou de les confirmer rapidement et avec certitude.

Il est étonnant, pour ne pas dire choquant, que le gouvernement, notamment le Ministère de l'Intérieur, ne s'affiche pas plus offensif dans l'élucidation ces affaires, quels qu'en soient les suspects potentiels. Idem pour les médias qui se contentent quasi unanimement des polémiques. Le débat public n'en sortirait que plus sain et apaisé. Une salubrité qui ces derniers jours lui fait cruellement défaut.


Aurélien
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vendredi 4 juillet 2008

Quand Ségolène Royal m'inquiète


Retour sur une déclaration de Ségolène Royal, en marge de la visite d'une délégation française, menée par François Fillon, au Canada pour célébrer le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Voici ses propos rapportés par l'Express:

"Tout le monde le sait, c'était une opération colombienne rondement menée qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien[...] Voilà : ni polémique, ni récupération politique qui serait totalement décalée parce qu'en l'occurrence, Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération."



Ségolène Royal, que l'on pourrait appeler l'omni-opposante de part son évidente volonté d'affronter l'omni-président sur tous les fronts, illustre par ces mots tous les doutes que je peux encore avoir sur sa personne et sa capacité à mener le pays plus efficacement et dans un esprit plus rassembleur que Nicolas Sarkozy. Elle déclenche illico, forcément, les réactions en chaîne du côté de l'UMP chez les Raffarin, Yade et autres Fillon, et j'imagine que Frédéric Lefebvre devrait demander des excuses officielles d'ici peu... À la suite de quoi, comme sait aussi le faire parfaitement le Président de la République, elle se posera en victime d'une quelconque pensée unique. Elle projette ainsi le pays dans une polémique supplémentaire et stérile qui, comme les autres, fera office d'écran de fumée masquant les enjeux réels et urgents; le pouvoir actuel n'en demandait pas tant...

D'abord, par cette déclaration, elle se "décale" elle-même puisqu'elle est seule, parmi les têtes d'affiches politiques françaises, à faire de la récupération à peine déguisée. "Surtout pas de récupération mais, au passage, mon adversaire n'a rien fait après avoir été totalement inefficace...", une hypocrisie totale. Pour ma part, j'ai trouvé l'Élysée étonnamment sobre et raisonnable depuis cette libération. Je n'ai vu aucune tentative de récupération politique de la part du Président. La libération d'Ingrid Bétancourt a pu être réalisée par d'autres moyens que ceux qu'il préconisait; il n'a pas cherché à prétendre le contraire, ni a ramener la couverture à lui comme il avait pu le faire pour la libération des infirmières bulgares.

Ensuite, il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy s'est beaucoup investi pour Ingrid Bétancourt comme il le fait - je l'admet volontiers même si je n'aime pas le fond de son action ni la forme qu'il y met - sur chaque dossier. Je ne vois rien à lui reprocher sur le dossier Bétencourt. Sa stratégie de négociation était tout à fait défendable et d'ailleurs, contrairement à ce que Ségolène Royal prétend, elle a débouché sur au moins deux résultats: la preuve de vie obtenue fin 2007 et la libération des 6 premiers otages, dont Clara Rojas, proche collaboratrice d'Ingrid Bétancourt. De plus, rien n'indique que cette stratégie n'aurait pas, elle aussi, abouti à une libération. On imagine aussi très bien ce qu'auraient été les mots de Ségolène Royal si Nicolas Sarkozy avait, tout au long de cette affaire, préconisé une intervention militaire.

Enfin, qui sait vraiment si la France n'a pas joué un rôle indirect dans cette opération? Qui nous dit que la pression imposée par Paris n'a pas pesé dans la décision du gouvernement colombien de mener cette opération? Aurait-il pris cette décision sans la preuve de vie obtenue grâce aux négociations? Trop d'inconnues restent en question pour pouvoir dire que les uns ont tout fait et les autres rien du tout.

Pour moi cette actualité est extrêmement révélatrice du danger que peut représenter Ségolène Royal pour la France, pour son parti et ceux à qui elle annonce être ouverte aux alliances. Au même titre que Nicolas Sarkozy, elle communique à bras raccourcis sur tous les fronts, dans la provocation et la polémique, sans réfléchir, au-delà de l'onde de choc médiatique volontairement initiée, aux conséquences ni au sens profond de ses mots. C'est le genre d'attitude, sinon de stratégie, dont nous devons débarrasser la politique française au plus vite.


Aurélien

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