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mardi 3 mars 2009

Mécaniques mass-médiatiques

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Petite tentative de voir à travers la fumée...

En ce mardi soir, pratiquement tous les sites de la presse traditionnelle mettent en première ligne les mystérieuses lettres anonymes, accompagnées de balles de calibre 9 mm ou 38, menaçant de mort plusieurs personnalités politiques de l'UMP dont Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, Christine Albanel ou encore Alain Juppé. Le Monde, le Nouvel Observateur et l'Express mettent ainsi cette actualité à la une. Pour le Point, à la même heure, ces menaces viennent juste derrière les gesticulations de Christine Boutin sur l'homoparentalité. Du côté du Figaro, les menaces sont au premier plan de l'actualité politique.



Certes, des menaces de mort à l'encontre des représentants du peuple, comme à l'encontre de quiconque d'ailleurs, sont inacceptables. Évidemment, le fait que ces menaces touchent plusieurs personnalités politiques simultanément est particulièrement intrigant. Cependant, à ce niveau de responsabilités, les menaces sont relativement fréquentes. Les faits sont donc mystérieux mais pas forcément exceptionnels au point de monopoliser ainsi toutes les rédactions. Alors pourquoi tant d'espace médiatique?


Cela fait quelques années que Nicolas Sarkozy fixe l'agenda médiatique. Il nous a habitué à des détournements d'attention. On se souvient, entre autres, de l'annonce
de son divorce différée au jour même du premier mouvement social d'ampleur auquel il fut confronté en tant que Président de la République. Par conséquent une question se pose: de quelle autre actualité cherche-t-on, aujourd'hui, à détourner notre attention?

Pour répondre à cette question il convient de regarder ce qui, dans les jours et semaines passés, a largement occupé l'espace médiatique. Je vois trois sujets brûlants: l'affaire d'État Pérol, car s'en est une, la crise économique et les tensions aux Antilles. Sur l'affaire Pérol, rien de nouveau aujourd'hui. Sur la crise économique il y a bien eu une petite passe d'armes entre majorité et opposition sur les bancs de l'Assemblée Nationale, mais rien d'extraordinaire. Du côté des Antilles en revanche, et plus particulièrement de la Martinique, une nouvelle d'importance semble être anormalement en retrait: un accord cadre a été signé sur les salaires après un mois de conflit. Augmentation de 200 euros nets mensuels pour tous les salaires du privé jusqu'à 1,4 fois le SMIC.

Je suis surpris de voir, après tout le battage médiatique des dernières semaines sur les tensions dans les DOM-TOM, une issue imminente aussi peu médiatisée. Certes, tout n'est pas encore ficelé, les syndicats attendent notamment les conclusions de la commission des prix, mais tout de même: la revendication phare, ambitieuse, est satisfaite. C'est peut-être cela que l'on ne veut pas trop ébruiter en métropole où l'on espère que le train de mesures sociales annoncées le 5 et répétées le 18 février dernier suffiront. D'autant que, si l'on y regarde de plus près, l'État, qui avait juré qu'une telle augmentation serait totalement à la charge du patronat, finance finalement pour moitié de ces 200 euros d'augmentations.

On imagine aisément les métropolitains s'interroger: "Et pourquoi pas nous?" ; les responsables des différents syndicats jouer de ce levier lors de la prochaine journée d'action le 19 mars. Du côté du gouvernement, où les sacro-saintes cotes de popularité de l'exécutif ont du plomb dans l'aile, on doit déjà redouter de devoir justifier à nouveau un refus d'augmenter les salaires. Pas sûr que la différence de contexte économique et social entre les Antilles et la métropole ne suffise à calmer les ardeurs.

Du coup, pour le gouvernement, une petite pirouette médiatique ne mange pas de pain. Mieux vaut profiter de l'écran de fumée pour se précipiter de ministères en cabinets élyséens et s'organiser, gagner du temps avant que les consciences sociales ne s'éveillent à nouveau et que les revendications ne redoublent d'intensité.


Pour leurrer le monde, ressemble au monde ;
ressemble à l'innocente fleur,
mais sois le serpent qu'elle cache.
[William Shakespeare]



Aurélien
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mardi 17 février 2009

Complices ou victimes?


“À un moment, est-ce que ce besoin de communiquer tout n'importe où
ne doit pas se traduire en faire quelque chose quelque part?”
Jonathan Salem Baskin sur la nécessité pour le marketing social de penser plus souvent en bout de ligne | AdAge



C'est dans l'agenda présidentiel depuis deux semaines:

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18 février

15h00
Réunion de M. le Président de la République avec les partenaires sociaux au Palais de l'Élysée.
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De quoi vont bien pouvoir se parler le Président de la République, le Premier Ministre et six membres de son gouvernement, quelques conseillers de l'Élysée, les représentants des organisations patronales et syndicales?

À priori, suite à la volée d'annonces faites par Nicolas Sarkozy le 5 février dernier en prime time, il sera question de débattre sur les propositions d'ordre social des différents intervenants pour tenter de dégager quelques mesures immédiates afin de soulager le quotidien des français les plus vulnérables en ces temps de crise.

"À priori"... car tout est déjà ficelé.

En effet On apprend aujourd'hui qu'une intervention télévisée, probablement enregistrée, sera diffusée à 20h mercredi soir pour que Nicolas Sarkozy nous explique les mesures de justice sensées calmer la grogne sociale... et discutées seulement quelques heures, sinon minutes, auparavant.

J'ai énormément de mal à croire qu'une allocution d'une quinzaine de minutes (minimum) puisse être préparée, répétée, enregistrée et montée, sur un sujet aussi sérieux avec autant d'intervenants et d'interrogations, en aussi peu de temps. Il semble donc établi que les décisions sont déjà prises, toutes les "discussions" ont déjà eu lieu.

Pour l'Élysée, la réunion de mercredi n'est finalement qu'un point de passage médiatique obligé. Il ne reste qu'à attendre pour voir si Nicolas Sarkozy tirera à lui la couverture d'un succès collectif ou s'il rejettera la faute d'un échec sur les syndicats, au risque de faire monter encore colère et défiance à son égard.

On saura aussi, ce mercredi, s'il en est de même pour les partenaires sociaux. Auront-ils eu le sentiment d'avoir été écoutés et d'avoir vu leurs propositions retenues, au moins partiellement, ou au contraire d'avoir été baladés de ministre en conseiller? On saura alors s'ils auront été complices d'une mise en scène médiatique ou simplement victimes de l'obstination du Président.

Surtout, après cet énième coup médiatique, des millions de citoyens, ceux qui ne sont complices d'aucun acte ayant amené cette crise mais victimes de tous les bons mots visant à la maquiller, sauront si des actes concrets répondent enfin à leurs urgences quotidiennes.


Aurélien
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lundi 7 avril 2008

Trop d'Ingrid tue Bétancourt


Avant de rentrer dans le vif de ce billet, je précise que je ne m'exclus aucunement des dérives que je décris. J'ai moi aussi mes convictions, mes émotions, mes idéaux et ma grande gueule. J'essaie simplement de prendre ici, du bord de ma fenêtre, un peu de recul.


Depuis quelques jours, au fil de l'expansion de la bulle médiatique autour de la situation d'Ingrid Bétancourt, je sens poindre dans l'opinion publique et médiatique française ce qui ressemble à une mauvaise habitude. Celle de la surenchère émotionnelle, de la compétition du pathos. C'est à qui aura la plus belle, la plus forte, la plus juste de toutes les indignations afin de pouvoir revendiquer le trône de la morale absolue.

Pourquoi?



L'indignation n'est possible qu'avec l'identification d'un coupable. Ingrid Bétancourt a été faite otage par les F.A.R.C. il y a plus de 6 ans. Depuis nos coupables préférés se succèdent dans une ronde toujours plus rapide. D'abord les F.A.R.C. eux-mêmes, évidemment, puis les autorités françaises trop passives, puis le gouvernement Colombien trop rigide, puis, le comble, l'ensemble des acteurs les plus engagés pour une libération ; sans oublier Ingrid Bétancourt elle-même, qui après tout aurait du faire preuve de plus de prudence en ce 23 février 2002...

En effet ces derniers jours, doucement mais sûrement, on entend ici et là des questions qui, pour la première fois, semblent placer ceux qui les posent en adversaires d'un dénouement rapide et heureux pour l'otage franco-colombienne:

Pourquoi une telle médiatisation pour une seule otage?
Pourquoi les autres otages ne reçoivent-ils pas autant d'attention?
Bénéficieront-ils d'une mobilisation comparable après l'éventuelle libération de l'otage "vedette"?
Pourquoi cet otage en particulier et non l'un des (trop) nombreux autres sur un autre continent?


Des questions et des spéculations:

La (sur)médiatisation serait due à l'origine bourgeoise d'Ingrid Bétancourt.
Cette (sur)exposition nuirait à ses intérêts, permettant aux F.A.R.C. de faire monter les enchères.
Cette omniprésence médiatique nuirait aux intérêts des autres otages rendus anonymes, sans valeur marchande.

Ce que l'on peut constater, c'est que l'évolution de l'opinion, et son retournement naissant, suit fidèlement celle de la bulle médiatique. En France, depuis longtemps, une médiatisation importante devient vite suspecte et l'objet d'une telle médiatisation aussi vite réduit à un simple jouet coupable dans toutes les plus folles rumeurs. C'est le cas quel que soit le sujet, que la culpabilité soit justifiée ou non, de la Bruelmania à l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy; de Sheila à Zidane. Nous français aimons éteindre tout ce qui éblouit.

Pour Ingrid Bétancourt et ses proches le pire, en ce qui concerne l'opinion publique et la rumeur, ne fait que commencer. Depuis quelques jours, on ne dit plus "Ingrid Bétancourt", mais "Ingrid" tout court. Je guette impatiemment la première personnalité qui lâchera "Nous sommes tous Ingrid". Je ne serais d'ailleurs pas surpris que ce soit déjà fait. On ne se mobilise plus pour une personne mais pour un symbole. La réalité, le concret, la lutte que mène sa famille depuis 6 ans est en train d'échapper à tout contrôle. Le quatrième pouvoir a créé un nouveau monstre, une énième illusion. Il faut bien vendre...

La dernière carte maîtresse, celle de la réalité, est dans les mains des F.A.R.C.. Eux-seuls savent ce qu'il en est de la santé d'Ingrid Bétancourt et de sa valeur marchande. Quelle que soit l'issue, ils ont déjà gagné cette bataille. Si "Ingrid" décède (certaines rumeurs prétendent que c'est déjà le cas...) la faute ne leur incombera pas. Elle sera rejetée sur les autorités françaises passives, inefficaces & incompétentes. Si "Ingrid" survie, les F.A.R.C. pourront jouir d'une image plus humaine, plus souple, plus sympathique. Ils n'ont que faire du symbole "Ingrid" qui mobilise toutes les rédactions de France et ne peut plus les atteindre.

Ingrid Bétancourt elle, dans toute sa tragédie humaine, quotidienne, est aussi oubliée et finalement aussi anonyme que ses compagnons d'infortune.


Aurélien
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