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mardi 31 mars 2009

You talkin' to me, toi?

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C'est en tant que Président de la République Française et du Conseil Européen que Nicolas Sarkozy avait pris l'initiative de réunir un G20 à Washington, où se décida la nouvelle réunion de cette semaine à Londres. Autrement dit le G20, c'est son outil mondial de résolution de la crise à lui. En novembre 2008, Patrick Devedjian, Ministre relanceur, et Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, s'en félicitaient.

Le premier se réjouissait que l’Europe, et la Présidence française de l’union européenne, soit à l’initiative de la réponse mondiale à cette crise. Dans la même déclaration il affirmait avec autant de certitude que l'initiative du paquet fiscal avait fait gagner à la France quelques points de croissance lui permettant aujourd’hui de ne pas se trouver en situation de récession comme le sont d’autres pays européens. Quelle vista!

Le second soulignait le succès du G20 qui, après sept semaines de préparation, a permis en 48 heures, à ceux (pays émergents et développés) que l'on présentait comme irréconciliables, d'envoyer un signal extrêmement positif au monde entier. Il saluait aussi la naissance de cette nouvelle institution de régulation financière et de relance de la croissance économique, prenant des décisions concrètes.

Nicolas Sarkozy lui-même, associé à la Chancelière allemande Angela Merkel, rappelait il y a quinze jours l'importance du sommet de Londres et l'indispensable solidarité et responsabilité de l'Union Européenne sur la question: Par la présente lettre, la France et l’Allemagne entendent contribuer à la préparation du Conseil européen de printemps et permettre que s’affirme la voix commune des Européens dans la perspective du G20. Ce n’est qu’ensemble que notre voix sera assez forte pour assurer notre intérêt commun en ramenant nos économies sur la voie du développement durable dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Dans son déjà célèbre discours de Saint-Quentin, il affirmait encore que ce n’est pas parce que les défis auxquels nous sommes confrontés sont immenses - parce que cette crise est d’une ampleur sans précédent - que nous pouvons nous laisser aller au renoncement. [...] La France a toujours raison quand elle est le refus du renoncement. [...] Perte de repères, rappel des valeurs : dans la crise, il faut d’abord garder son sang froid.

Responsabilité, solidarité, détermination. Tels sont les mots d'ordre du Président français qui veut s'imposer comme le moteur moralisateur et décisionnel de ce G20. Aussi, à 48 heures du sommet de Londres il menace: Si ça n'avance pas, ce sera la chaise vide ! Je me lèverai et je partirai. [...] Rien ne serait pire qu'un G20 a minima, je préfère le clash au consensus mou. [...] On ne peut pas tout changer d'un coup mais il faut des résultats [...] Je ne m'associerai pas à un sommet mondial qui déciderait de ne rien décider.

Une attitude qui se veut ambitieuse, courageuse et exigeante... et qui n'est en fait que la parfaite illustration de l'incohérence perpétuelle d'un personnage qui, soucieux de sa seule image, ne cherche qu'à s'approprier les succès et se décharger des échecs. Celui qui déclarait il y a seulement quelques jours que les absents ont toujours tort, pour justifier le retour de la France dans l'OTAN, est aujourd'hui prêt au boycott d'une réunion internationale majeure. C'est son idée du refus du renoncement...

Si le monstre qu'il se vante d'avoir créé s'avérait dysfonctionnel, il en rejetterait la faute sur ceux à qui il prétent l'avoir imposé et prendrait la poudre d'escampette. Après s'être coupé de son peuple en ne s'exprimant plus que devant des publics acquis à sa cause dans des lieux surprotégés par des centaines de CRS, il assume déjà un possible isolement sur la scène internationale.

L'équation est à présent simple. Si le G20 débouche sur des décisions concrètes importantes, ce sera sous la pression que Nicolas Sarkozy aura imposée sur tous ses partenaires (qu'il voit certainement plus comme des concurrents). Si le G20 ne débouche sur rien, ce sera par manque de courage et responsabilité de la part de tous, sauf lui. C'est sans doute sa définition du gagnant-gagnant...

Cela me fait penser aux supporters de foot qui hurlent "On a gagné" lorsque leurs favoris s'imposent, et gémissent "Ils ont perdu" quand les mêmes subissent la défaite. Curieux sens de la solidarité et de la responsabilité. Cela ressemble aussi aux jeunes enfants qui se lancent précipitamment dans un puzzle et, au bord de la crise de nerfs, abandonnent à la moindre difficulté. Étrange conception du sang-froid ; c'est tout simplement petit.

Quel crédit pour un pays incarné par un si petit personnage face aux dirigeants des États-Unis et de leur plan de relance massif ou de la Chine et de leur proposition pour une monnaie mondiale de référence? Quelle impression laissée par la France
, à travers ce ridicule roulé des mécaniques, sur le plan international?


Le faux courage attend les grandes occasions...
Le courage véritable consiste chaque jour à vaincre les petits ennemis.
[Paul Nizan]


Aurélien
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mardi 17 février 2009

Complices ou victimes?


“À un moment, est-ce que ce besoin de communiquer tout n'importe où
ne doit pas se traduire en faire quelque chose quelque part?”
Jonathan Salem Baskin sur la nécessité pour le marketing social de penser plus souvent en bout de ligne | AdAge



C'est dans l'agenda présidentiel depuis deux semaines:

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18 février

15h00
Réunion de M. le Président de la République avec les partenaires sociaux au Palais de l'Élysée.
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De quoi vont bien pouvoir se parler le Président de la République, le Premier Ministre et six membres de son gouvernement, quelques conseillers de l'Élysée, les représentants des organisations patronales et syndicales?

À priori, suite à la volée d'annonces faites par Nicolas Sarkozy le 5 février dernier en prime time, il sera question de débattre sur les propositions d'ordre social des différents intervenants pour tenter de dégager quelques mesures immédiates afin de soulager le quotidien des français les plus vulnérables en ces temps de crise.

"À priori"... car tout est déjà ficelé.

En effet On apprend aujourd'hui qu'une intervention télévisée, probablement enregistrée, sera diffusée à 20h mercredi soir pour que Nicolas Sarkozy nous explique les mesures de justice sensées calmer la grogne sociale... et discutées seulement quelques heures, sinon minutes, auparavant.

J'ai énormément de mal à croire qu'une allocution d'une quinzaine de minutes (minimum) puisse être préparée, répétée, enregistrée et montée, sur un sujet aussi sérieux avec autant d'intervenants et d'interrogations, en aussi peu de temps. Il semble donc établi que les décisions sont déjà prises, toutes les "discussions" ont déjà eu lieu.

Pour l'Élysée, la réunion de mercredi n'est finalement qu'un point de passage médiatique obligé. Il ne reste qu'à attendre pour voir si Nicolas Sarkozy tirera à lui la couverture d'un succès collectif ou s'il rejettera la faute d'un échec sur les syndicats, au risque de faire monter encore colère et défiance à son égard.

On saura aussi, ce mercredi, s'il en est de même pour les partenaires sociaux. Auront-ils eu le sentiment d'avoir été écoutés et d'avoir vu leurs propositions retenues, au moins partiellement, ou au contraire d'avoir été baladés de ministre en conseiller? On saura alors s'ils auront été complices d'une mise en scène médiatique ou simplement victimes de l'obstination du Président.

Surtout, après cet énième coup médiatique, des millions de citoyens, ceux qui ne sont complices d'aucun acte ayant amené cette crise mais victimes de tous les bons mots visant à la maquiller, sauront si des actes concrets répondent enfin à leurs urgences quotidiennes.


Aurélien
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jeudi 12 février 2009

Les Jeudis d'Edgar - 16 - Crise éthique

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Et si les diverses crises que le monde traverse aujourd'hui - économique, sociale, écologique, sanitaire, alimentaire, politique, idéologique... - ne pouvaient être expliquées que par une crise bien plus profonde, plus fondamentale et plus universelle? Il s'agirait de la crise éthique.




Extraits d'Éthique, vol. 6 de La Méthode:


Les fondements de l'éthique sont en crise dans le monde occidental. Dieu est absent. La Loi est désacralisée. Le Sur-Moi social ne s'impose pas inconditionnellement et, dans certains cas, est lui-même absent. Le sens de la responsabilité est rétréci, le sens de la solidarité est affaibli. La crise des fondements de l'éthique se situe dans une crise généralisée des fondements de certitude: crise des fondements de la connaissance philosophique, crise des fondements de la connaissance scientifique.

On touche ici au cœur de ce qui semble impossible et paradoxal dans la Pensée Complexe d'Edgar Morin. Celle-ci appelle à la compréhension, au doute, à la remise en cause. Elle se méfie des certitudes comme de la peste. Pourtant son application nécessite d'imposer l'Éthique, qui elle, à priori, requiert des certitudes. Sauf que pour être véritablement éthique, justement, l'Éthique doit être vivante et réagir, s'adapter au monde qu'elle prétend assagir. Or les certitudes brident l'évolution. Par conséquent l'Éthique, pour être fiable et pertinente, ne peut qu'être complexe et se nourrir des antagonismes et complémentarités qu'elle rencontre.


La référence aux "valeurs" à la fois révèle et masque la crise des fondements. Elle la révèle: comme le dit Claude Lefort, "le mot "valeur" est l'indice d'une impossibilité à s'en remettre désormais à un garant reconnu par tous: la nature, la raison, Dieu, l'Histoire. Il est l'indice d'une situation dans laquelle toutes les figures de la transcendance sont brouillées". Nous sommes désormais voués à ce que Pierre Legendre appelle le "self-service normatif" où nous pouvons choisir nos valeurs. Les "valeurs" prennent la place laissée vacante des fondements pour fournir une référence transcendante intrinsèque qui rendrait l'éthique comme auto-suffisante. Les valeurs donnent à l'éthique la foi en l'éthique dans justification extérieure ou supérieure à elle-même. En fait, les valeurs essaient de fonder une éthique sans fondement.

Cette illusion des valeurs devrait tous nous interroger, en particulier en politique, en particulier au Mouvement Démocrate dont la Charte des Valeurs fut l'un des documents fondateurs. Pour consolider notre identité et nos actions, ne devrions-nous appuyer nos valeurs sur une "référence transcendante"? Tel que mentionné dans le billet La coquille vide, toutes les doctrines ont tour à tour, ici et là, représenter pour les uns ou les autres, par leurs cortèges de certitudes, une référence transcendante.
Notre défi le plus essentiel serait alors, sans tomber dans le piège de la dictature doctrinaire, de s'accorder sur une référence. L'individu? La société? l'Espèce? La Pensée Complexe nous conduirait à privilégier la boucle reliant ces trois éléments, et par conséquent à adopter une référence complexe qui pourrait être une autre boucle reliant cette fois, ad minima, Libéralisme, Socialisme et Humanisme.


La crise des fondements éthiques est produite par et productrice de:

- la détérioration accrue du tissu social en de nombreux domaines;
- l'affaiblissement de l'impératif communautaire et de la Loi collective à l'intérieur des esprits;
- la dégradation des solidarités traditionnelles;

- le morcellement et parfois la dissolution de la responsabilité dans le cloisonnement et la bureaucratisation des organisations et entreprises;
- le caractère de plus en plus extérieur et anonyme de la réalité sociale par rapport à l'individu;

- le sur-développement du principe égocentrique au détriment du principe altruiste;
- la désarticulation du lien entre individu, espèce et société;
- la dé-moralisation qui "culmine dans l'anonymat de la société de masse, le déferlement médiatique, la sur-valorisation de l'argent".


Le moins que l'on puisse dire est que nous sommes en plein dedans. Ces défauts et détérioration sapent les fondements éthiques provoquant dès lors l'affaiblissement éthique qui à son tour renforce les défauts et détériorations existantes et en génère de nouveaux.
Il devient ainsi urgent, à l'heure où l'on ressource les banques et certaines industries, de ressourcer l'éthique. Mais comment?


La suite au prochain épisode :).

Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien

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vendredi 6 février 2009

L'inquiétude persiste

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Je viens de regarder l'interview "Face à la crise" du Président de la République. Un grand oral pour rassurer les Français, se montrer pédagogue, maître de la situation et surtout, surtout, honnête. Levez la main droit et dites: "Je le jure".



Voici ce que j'en retiens:


L'annonce concrète:
La taxe professionnelle sera supprimée en 2010. Le but: encourager les entreprises à ne pas délocaliser leurs usines. Le manque à gagner: 8 milliards d'euros selon Nicolas Sarkozy, plus de 26 milliards d'euros - équivalent du plus beau plan de relance du monde - dans la France réelle de 2008 (aucune objection des intervieweurs...). La compensation: à discuter avec les collectivités locales qui la perçoivent, une piste avancée est la taxe carbone.




Les pistes pour le pouvoir d'achat:
- Suppression de la première tranche d'impôt sur le revenu pour aider les classes moyennes qui, selon l'observatoire des inégalités, ne la paient pas... aucune objection des intervieweurs.

- Effort pour protéger les jeunes qui ne retrouvent pas d'emploi et n'ont pas ou peu de protection sociale. Très bien... dommage qu'il faille la crise du siècle pour simplement l'envisager.

- Discussion entre partenaires sociaux pour une redéfinition du partage des richesses. Tout d'un coup le dialogue social avant la décision ultime est privilégié. Espérons que l'éventuel accord entre le patronat et les syndicats qui en sortira sera respecté par le gouvernement... pas comme la dernière fois sur la représentativité syndicale.

- Souhait d'une réforme du système de rémunération des traders. Ça ne pouvait pas être une condition de l'aide accordée aux banques? Aucun interviewer ne posera la question...

- Pas de dépenses publiques supplémentaires. Ça donne une idée des marges de négociation pour les pistes sociales évoquées plus haut...

- Lutte contre les paradis fiscaux. Andorre, Monaco et le Luxembourg n'ont qu'à bien se tenir. Aucun interviewer ne rappelle à Nicolas Sarkozy qu'il est de fait co-Chef d'État d'Andorre...

- Volonté de baisser la TVA à 5,5% sur tous les produits culturels et pour la restauration. Le fantôme du Roi Fainéant plane...



La concentration des pouvoirs:
J'attendais une telle question avec impatience. Réponse: "Mais enfin M'sieur Pujadas, vous voyez bien que j'fais tout comme De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac qui nommaient leurs Premiers Ministres!"... Aucun interviewer ne juge pertinent de relever que la nomination du Premier Ministre EST un pouvoir présidentiel, ni que c'est de la confiscation des pouvoirs judiciaire, législatif et médiatique qu'il était question, ni qu'il n'est pas Président de la République UMPiste, mais bien Française.


La dette filera:
Le gouvernement a engagé 25 milliards d'euros sur les 320 milliards mobilisés pour sauver les banques françaises. Les premiers intérêts rentrent: 1,4 milliards d'euros seront perçus par l'État qui reversera le tout dans des mesures sociales... et ne remboursera donc pas les intérêts de son emprunt à lui. Le spécialiste économique Guy Lagache ne sourcille même pas...


L'action internationale coordonnée face à la crise:
Je dois avouer que c'est la partie que j'ai le plus apprécié. Certes il est difficile d'avancer quoi que ce soit de concret aujourd'hui, et même si ce ne sont que des annonces les quelques points défendus par Nicolas Sarkozy m'ont semblé cohérents et pertinents. Il a une belle carte à jouer en avril prochain. Après son relatif succès à la présidence du Conseil Européen, c'est à se demander si tout en faisant n'importe quoi sur la scène nationale il ne serait pas en train de se tailler un bilan positif sur le plan international. Tiens... ça me rappelle un autre Président ça... À suivre.


2012:
Il a des doutes sur son éventuelle candidature. Il ne veut pas se présenter pour simplement finir un premier quinquennat incomplet, mais pour défendre un vrai nouveau projet. Les journalistes présents ne le relance pas sur la récente réorganisation de l'UMP qui ressemble furieusement à une machine de campagne qui se met en branle. Dans mon esprit il sera candidat, ça ne fait aucun doute, ne serait-ce que parce qu'il n'y a aucune alternative à droite. Saura-t-il nous vendre la rupture avec lui-même?


Mensonge:
Le Président explique la future procédure de nomination du président de France Télévision. Proposition du Président de la République au Conseil des Ministres, validation par le CSA puis, selon lui, accord nécessaire des 3/5 des parlementaires en commissions spécifiques. Dire le contraire serait un mensonge. Je vais donc "mentir" en rappelant que les 3/5 des parlementaires sont requis pour refuser la proposition, non pour l'accepter, ce qui change tout. Et non, M. Sarkozy, ce n'est parce que c'est transparent que c'est démocratique.


Les oublis:
On ne peut pas tout aborder en 90 minutes, mais quand même... dans le désordre: la Guadeloupe, la justice, les victimes de la tempête dans le Sud-Ouest, l'agriculture, la culture, les élections européennes, Julien Coupat, le Proche-Orient, les retraités, le second EPR... Parce que franchement, le buzz sur Kouchner et les états d'âmes de Rama Yade et Rachida Dati: on s'en fout.



Conclusion:
Le but était de rassurer. En ce qui me concerne c'est un échec. Sur la crise elle-même, mis à part de bonnes intentions affichées au niveau international, la seule annonce concrète en période de grande tension sociale est un cadeau aux entreprises, le reste n'est qu'une vague évocation de pistes constituant une patate bouillante jetée à la figure des partenaires sociaux. Par ailleurs rien, surtout pas ceux qui l'interrogent, ne semble remettre en question sa pratique politique, la concentration des pouvoirs et les menaces que ce Président de la République fait peser sur notre démocratie. D'où le mot le plus à propos de la soirée, et qui n'est pas prêt de cesser de raisonner: inquiétude.



Aurélien
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vendredi 30 janvier 2009

Une manif et on oublie...

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La "crise éponge"... Voici la nouvelle trouvaille de l'Élysée. Le terme est le mien mais le concept est tout à fait digne des meilleures stratégies de communication sarkozistes. À en croire nombre de ministres, de conseillers et de médias, nous avons assisté hier à un grand cri primaire purement social pour se défouler de toute notre angoisse due à la crise économique. Beaucoup de monde, les syndicats sont contents, le gouvernement ne peut pas réduire le tout à l'extrême gauche irresponsable. Un service minimum efficace, les syndicats sont contents, le gouvernement ne peut pas parler de prise d'otages. La soupape a levé, le message est passé: les citoyens sont inquiets. Il faudra être patients et courageux, la crise est sérieuse mais le gouvernement tiendra le cap. Nicolas Sarkozy rencontrera les partenaires sociaux début février. Tout est bien qui finit bien. On repart pour quelques mois.


Une minute...




Les frustrations sociales, si je me souviens bien, datent d'avant la crise. Il me semble que le pouvoir d'achat était au cœur des débats dans la course à l'Élysée en 2007, que le logement social est sur la table depuis quelques années déjà, que le chômage et la précarisation du travail inquiétaient déjà sous le gouvernement Villepin. Et toutes ces frustrations ne trouveraient leurs fondements que dans la crise actuelle? Il faudrait laisser du temps à ce gouvernement qui aurait été pris par surprise?

Parmi les motifs qui ont poussé tant de français dans la rue à Paris comme en province il y avait aussi, si je me souviens bien, une très forte inquiétude en ce qui concerne les libertés individuelles et la pratique politique du Président de la République. Qui en parle encore le lendemain? Quelle réponse le gouvernement apporte-t-il à cette interrogation là?

Ah oui, j'oubliais... c'est la crise... il faut se serrer les coudes et laisser de côté la prise de contrôle de l'audiovisuel public, de la justice et du parlement par l'Élysée.

Il faut oublier l'augmentation exponentielle des gardes à vue, le débarquement d'un préfet et d'un directeur départemental de la sécurité publique pour cause de mécontentement populaire au passage de l'Élu, le fichage systématique des citoyens et la détention honteuse du "terroriste" Julien Coupat.

Il faut oublier la courbe du chômage, de la dette publique et du déficit commercial depuis 2002.

Il faut oublier les émeutes de 2005 restées sans réponses.

Il faut oublier la franchise médicale, le milieu carcéral et le paquet fiscal.

Il faut oublier nos enfants, ces futurs délinquants, qu'on veut dépister, ficher puis incarcérer.

Il faut oublier les heures supplémentaires non payées des infirmières.

Il faut oublier que les malades mentaux sont d'abord des malades et bien plus souvent victimes qu'agresseurs.

Il faut oublier qu'on aime la France ou qu'on la quitte et que ce n'est pas à Neuilly que la racaille habite.

Il faut oublier Kadhafi, Poutine, Bush et El-Assad.

Il faut oublier que ce que ce gouvernement refuse au titre de "relance par la consommation" permettrait à beaucoup de ne plus avoir à choisir entre logement, santé et alimentation.

Il faut oublier les "casse-toi pauv' con", les "Toi si tu as quelque chose à dire, tu as qu'à venir ici!", les "T'es resté combien de temps au placard?" et autre "J'écoute, mais je ne tiens pas compte".

Il faut oublier le G7 ministériel, les invitations répétées des parlementaires UMP à l'Élysée, la monopolisation du temps de parole et de l'espace médiatique.

Il faut oublier Guy Mocquet, Jean-Charles Marchiani, David Martinon et surtout Cécilia mais n'exagérez pas en oubliant Carla.

Il faut oublier l'augmentation de salaire "méritée", les vacances Bolloré, les joggings discrets et Eurodisney.

Il faut oublier que le grenelle de l'environnement n'est toujours pas voté.

Il faut oublier l'ouverture, la censure et la rupture.


Je fais de mon mieux mais j'oublie certainement d'autres oublis importants... mais oublions. Puisqu'on nous dit que c'est la crise... On a défilé, on a gueulé, on est calmé. Le reste c'est du passé. J'oublie donc je suis.


Aurélien
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jeudi 8 janvier 2009

Les Jeudis d'Edgar - 11 - Face à la crise

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Le 29 décembre dernier Edgar Morin accordait un entretien au JDD pour faire un bilan de l'année 2008 écoulée, un an après l'imposture du Président de la République reprenant à son compte l'expression politique de civilisation. J'ai inséré quelques commentaires à la suite des réponses du philosophe-sociologue:

Que retenez-vous de cette année?

Bien sûr, la crise financière, devenue économique et qui peut avoir d'autres prolongements. Et l'élection, porteuse d'un grand espoir, de Barack Obama. Voilà un président américain avec une exceptionnelle expérience du monde: métis, de père né en Afrique, ayant passé une partie de sa jeunesse en Indonésie. Les deux événements sont liés: on peut se demander si Obama aurait été élu sans la crise morale de la guerre en Irak et la récession économique.


J'apprécie cette idée qu'Obama serait le premier "citoyen du monde" à devenir l'homme le plus puissant de la planète. Comment, en effet, ne pas y voir un immense espoir? Qu'il ait été élu, entre autres raisons, grâce au contexte économique et géo-politique ne fait aucun doute dans mon esprit. Sans tomber dans l'Obamania, j'y vois une manifestion de la phrase d'Hölderlin que Morin cite plus bàs.


Cette crise, comment en sortirons-nous?

Il y a le scénario catastrophe: des perturbations sociales et politiques surgissent dans un monde déjà convulsif, en particulier au Moyen et Proche-Orient. Sans faire d'analogie, c'est la crise de 1929 qui a suscité, dans le pays le plus industrialisé d'Europe, l'Allemagne, l'accession légale de Hitler au pouvoir. Il y a aussi le scénario replâtrage: des mesures adéquates, concertées de façon internationale, et une forme de relance par l'écologie.

J'ai le sentiment que nous sommes effectivement à ce carrefour où nous devons choisir le chemin de la catastrophe ou celui de la raison. Dans le contexte actuel il semble que tout nous entraîne vers l'abîme ; tant que les intérêts nationaux, ou même continentaux, prévaudront sur les intérêts universels, il ne pourra malheureusement pas en être autrement. Une conscience collective doit se réaliser. Edgar Morin y vient:


Replâtrage, ce n'est guère positif.

La mondialisation a créé une communauté de destin des êtres humains, devenus interdépendants: la crise présente en est la démonstration. Mais l'humanité n'a pas encore été capable de devenir l'humanité: forger une conscience collective que nous sommes tous citoyens de ce que j'appelle la Terre-patrie. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, le vaisseau spatial Terre est propulsé par des moteurs incontrôlés. La science et la technique sont ambivalentes, elles produisent à la fois des effets bénéfiques et des armes de mort. L'économie n'est pas régulée. Les sociétés traditionnelles se désintègrent sous l'effet du développement techno-économique sans trouver leurs propres régulations, voyez l'Afrique!

Toute l'humanité affronte les mêmes périls: prolifération nucléaire, dégradation de la biosphère, déchaînements ethno-idéologico-religieux qui, si la crise économique n'est pas vite résorbée, vont s'intensifier. Il y a aussi la démographie avec des pays à trop faible démographie et des pays à trop forte natalité, d'où les immenses vagues d'émigration. Et dans nos sociétés modernes, les aspects positifs de l'individualisme sont compensés par la destruction des anciennes solidarités concrètes et par la montée de l'égoïsme. La compartimentation des gens fait perdre le sens de l'intérêt commun. Notre civilisation a besoin d'une renaissance.

Plutôt que renaissance, je dirais tout simplement naissance, car non seulement une civilisation mondiale, universelle, n'a encore jamais existé mais en plus aucune des grandes civilisations de notre histoire n'a eu à adresser autant d'enjeux, tous d'une ampleur aussi critique, simultanément comme aujourd'hui.


La crise économique peut aussi être une chance...

J'aime beaucoup la parole de Hölderlin: "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve." La prise de conscience de la dégradation de la biosphère peut susciter une réaction forte. L'alerte a été donnée dès 1970 mais il a fallu près de quarante ans: le rapport Mansholt, les pluies acides, Tchernobyl, Three Mile Island, l'annonce du réchauffement climatique, les déforestations massives. Et nous n'avons toujours pas d'instance planétaire pour contrôler le problème écologique.

On a longtemps pensé le développement technique et économique comme la locomotive de la démocratie et du bien-être. Aujourd'hui, il faut changer l'hégémonie du quantitatif au profit de la qualité et des biens non calculables comme l'amour et le bonheur. Bâtir une société planétaire où le monde musulman et le monde occidental ne soient pas en antagonisme potentiel. Arriver à une diminution de l'hystérie de guerre (quand l'ennemi est diabolisé, le bien contre le mal). C'est ce que j'appelle une politique de civilisation.

L'écologie apparaît de plus en plus comme une des clés essentielles non seulement à notre survie, mais aussi à notre épanouissement. C'est de plus en plus évident pour de plus en plus de citoyens de plus en plus pays. Si nous sommes encore capables de nier ce qui physiquement et biologiquement fait de chacun d'entre nous un échantillon d'humanité, nous ne pouvons ignorer, négliger ni gâcher ce berceau commun qu'est la Terre.

Petite digression qui me semble importante pour comprendre la profondeur de cette nécessaire prise de conscience. Elle m'en rappelle une autre tout aussi universelle: celle, qui nous vient en devenant adulte, de l'amour que nous portons à nos parents. Bien sûr en tant qu'enfants nous aimons nos parents, mais ce n'est qu'en grandissant et vieillissant, en réalisant qu'un jour ils ne seront plus là ou même en les perdant brusquement, que l'on mesure l'ampleur de cet amour. En nous depuis notre premier souffle, nous n'en avions pas vraiment conscience, nous ne le percevions pas totalement. Ce n'est que lorsque son caractère limité par la mort nous frappe qu'il prend en notre esprit et notre coeur toute son ampleur.

C'est, à une toute autre échelle, une prise de conscience similaire que l'humanité doit vivre, et je crois est en train de vivre, par rapport à notre planète. D'où cette nécessaire prise en compte des biens non calculables comme l'amour et le bonheur


A travers des utopies?

Oui, il y aura dans les sociétés civiles de nombreuses aspirations et initiatives qui se rassembleront pour une nouvelle voie. Le microcrédit, grâce à sa médiatisation, cesse d'être localisé en Asie. Un observatoire devrait proposer chaque année des réductions des inégalités, qui ont crû de façon extrême. Des "maisons de la solidarité" dans les quartiers pourraient se vouer à d'autres malheurs que ceux traités par le Samu et la police: solitude des personnes âgées, abandonnées, désespérées. On devra mener une politique de ré-humanisation des villes et de revitalisation des campagnes: jeunes retraités, télétravail, installation de jeunes dans des fermes ou des commerces, agriculture biologique, réinstallation des médecins de campagne. Les autorités publiques (Etat, conseil général, etc.) devraient appuyer les métiers de solidarité et les entreprises à caractère coopératif.

Voilà une affirmation d'Edgar Morin qui justifie à elle seule le concept des Jeudis d'Edgar. Solidarités? Coopératives? Sociétés civiles? Le MoDem partage ces valeurs et idées. Il doit impérativement prendre une longueur d'avance et asseoir sa crédibilité sur ces sujets.


Votre approche est aussi éthique.

Une réforme de vie est inséparable d'une réforme sociale. Nous sommes dans un avenir incertain et menaçant parce que les anciens espoirs ont été déçus depuis les années 1960-1970: l'effondrement du futur. Toutes les quêtes spirituelles (bouddhismes zen et hindou, religions nouvelles, recherches d'un accord entre le corps et l'esprit) vont à rebours d'une civilisation occidentale qui repose sur la puissance et sur la conquête matérielle du monde. Mais méfions-nous de la morale: depuis des siècles, certains disent "soyons meilleurs" sans résultat. Pour d'autres, il fallait abattre les structures économiques et sociales: la révolution d'Octobre a enfanté d'une nouvelle société d'oppression.

L'éthique est une autre clé essentielle, avec l'écologie, sans doute la plus fondamentale. Songer que le simple terme "éthique" ne figure pas une seule fois dans le texte le plus fondamental de notre démocratie, la Constitution Française, me sidère. En ce sens je me réjouis de la Charte Éthique (merci à BGR) du Mouvement Démocrate, bien qu'à ma connaissance elle ne soit encore que provisoire.


Voyez-vous des signes de la progression de cette recherche?

Il y a une marche tâtonnante de l'humanité vers quelque chose qui la sauvera. Sur le plan urbain, on peut citer Fribourg-en-Brisgau, ville d'Allemagne piétonnisée où la vie a changé, Heidelberg, ou encore la ceinture maraîchère autour de Vienne (Autriche), qui a purifié les eaux. En France, des villages renaissent sous l'effort de quelques-uns: un maire, un jeune couple qui ouvre un bistrot ou une boulangerie. Je vais essayer de recueillir ces initiatives de régénération pour montrer dans un livre comment elles peuvent converger vers quelque chose de politique.

Vous savez, on ne peut jamais prévoir le nouveau à partir de ce qui le précède. C'est une métamorphose. La chenille, qui se transforme en papillon, commence par s'autodétruire. Elle ne conserve que son système nerveux. Le papillon met du temps avant de déployer ses ailes. L'humanité a connu une métamorphose quand l'espèce Homo sapiens s'est répandue sur toute la Terre. L'observateur, qui serait venu d'une autre planète il y a 15 000 ans, n'aurait pu prévoir Sumer, l'Empire chinois ou nos civilisations industrielles. L'improbable a déjà pu se réaliser dans l'Histoire et peut se réaliser encore. Nous sommes dans le plus grand des combats : la survie de l'humanité. Chacun peut s'y investir. Il faut s'attendre à l'inattendu. Penser que nous avons une espérance raisonnable. Mieux: raisonnée.

L'"espérance raisonnée"... ça ferait, à condition d'en connaître le sens et de savoir le transmettre, un bon slogan de campagne, non?


Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien

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