jeudi 10 juillet 2008

Les Jeudis d'Edgar - 03 - Travailler à "bien penser"

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Chaque jeudi je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, un nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007. Voici le troisième épisode:

En opposition à ce qu'il nomme le "mal penser", qui cloisonne, compartimente, déshumanise, aveugle ou encore corrompt, Edgar Morin propose une liste de principes à appliquer pour travailler, car il s'agit effectivement d'un effort, peut-être d'une souffrance, voire d'un sacrifice, à "bien penser". Autrement dit s'exercer à la Pensée Complexe.



Tel qu'extrait d'Éthique, sixième volume de la Méthode, il s'agit de:
  • Relier, décloisonner les connaissances;

  • Abandonner le point de vue mutilé qui est celui des disciplines séparées et chercher une connaissance polydisciplinaire ou transdisciplinaire;

  • Suivre une méthode pour traiter les complexités;

  • Obéir à un principe qui enjoint à la fois de distinguer et de relier, reconnaître la multiplicité dans l’unité, l’unité dans la multiplicité;

  • Reconnaître les contextes et les complexes et permettre donc d’inscrire l’action morale dans l’écologie de l’action;

  • Ne pas perdre l'essentiel pour l'urgent, ne pas oublier l’urgence de l’essentiel;

  • Intégrer le calcul et la quantification parmi ses moyens de connaissance;

  • Concevoir une rationalité ouverte;

  • Reconnaître et affronter incertitudes et contradictions;

  • Concevoir la dialogique qui intègre et dépasse la logique classique;

  • Concevoir l’autonomie, l’individu, la notion de sujet, la conscience humaine;

  • Opérer ses diagnostics en tenant compte du contexte et de la relation local-global;

  • S’efforcer de concevoir les solidarités entre les éléments d’un tout, et par là tendre à susciter une conscience de solidarité. De même sa conception du sujet le rend capable de susciter une conscience de responsabilité; il incite donc à ressourcer et régénérer l’éthique;

  • Reconnaître les puissances d’aveuglement ou d’illusion de l’esprit humain, ce qui le conduit à lutter contre les déformations de la mémoire, les oublis sélectifs, la "self-deception", l’auto-justification, l’auto-aveuglement.



Ceci est en quelque sorte une ébauche de charte de la Pensée Complexe, mais aussi un code éthique. La complexité fondamentale à reconnaître et adresser est la complexité humaine: individu/société/espèce. Selon Edgar Morin "ces trois instances sont l'une en l'autre, l'une générant les autres, chacune fin et moyen des autres, et en même temps potentiellement antagonistes". Le "bien penser" ne fige pas l'humain, il est conscient du pire comme du meilleur en lui, de la prose et de la poésie, de l'un et du multiple. Il pousse alors à la compréhension par la reconnaissance des imprintings et normes culturels des individus, s'efforçant de prendre en compte les contextes historique et de civilisation.

Par cette compréhension humaine sociale et historique, on saisit également les conséquences néfastes, du point de vue éthique, du manichéisme, de l'indignation permanente, de la moraline qui culpabilise et déresponsabilise, de la déshumanisation haineuse qui sévit globalement à toutes les échelles de conflits. Tout ceci requiert de l'autodiscipline, pour ne pas y sombrer à son tour, et appelle à une vigilance éthique.

La Pensée Complexe intègre ainsi l'éthique à l'ère planétaire. Elle permet de prendre conscience de la solidarité et de la responsabilité humaines dans cette idée de destin commun, Edgar Morin dirait "Terre-Patrie", et de régénérer un humanisme.

Dans la contribution de François Bayrou soumise aux adhérents pour approbation d'une ligne politique démocrate et indépendante, le Président du Modem nous appelle à penser "ce projet humaniste que les citoyens attendent quand ils pensent à la France aussi bien qu'à l'avenir du monde". Selon moi, le "bien penser" décrit plus haut définit une stratégie fondamentale et cohérente en ce sens.



Pour lire ou relire les épisodes précédents, c'est par ici:

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive


Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs




Aurélien

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