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mardi 16 novembre 2010

Il n'y a plus de politique à la télé

Petit récit de ce que j'ai pu voir hier soir, sur France 2:

D'abord, le Président de la République a parlé aux journalistes pour s'expliquer d'un remaniement qui les obsède depuis des mois. Ils ont pu l'interroger sur les raisons de l'attente et des choix. Pourquoi untel est sorti et l'autre rentré, où en sont les égos de chacun, des frictions sont elles évitées ou à craindre, l'ouverture est-elle morte, sa popularité l'inquiète-t-elle, sera-t-il candidat, etc... Quel ne fut pas leur soulagement à la lueur de cet éclairage élyséen aussi imprévisible que le dernier métro...

Puis, le Président remercié, les journalistes ont posé les mêmes questions, plusieurs fois mais sous de multiples formes, aux opposants comme aux membres du gouvernement et de la majorité. Ceux-ci n'ont pas loupé l'occasion de briller dans deux épreuves qu'ils maîtrisent tous à la perfection : la langue de bois quand on parle de l'élite politique que l'on représente et qui travaille si dur pour l'intérêt général dans un impeccable esprit de justice et de modernité ; le mépris décomplexé lorsque l'on évoque les ringards imposteurs d'en face qui ne comprennent rien à rien et n'ont pour seul objectif que la liquidation de la France.

Enfin, les journalistes ont pu tranquillement, entre eux, débattre des stratégies de leurs hérauts favoris pour optimiser leurs chances de victoire aux élections présidentielles de 2012. Qui devront-ils rassurer dans leur propre camp, les Xistes ou les Yiens? Quelle image devront-ils renvoyer aux français? Quelle petite phrase leur sera fatale? etc...

Les journalistes continueront ce débat, sous prétexte de remaniement, pendant une bonne semaine. Puis l'agenda élyséen fera défiler un autre sujet sur les prompteurs... et le prétexte changera, le même débat pourra continuer.

La politique a disparu de nos écrans. Malgré quelques émissions qui en portent officiellement l'étiquette, elle s'y est faite bouffée de l'intérieur par ce parasite qui a déjà ravagé nos institutions: l'électoralisme. Toute discussion politique à la télévision française, aujourd'hui, ne tourne plus qu'autour des chances d'élection ou ré-élection de Pierre, Paul ou Jacques et de leurs stratégies respectives en ce sens. Si Sarkozy ne doit pas céder sur l'âge de départ à la retraite, ce n'est pas pour une question de financement, c'est pour montrer qu'il ne cède pas à la pression de la rue. Si Aubry s'y oppose, ce n'est pas pour une question de qualité de vie des salariés après le travail mais pour rassurer l'aile gauche de son parti. Voilà ce qu'on nous expose sur nos petits écrans à longueur d'émissions comme '"A vous de juger".

Et la forme qu'on y met n'est pas anodine. Il faut, dans la confrontation, la radicalisation, la certitude, ne plus parler que de stratégies élaborées, de rivalités fabriquées, d'humiliation et de mort pour les uns, de béatification et de résurrection pour les autres. Surtout que ça balance, que ça saigne, qu'on entretienne les rumeurs et la désinformation, que l'on spécule sur les éventuels coups-bas et autres ralliements en trompe-l'œil. Tant pis, on est pas là pour expliquer et encore moins mesurer des idées mais pour mettre en scène des personnages, pour faire naître et vivre un concept télévisuel qui réalise les meilleures audiences possibles avec la politique pour toile de fond.

C'est de la télé-réalité, au fond. Tout au fond. Cette semaine, Nico a profité de son immunité pour éliminer Jean-Louis et sauver François, en attendant le vote du public dans dix-huit mois pour savoir qui de Nico, Ségo, Marine, François, Jean-Luc, Eva ou Olivier remportera la Prèz Academy 2012.

Ont-ils seulement du talent, ces candidats? Ont-ils quoi que ce soit à proposer d'original et qui tienne la route face à l'ampleur, la complexité et l'urgence des missions qui attendront le vainqueur? Malheureusement aucune émission ne nous le dira, pas plus la quotidienne que le prime. Impossible, même sur le service public. Quand en face il y a les Experts-Miami, du foot, ou un best-of de nos imitateurs favoris, il serait suicidaire de vouloir solliciter l'intelligence des téléspectateurs.

La vérité politique est ailleurs ; démerde toi, citoyen.

EDIT: >Si vous ne croyez pas à la mise en scène...

Aurélien
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mardi 3 février 2009

Le Sénat s'écrase...

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... et l'Élysée achève sa prise de contrôle sur le pouvoir médiatique... et législatif.

Ils se disaient humiliés, vexés d'avoir été contournés par le gouvernement qui avait poussé Patrick De Carolis à supprimer la publicité après 20h sur les chaînes du service public avant même que la loi ne soit votée. Ils nous promettaient de nous montrer ce que c'est qu'une assemblée sérieuse au service de l'intérêt général. Les sénateurs français ne seraient pas des godillots comme leurs collègues du Palais Bourbon. J'avais moi-même fini par y croire et attendais avec une certaine hâte de voir ce texte de loi profondément révisé... en vain. Le Sénat n'a pas tenu et, étant donnée sa composition, il a cédé par le Centre - à méditer pour le MoDem qui revendique officiellement 19 sénateurs - qui aura préféré, finalement, suivre les sirènes de l'UMP plutôt que la voie de l'équilibre démocratique.



Extrait de l'article du Monde:

Ils avaient jugé "indispensable" que figure dans la loi la garantie d'une "rédaction propre" pour chacune des sociétés de France Télévisions diffusant des journaux télévisés. Cette mention disparaît. Ils avaient prévu que le président de France Télévisions ne puisse être révoqué sans un avis conforme des trois-cinquièmes des suffrages exprimés dans les commissions parlementaires des affaires culturelles. Ils y ont renoncé. Ils avaient autorisé Radio France Outre-mer (RFO) à continuer de bénéficier des ressources de la publicité. La CMP a rétabli le texte de l'Assemblée.


Nicolas Sarkozy peut donc être satisfait, il pourra désormais nommer et révoquer le président de France Télévision à sa guise, puisque seul un avis non-conforme de trois-cinquièmes dans les commissions parlementaires, autrement dit impossible dans l'état actuel du parlement, pour le contredire. Un président de la télévision publique qui chaque année devra faire valider son budget par ce même parlement aux ordres de l'Élysée. L'indépendance, déjà discutable, disparaît.

L'exécutif, c'est fait.
Le médiatique, c'est fait.
Le législatif, c'est fait.
Le judiciaire, c'est en cours...

Mais si les français sont inquiets, c'est à cause de la crise. Il n'y a que la crise. Qu'à cela ne tienne, le Président de la République répondra à nos inquiétudes dès jeudi, simultanément sur TF1, France 2 & M6 (et RTL). Autant dire qu'il jouera à domicile.

Étant donné que ce qu'il y dira est déjà dans tous les médias - il est ouvert au dialogue mais il est hors de question de changer quoi que ce soit... -, que le tout sera fidèlement reporté dans les médias le soir même et le lendemain, que l'UMP l'aura trouvé visionnaire quand le PS l'aura trouvé sourd aux mouvements du 29 janvier et qu'il serait de l'ordre du miracle qu'une question pertinente sur sa concentration des pouvoirs soit posée, le meilleur signal à émettre ne serait-il pas d'éteindre SA télévision?


Aurélien
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jeudi 26 juin 2008

Sarko-réalité

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Lors de son discours présentant son analyse du rapport de la Commission Copé sur la réforme du service public audiovisuel et annonçant ses décisions sur la mise en oeuvre de la suppression de la publicité sur France Télévision, Nicolas Sarkozy aura prononcé deux phrases inacceptables à ce niveau de l'État.


1 - La preuve qu'il ne connaît pas ce qu'il réforme:

« Il n’y a aucune raison que le président de France Télévisions soit nommé différemment que celui de la S.N.C.F., d’E.D.F. ou de la R.A.T.P..»

Évidemment qu'il y a des raisons. Deux me viennent immédiatement à l'esprit:

Premièrement, à l'heure où la question de l'indépendance des médias est posée chaque jour avec plus de légitimité, c'est un signe contraire aux aspirations des citoyens que d'annoncer que le président de France Télévisions devra son poste au pouvoir en place, à l'exécutif comme à la majorité parlementaire. Cette dernière étant chargée de valider son budget d'année en année (quand produire une fiction peut prendre deux ou trois ans...), il est certain que le futur chef de la télévision publique n'aura plus aucun droit à l'"erreur".



Deuxièmement, les autres entreprises citées par le Président de la République ne subissent pas de plein fouet la concurrence du secteur privé comme c'est le cas de France Télévisions, d'autant plus depuis l'arrivée de la T.N.T.. Quand on connaît les liens existants d'une chaîne comme T.F.1. avec le pouvoir actuel, la dépendance vis à vis du pouvoir des chaînes publiques serait la mort annoncée de toute liberté de fond et de forme à la télévision. Déjà qu'aujourd'hui ce n'est pas brillant...

De cette indépendance et de cette liberté dépend notre droit à une information de qualité nous permettant de tenir notre rôle de citoyen de manière juste et responsable.


2 - La preuve qu'il nous prend pour des moutons:

"Si on attend septembre 2009, c'est encore un an où le téléspectateur aura entendu dire qu'il allait se passer des choses et que ça allait changer et où il ne se passera rien"

Des moutons impatients. Selon Nicolas Sarkozy le téléspectateur est incapable d'intégrer une information aussi basique qu'une simple date. Si on lui annonce une réforme pour le mois de septembre, il ne comprendra pas pourquoi rien n'aura changé dès le mois de janvier. Vous êtes impatients, souvenez-vous. Visiblement Bouygues et Bolloré aussi. À moins qu'il faille y voir la trouille de futurs couacs, comme un aveu d'incompétence en matière de communication, pour l'ensemble du gouvernement, avec ou sans Kaiser Saussez...

Je ne reviendrai pas sur l'absurdité du financement proposé ni sur l'absence totale de vision pour la radio, l'outre mer ou la francophonie. Tout ceci ressemble trop à de l'improvisation - puisque les solutions sont les mêmes qu'il y a 6 mois, à quoi a servi la Commission Copé? - et quand on improvise sur de telles réformes, qui ne relèvent d'aucune urgence, qu'en est-il des enjeux majeurs et des attentes pesant sur le quotidien des Français?


Aurélien
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