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jeudi 5 mars 2009

Les Jeudis d'Edgar - 19 - Écologie de l'action

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


En politique, peut-être plus qu'ailleurs tant le contexte est large, dense, complexe, l'action est incertaine. Quelles que soient les intentions et la rationalité supposée qui la motivent, elle échappe naturellement à ceux qui la mènent. L'action résiste, elle ne relève pas d'un automatisme qui à telle intention associe systématiquement et exclusivement tel résultat.

Même planifiée avec le plus grand soin, la plus sage réflexion, la meilleure des volontés, une fois impulsée, l'action est à la merci des imprévus. Prendre en compte cette part d'incertitude, c'est ce qu'Edgar Morin appelle "l'écologie de l'action".




L'écologie de l'action obéit à deux principes simples définis dans Éthique, 6e volume de la Méthode:

L'écologie de l'action nous indique que toute action échappe de plus en plus à la volonté de son auteur à mesure qu'elle entre dans le jeu des inter-rétro-actions du milieu où elle intervient. Ainsi l'action risque non seulement l'échec, mais aussi le détournement ou la perversion de son sens.

La perversion du sens correspond à trois possibilités: l'effet pervers de l'action, son innanité et la dégradation des acquis. D'où le premier principe:

Les effets de l'action dépendent non seulement des intentions de l'acteur, mais aussi des conditions propres au milieu où elle se déroule.

Autrement dit, les recettes toutes faites n'existent pas. Ce qui a marché ailleurs et/ou autrefois ne réussira pas forcément ici et maintenant. Ceci appelle le monde politique, mais aussi le monde de l'entreprise, à une plus grande humilité, à plus de réflexion, de concertations, de reliance ; à plus de patience aussi. D'autant que le second principe impose d'élargie encore la prise compte des incertitudes:

Le deuxième principe est celui de l'imprédictibilité à long terme. On peut envisager ou supputer les effets à court terme d'une action, mais ses effets à long terme sont imprédictibles. Encore aujourd'hui, on ne sait pas mesurer les conséquences futures de la Révolution française ou de la Révolution soviétique.[...] L'action, même bonne, peut porter un avenir funeste : même pacifique, elle peut porter un avenir dangereux.[...] Nulle action n'est donc assurée d'oeuvrer dans le sens de son intention.

Partant de ces deux principes, on pourrait penser que l'écologie de l'action tend à l'immobilisme. Au contraire, ce qu'elle nous enseigne, c'est que l'action est comme la Nature: incontrôlable. Chacun de nos choix, chacune de nos décisions est un pari sur l'avenir.Il n’y a, selon Edgar Morin, de certitudes que lorsque l’on peut isoler un cadre et traiter d’éléments classables comme le fait, en chimie, la table des éléments de Mendeleïev. Mais pour le reste, pour la vie, prendre conscience de cette incertitude est une question d'éthique.

Comme la Nature, il convient alors de considérer l'action avec bienveillance, d'observer son évolution et ses produits parce que, forcément, il en sortira une leçon essentielle. Ainsi Edgar Morin propose quelques bonnes pratiques écologiques: examiner le contexte où doit s'effectuer l'action, connaître l'écologie de l'action, reconnaître les incertitudes et les illusions éthiques, pratiquer l'auto examen, réfléchir aux décisions, reconnaître ses risques, élaborer une stratégie.

On rejoint ici l'idée de travailler à bien penser, incluant cet autre leitmotiv de l'écologie de l'action: ne pas perdre l'essentiel pour l'urgent, ne pas oublier l’urgence de l’essentiel. Plutôt qu'une accumulation de réformes, de trains de mesures et de plans d'actions (suivez mon regard...), il est primordial d'avoir une stratégie qui fixe un cap et se donne les moyens pour adapter, corriger en continu le présent pour mieux préparer l'avenir.

L'élaboration d'une stratégie comporte la vigilance permanente de l'acteur au cours de l'action, tient compte des aléas possibles, effectue la modification de la stratégie en cours d'action et éventuellement le torpillage de l'action qui aurait pris un cours nocif. La stratégie demeure navigation au gouvernail dans une mer incertaine, et elle suppose évidemment une pensée pertinente. Elle comporte un complexe de méfiance et de confiance, qui nécessite de se méfier non seulement de la confiance, mais aussi de la méfiance. La stratégie est un art. Tout grand art comporte une part d'imagination, de subtilité, d'invention, ce dont font preuve les grands stratèges de l'Histoire.

L’écologie de l’action est une approche par la Pensée Complexe, elle reconnaît l’impossibilité de tout savoir et comprendre des réalités humaines et des enjeux qu'ils soient locaux, nationaux ou planétaires. Elle cherche continuellement, de manière aussi objective que possible, à équilibrer les forces motrices du monde et ses besoins et aspirations essentielles.

L'écologie de l'action doit opérer selon au moins trois boucles dialogiques: risque-précaution, fins-moyens et
action-contexte. Pour chacune de ses boucles chaque est à la fois complémentaire et antagoniste à son associé. Dans chaque boucle les concepts interagissent et s’influencent. Le risque pour l'écologie de l'action est qu'ils finissent par se dénaturer, se pervertir l'un l’autre.

Saisir l’incertitude c'est lutter contre l’ignorance. L’écologie de l’action pourrait d'ailleurs inspirer des programmes d’enseignement, car il nous faut une pensée apte à affronter les complexités plutôt que de céder aux manichéismes idéologiques ou aux mutilations technocratiques (qui ne reconnaissent que des réalités arbitrairement compartimentées, sont aveugles à ce qui n’est pas quantifiable, et ignorent les complexités humaines). Il nous faut abandonner la fausse rationalité. Les besoins humains ne sont pas seulement économiques et techniques, mais aussi affectifs et mythologiques.


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Aurélien
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mardi 24 février 2009

L'immunité de la compétence

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La Présidence de la République et le gouvernement touchent le fond. La plus que probable nomination de François Pérol, Secrétaire-Général Adjoint de l'Élysée, à la tête de la deuxième banque française qui sera issue de la fusion entre la Banque Populaire et la Caisse d'Épargne, fait polémique. Et pour cause, un tel conflit d'intérêts, au point d'atteindre l'illégalité, à ce niveau de l'État est purement et simplement intolérable. Explications:

Qu'est-ce qu'un conflit d'intérêts?

Si l'on se fie à la section française de Transparency International, principale organisation de la société civile qui se consacre à la lutte contre la corruption, le conflit d'intérêts a une définition plus ou moins large selon les acteurs visés. En voici une qui concerne spécifiquement la fonction publique:

« Un conflit d'intérêts implique un conflit entre la mission publique et les intérêts privés d'un agent public, dans lequel l'agent public possède à titre privé des intérêts qui pourraient influencer indûment la façon dont il s'acquitte de ses obligations et de ses responsabilités. »
(OCDE, 29e session du comité de la gouvernance publique, Paris, les 15 et 16 avril 2004)

"... qui pourraient influencer...". L'emploi du conditionnel est fondamental. En effet, le conflit d'intérêts n'a pas besoin d'un acte de corruption avéré pour exister. Il représente plus un contexte favorable à la corruption que la corruption elle-même. Par conséquent, lutter contre les conflits d'intérêts, c'est faire de la prévention contre la corruption.



Y a-t-il conflit d'intérêts pour François Pérol?

Dans le cadre de sa très probable nomination à la tête de ce qui sera le deuxième groupe bancaire en France, le conflit d'intérêts est évident, et même double.
D'abord, c'est lui qui était en charge du dossier préparant l'implication de l'État dans cette fusion. Il est intervenu directement auprès des deux dirigeants de la Caisse d'Épargne et de la Banque Populaire il y a encore moins d'une semaine. Autrement dit il a eu un rôle actif dans la création de ce nouveau groupe dont il doit prendre la tête, premier conflit d'intérêts.
Ensuite, il est nommé par le Chef de l'État, Nicolas Sarkozy, dont il est Secrétaire Général Adjoint depuis 2007 et ami. Autrement dit, le Président de la République nomme un de ses plus proches collaborateurs à la tête d'une grande institution bancaire, qui plus est en pleine crise financière et économique, deuxième conflit d'intérêts.
Pour ses deux raisons son jugement dans l'acquittement de ses obligations à la tête de cette nouvelle banque pourrait être influencé.


Que dit la loi?

Elle est, contrairement à ce que laisse entendre le Point, tout à fait limpide. Dans ce décret comme dans cet article L432-13 du code pénal, il est stipulé ceci:

Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 Euros d'amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions.

La nomination de François Pérol à la tête d'un groupe financier privé qu'il aura contribué, en tant qu'agent de l'État, à créer est illégale.


Que dit Nicolas Sarkozy?

Pour le Président de la République, cette nomination de pose aucun problème. Forcément, c'est son idée. Qu'elle soit contraire à la loi et aux principes éthiques élémentaires ne peut donc le déranger.

La commission de déontologie a eu l'occasion de donner son point de vue (sur la nomination de François Pérol), ce point de vue a été communiqué aux deux banques et il sera rendu public", a-t-il précisé.

"Vous verrez en l'occurrence la différence entre une polémique et un problème, et de problème il n'y en a pas", a-t-il souligné.

"La politique de nominations du gouvernement est toujours fondée sur le même critère : la compétence, la compétence et encore la compétence."

La commission de déontologie, vous connaissiez? C'est, comme tous les médias oublient de le mentionner, cet organisme sous-tutelle du Ministère du Budget, et donc ni indépendant ni impartial dans ce dossier. Nouveau conflit d'intérêts. Il faut dire que le Ministre du Budget, Éric Woerth, est lui-même peu sensible aux conflits d'intérêts puisqu'il cumule cette fonction avec celle de Trésorier de l'UMP. Un cumul qui serait interdit dans les démocraties anglo-saxonnes, entre autres.

C'est que François Pérol est compétent, comprenez-vous? C'est un passe-droit en République Bananière de France. En Sarkozie, il suffit de déclarer quelqu'un compétent pour lui ouvrir toutes les portes, même celles qui lui sont moralement et légalement interdites. Il serait sans doute bon de rappeler fermement au Président de la République et ses amis - les ultra-compétents Pérol, Kouchner, Kosciusko-Morizet, Laporte, Lagarde, Woerth, ... - que la compétence, en plus de ne jamais être absolue, passe d'abord par le respect des lois et des principes éthiques élémentaires.


Aurélien



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jeudi 19 février 2009

Les Jeudis d'Edgar - 17 - Ressourcer l'éthique

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


Ce billet est la suite directe du précédent Jeudi d'Edgar. Nous y avons vu les origines et les moteurs de la crise éthique, mère de toutes les crises actuelles. Je concluais ainsi: Il devient ainsi urgent, à l'heure où l'on ressource les banques et certaines industries, de ressourcer l'éthique. Mais comment?




La Pensée Complexe contient des pistes. La plus importante, la plus fondamentale, est sans doute celle du principe de reliance:

L'éthique est pour les individus autonomes et responsables, l'expression de l'impératif de reliance. Tout acte éthique, répétons le, est en fait un acte de reliance, reliance avec autrui, reliance avec les siens, reliance avec la communauté, reliance avec l'humanité et, en dernière instance, insertion dans la reliance cosmique.

La reliance est un concept inventé par le sociologe Marcel Bolle de Bal qui caractérise les aspirations à diverses identités. Reliance à soi: indentité individuelle. Reliance aux autres: fraternité. Reliance au monde, à la Terre Patrie: identité terrienne. On retrouve ici la boucle complexe individu-société-espèce, qui devient ici une boucle de reliance qu'il nous faut régénérer.

Cette régénération peu partir du réveil intérieur de la conscience morale, du surgissement d'une foi ou d'une espérance, d'une crise, d'une souffrance, d'un amour, et aussi, aujourd'hui, de l'appel qui vient du vide éthique, du besoin qui vient du dépérissement éthique.

Il ne s'agit donc pas pour nous de trouver un fondement pour l'éthique, mais à la fois de la ressourcer et de la régénérer dans la boucle de reliance.

Une simple prise de conscience ne suffit pas, ou plutôt ne peut survenir sans effort. Il faut fournir l'effort de travailler à bien penser. Quatre éléments essentiels à cela: favoriser l'ouverture entre les connaissances et les disciplines, reconnaître l'urgence de l'essentiel, intégrer et accepter incertitudes et contradictions et lutter contre les puissances d'aveuglement et d'illusion de l'esprit humain.



La reliance: un défi énorme en général et en politique en particulier. Reconnaître, accepter et entretenir les antagonismes complémentaires avec ses opposants. Ne pas s'entêter à avoir des idées arrêtées sur tout mais se concentrer et être implacables sur l'essentiel. Accepter de ne pas avoir réponse à tout, de déléguer. Assumer, voir revendiquer, une dose d'incohérence. Faire en continu son autocritique constructive. C'est à peu près comme cela que je définirais "faire de la politique autrement", pour que l'éthique y retrouve son rôle à la fois moteur et régulateur.


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Aurélien

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jeudi 12 février 2009

Les Jeudis d'Edgar - 16 - Crise éthique

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Et si les diverses crises que le monde traverse aujourd'hui - économique, sociale, écologique, sanitaire, alimentaire, politique, idéologique... - ne pouvaient être expliquées que par une crise bien plus profonde, plus fondamentale et plus universelle? Il s'agirait de la crise éthique.




Extraits d'Éthique, vol. 6 de La Méthode:


Les fondements de l'éthique sont en crise dans le monde occidental. Dieu est absent. La Loi est désacralisée. Le Sur-Moi social ne s'impose pas inconditionnellement et, dans certains cas, est lui-même absent. Le sens de la responsabilité est rétréci, le sens de la solidarité est affaibli. La crise des fondements de l'éthique se situe dans une crise généralisée des fondements de certitude: crise des fondements de la connaissance philosophique, crise des fondements de la connaissance scientifique.

On touche ici au cœur de ce qui semble impossible et paradoxal dans la Pensée Complexe d'Edgar Morin. Celle-ci appelle à la compréhension, au doute, à la remise en cause. Elle se méfie des certitudes comme de la peste. Pourtant son application nécessite d'imposer l'Éthique, qui elle, à priori, requiert des certitudes. Sauf que pour être véritablement éthique, justement, l'Éthique doit être vivante et réagir, s'adapter au monde qu'elle prétend assagir. Or les certitudes brident l'évolution. Par conséquent l'Éthique, pour être fiable et pertinente, ne peut qu'être complexe et se nourrir des antagonismes et complémentarités qu'elle rencontre.


La référence aux "valeurs" à la fois révèle et masque la crise des fondements. Elle la révèle: comme le dit Claude Lefort, "le mot "valeur" est l'indice d'une impossibilité à s'en remettre désormais à un garant reconnu par tous: la nature, la raison, Dieu, l'Histoire. Il est l'indice d'une situation dans laquelle toutes les figures de la transcendance sont brouillées". Nous sommes désormais voués à ce que Pierre Legendre appelle le "self-service normatif" où nous pouvons choisir nos valeurs. Les "valeurs" prennent la place laissée vacante des fondements pour fournir une référence transcendante intrinsèque qui rendrait l'éthique comme auto-suffisante. Les valeurs donnent à l'éthique la foi en l'éthique dans justification extérieure ou supérieure à elle-même. En fait, les valeurs essaient de fonder une éthique sans fondement.

Cette illusion des valeurs devrait tous nous interroger, en particulier en politique, en particulier au Mouvement Démocrate dont la Charte des Valeurs fut l'un des documents fondateurs. Pour consolider notre identité et nos actions, ne devrions-nous appuyer nos valeurs sur une "référence transcendante"? Tel que mentionné dans le billet La coquille vide, toutes les doctrines ont tour à tour, ici et là, représenter pour les uns ou les autres, par leurs cortèges de certitudes, une référence transcendante.
Notre défi le plus essentiel serait alors, sans tomber dans le piège de la dictature doctrinaire, de s'accorder sur une référence. L'individu? La société? l'Espèce? La Pensée Complexe nous conduirait à privilégier la boucle reliant ces trois éléments, et par conséquent à adopter une référence complexe qui pourrait être une autre boucle reliant cette fois, ad minima, Libéralisme, Socialisme et Humanisme.


La crise des fondements éthiques est produite par et productrice de:

- la détérioration accrue du tissu social en de nombreux domaines;
- l'affaiblissement de l'impératif communautaire et de la Loi collective à l'intérieur des esprits;
- la dégradation des solidarités traditionnelles;

- le morcellement et parfois la dissolution de la responsabilité dans le cloisonnement et la bureaucratisation des organisations et entreprises;
- le caractère de plus en plus extérieur et anonyme de la réalité sociale par rapport à l'individu;

- le sur-développement du principe égocentrique au détriment du principe altruiste;
- la désarticulation du lien entre individu, espèce et société;
- la dé-moralisation qui "culmine dans l'anonymat de la société de masse, le déferlement médiatique, la sur-valorisation de l'argent".


Le moins que l'on puisse dire est que nous sommes en plein dedans. Ces défauts et détérioration sapent les fondements éthiques provoquant dès lors l'affaiblissement éthique qui à son tour renforce les défauts et détériorations existantes et en génère de nouveaux.
Il devient ainsi urgent, à l'heure où l'on ressource les banques et certaines industries, de ressourcer l'éthique. Mais comment?


La suite au prochain épisode :).

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Aurélien

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jeudi 18 décembre 2008

Les Jeudis d'Edgar - 10 - Rompre avec le développement

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Lorsque François Bayrou, en campagne présidentielle de 2007, déclarait défendre la société de la loi du plus juste et non la société de la loi du plus fort, quelle était la portée réelle, profonde de ces propos?

D'abord, ces propos affirment l'évidence que c'est la loi du plus fort qui règne actuellement dans nos sociétés et dans le monde. Difficile de le nier au regard des inégalités et des injustices. Pour remettre en question cette loi du plus fort, il faut remettre en cause tout ce qu'elle porte en elle, ses valeurs, ses principes et ses concepts clés.


Or, un de ces concepts les moins remis en question est celui du développement. Edgar Morin s'y est essayé dans son livre "Vers l'abîme?":


Ceci doit nous amener tout d'abord à nous défaire du terme de développement, même amendé ou amadoué en développement durable, soutenable ou humain.

L'idée de développement a toujours comporté une base technique-économique, mesurable par les indicateurs de croissance et ceux du revenu. Le développement ignore la souffrance, la joie, l'amour.




Elle suppose de façon implicite que le développement techno-économique est la locomotive qui entraîne naturellement à sa suite un "développement humain", dont le modèle accompli et réussi est celui des pays réputés développés, autrement dit occidentaux.

Cette vision suppose que l'état actuel des sociétés occidentales constitue le but et la finalité de l'histoire humaine. Le développement "durable" ne fait que tempérer le développement par considération du contexte écologique, mais sans mettre en cause ses principes. Dans le développement "humain", le mot humain est vide de toute substance, à moins qu'il ne renvoie au modèle humain occidental, qui certes comporte des traits essentiellement positifs mais aussi, répétons-le, des traits essentiellement négatifs.

Aussi le développement, notion apparemment universaliste, constitue un mythe typique du sociocentrisme occidental, un moteur d'occidentalisation forcenée, un instrument de colonisation des "sous- développés" (le Sud) par le Nord. Comme le dit justement Serge Latouche, "ces valeurs occidentales (du développement) sont précisément celles qu'il faut remettre en question pour trouver solution aux problèmes du monde contemporain" .

Le développement ignore ce qui n'est ni calculable ni mesurable, c'est-à-dire la vie, la souffrance, la joie, l'amour, et sa seule mesure de satisfaction est dans la croissance (de la production, de la productivité, du revenu monétaire…).

Conçu uniquement en termes quantitatifs, il ignore les qualités de l'existence, les qualités de solidarité, les qualités du milieu, la qualité de la vie, les richesses humaines non calculables et non monnayables ; il ignore le don, la magnanimité, l'honneur, la conscience…

Sa démarche balaie les trésors culturels et les connaissances des civilisations archaïques et traditionnelles ; le concept aveugle et grossier de sous- développement désintègre les arts de vie et sagesses de cultures millénaires.

Sa rationalité quantifiante en est irrationnelle lorsque le PIB (produit intérieur brut) comptabilise comme positives toutes activités génératrices de flux monétaires, y compris les catastrophes comme le naufrage de l'Erika ou la tempête de 1999, et lorsqu'il méconnaît les activités bénéfiques gratuites.

Un retour aux potentialités humaines génériques Le développement ignore que la croissance techno-économique produit aussi du sous- développement moral et psychique : l'hyperspécialisation généralisée, les compartimentations en tous domaines, l'hyperindividualisme et l'esprit de lucre entraînent la perte des solidarités.

L'éducation disciplinaire du monde développé apporte bien des connaissances, mais elle engendre une connaissance spécialisée qui est incapable de saisir les problèmes multidimensionnels, et elle détermine une incapacité intellectuelle de reconnaître les problèmes fondamentaux et globaux.

Le développement apporte des progrès scientifiques, techniques, médicaux, sociaux, mais aussi des destructions dans la biosphère, des destructions culturelles, de nouvelles inégalités, de nouvelles servitudes se substituant aux anciens asservissements. Le développement déchaîné de la science et de la technique porte en lui-même une menace d'anéantissement (nucléaire, écologique) et de redoutables pouvoirs de manipulation.

Le terme de développement durable ou soutenable peut ralentir ou atténuer, mais non modifier ce cours destructeur. Il s'agit dès lors, non tant de ralentir ou d'atténuer, mais de concevoir un nouveau départ. Le développement ignore qu'un véritable progrès humain ne peut partir de l'aujourd'hui, mais qu'il nécessite un retour aux potentialités humaines génériques, c'est-à-dire une re-génération.

De même qu'un individu porte en son organisme les cellules souches totipotentes qui peuvent le régénérer, de même l'humanité porte en elle les principes de sa propre régénération, mais endormis, enfermés dans les spécialisations et les scléroses sociales.

Ce sont ces principes qui permettraient de substituer à la notion de développement celle d'une politique de l'humanité (anthropolitique) que j'ai depuis longtemps suggérée et celle d'une politique de civilisation.


Légère digression: vous mesurerez au passage l'ampleur du détournement, je dirais même de l'imposture du Président de la République lorsqu'il a repris à son compte cette idée de politique de civilisation.


Dans notre quête d'un monde plus juste se dresse devant nous un problème aujourd'hui impossible à résoudre, celui d'un gouvernance mondiale. Si l'on en mesure la faisabilité à l'échelle européenne, on en constate aussi la lenteur et la fragilité. Il semble que seul un péril imminent, un électrochoc violent, pourrait éveiller les consciences au point de passer à l'action.

Voici tout de même ce que nous pouvons ambitionner:

Par anthropolitique, ou politique de l'humanité, Edgar Morin appelle de ses vœux une politique qui aurait pour plus urgent mission de solidariser l'humanité, conduite par une agence ad hoc des Nations Unies au service des plus défavorisés du point de vue humanitaire et sanitaire. Il appelle les pays les plus riches à mobiliser leur jeunesse dans un service civique planétaire pour soulager les maux dus aux sécheresses, famines et autres épidémies.

Cela implique également de prendre en compte à quel point les miséreux sont dépourvus de considération, de respect. Ils sont impuissants devant le mépris, l'ignorance, les coups du sort. C'est que la misère et la pauvreté ne doivent plus être mesurées qu'en termes monétaires.

Il s'agirait enfin d'une politique de justice, pour que les droits reconnus en Occident le soient partout et pour tous, et de sauvegarde et contrôle des biens communs qui aujourd'hui, selon les accords internationaux en vigueur, se résument étrangement à la Lune et l'Antarctique ; il faudrait y inclure l'eau et pourquoi pas certaines ressources énergétiques.

La politique de civilisation, elle, aurait pour but de conserver les fondamentaux de la civilisation occidentale et d'y intégrer ceux de l'Orient et du Sud, chaque fois en rejetant ce qu'il y a de pire. Le principal problème étant de contrôler les quatre moteurs déchaînés du vaisseau monde: science, technique, industrie et économie. Ce contrôle ne peut être rendu possible que par l'éthique, qui elle-même ne peut s'imposer que par la politique. Par exemple, il s'agirait de diversifier notre économie en favorisant, sans étouffer totalement le capitalisme pour autant, l'émergence des coopératives, des associations, des mutuelles et échanges de services.

Comme le dit Edgar Morin lui-même, il ne s'agit pas là d'un programme, ni même d'un projet, mais simplement d'ouvrir une voie. L'exploration de cette voie ne sera possible qu'en rompant avec certains principes, le développement tel que conçu aujourd'hui n'étant qu'un exemple, auxquels nous nous accrochons, sans en saisir la complexité, comme s'ils étaient incontestables.

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Aurélien

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jeudi 11 décembre 2008

Les Jeudis d'Edgar - 09 - Sortir de la moraline

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


La moraline: posture commode [...] qui consiste à transformer l'erreur d'autrui en faute morale et dispense le moralisateur de tout effort d'analyse et de réflexion.
[Edgar Morin - Éthique]



Edgar Morin, comme Frédéric Nietzsche avant lui, distingue la morale de la moraline. La première prendrait forme par l'éthique, la réflexion personnelle, l'autocritique et l'exigence envers soi-même tandis que la seconde en serait une forme dégradée, lui substituant un catalogue de principes formels et de réflexes de culpabilité, de simplification et de réduction. Il s'agit d'une rigidification éthique qui conduit au manichéisme, ignorant compréhension, magnanimité et pardon.


On peut encore distinguer deux types de moraline: la moraline d'indignation et la moraline de réduction. Deux occurrences qui s'entre-nourissent:

L'indignation sans réflexion ni rationalité conduit à la disqualification d'autrui.

L'indignation est tout enveloppée de morale, alors qu'elle n'est souvent qu'un masque de l'immorale colère.


La moraline de réduction réduit autrui à ce qu'il y a de plus bas, aux actes mauvais qu'il a accomplis, à ses anciennes idées nocives, et le condamne totalement. C'est oublier que ces actes ou idées ne concernent qu'une partie de sa vie, qu'il a pu évoluer depuis, voire s'être repenti.


Un exemple, frappant, de moraline est le flot d'articles journalistiques suivis de commentaires d'une sévérité, d'une violence même, inouïe à l'égard de ces parents qui l'été dernier ont oublié leurs enfants dans leurs véhicules, les condamnant pour la plupart à la mort. À la suite d'articles relatant les faits se sont enfilés des séries interminables de commentaires comme autant de jugements définitifs à charge, oubliant toute tentative de compréhension et de contextualisation.

Un autre exemple, moins dramatique mais sans doute plus pernicieux, est celui des joutes politiques verbales qui surviennent dans l'opposition frontale droite-gauche depuis 30 ans. Au moindre désaccord, qu'on ne tarde jamais à trouver, les uns ressortent les vieux dossiers des autres, les autres ramènent tout à la figure la plus emblématique des uns, etc... Là encore il s'agit de simplifier et de réduire, aucunement de comprendre, encore moins d'exécuter une autocritique, exercice aujourd'hui officieusement prohibé en politique.

Pour sortir de ce schéma barbare, il convient de combler un manque évident, devenu naturel, d'introspection. Un travail sur soi est nécessaire pour faire émerger une culture psychique, au même titre qu'il existe une culture physique. En effet l'esprit humain recèle pour lui-même de nombreux pièges parmi lesquels ce qu'Edgar Morin nomme la self-deception (mensonge à soi-même), stimulé par l'oubli sélectif, ou l'auto-justification qui accuse systématiquement les autres pour ses propres erreurs.

Il s'agit alors d'effectuer un auto-examen avec en complément une auto-critique. Facile à dire... comme le rappelle le père de la Pensée Complexe il est alors nécessaire de fournir un effort vital mais que nul n'enseigne. L'objectif est la compréhension de l'autre et la résistance à l'intimidation comme aux délires, hystéries ou emballements collectifs.


Si le MoDem veut être moderne, différent, crédible et cohérent il doit s'imposer une éthique de la responsabilité et une éthique de l'honneur, s'inventer une auto-éthique garante de cette cohérence avec ses valeurs et l'image qu'il a de lui-même. Cela commence par savoir nous reconnaître nous-mêmes, dialoguer avec nos idées et vivre avec elles plutôt qu'à les laisser nous habiter.



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Aurélien
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vendredi 1 août 2008

Concept-Loi-Esprit

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La recherche sur les cellules vient de faire une nouvelle percée majeure. D'après cet article du Nouvel Observateur, des chercheurs américains sont parvenus à créer des neurones sains à partir de cellule de la peau. Rien que ça.


Le procédé suit deux étapes:

La première suit un protocole établit par le chercheur japonais Shinya Yamanaka qui, en décembre 2007, avait réussi, par l'utilisation d'un "cocktail" de quatre gènes bien définis, à reprogrammer des cellules humaines pour les faire "régresser" en cellules souches embryonnaires dites pluripotentes, c'est-à-dire capables de se transformer en n'importe quel type de cellules composant le corps humain.

La seconde étape consiste à cultiver ses nouvelles cellules souches dans un milieu adéquat afin qu'elles deviennent les cellules requises. Ici, des neurones sains.

Les applications d'une telle technique sont énormes et prometteuses. La porte est à présent ouverte pour guérir non seulement des scléroses mais toutes les maladies dues à des dégénérescence cellulaires telles que cancers, leucémies, Alzheimer, ou encore Parkinson.

Voilà pour l'espoir... qu'en est-il de la raison?



On ne peut qu'émettre le souhait, sans doute utopiste, que si ces progrès se concrétisent l'ensemble de l'humanité puisse en profiter équitablement. On ne peut qu'appeler à ne pas attendre pour réfléchir et imposer une éthique, des règles strictes et des contrôles transparents sur les activités qui découleront de ces découvertes. La fameuse phrase de Rabelais résonne: "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".

Car les perspectives sont aussi effrayantes qu'infinies, selon qu'on laisse cours à sa folie ou à son imagination. Nous sommes en effet sur le point d'être en mesure d'influencer l'évolution encore plus profondément qu'avec les "simples" modifications génétiques. Nous sommes aujourd'hui capables de créer des neurones. Nous sommes donc potentiellement capables de créer des connexions supplémentaires dans un cerveau humain... ou autre.

Qui sait si nous ne serons pas pris d'une irrésistible envie de créer une nouvelle espèce à notre niveau de conscience et d'intelligence?

Qui sait si nous ne serons pas capables de faire naître un être humain sans jamais passer par l'étape de la fécondation ni celle de la grossesse?

Qui sait si à terme nous ne serons pas capables de créer des ordinateurs dont le processeur serait aussi puissant et multi-tâches qu'un cerveau... et aussi sensible?

Qui sait si nous n'aurons pas les moyens d'être, sauf accident, immortels? Qui saurait aujourd'hui faire le tour, à l'échelle du globe, de tous les enjeux démographiques, économiques, sociologiques ou politiques qui découleraient d'un tel pouvoir?

Comme souvent chaque découverte scientifique crée au moins autant de mystère et suscite au moins autant d'interrogations qu'elle en élimine. Nous sommes renvoyés tant à notre intelligence qu'à notre ignorance ; tant à notre sagesse qu'à notre folie. Chaque avancée scientifique est potentiellement subversive. C'est ce qui fait toute la beauté des sciences, de la Science, qui sont sans fin.

Henri Bergson disait: "La science antique portait sur des concepts, tandis que la science moderne cherche des lois." Il serait sans doute louable que les neurones des Montesquieu de notre époque se mettent en branle pour définir l'esprit de ces lois, c'est à dire une éthique générale.


Aurélien


Notes:
1: On entre ici dans une réflexion qui exige une approche par la Pensée Complexe. J'identifie d'ailleurs trois instances - concept/loi/éthique - distinctes et indissociables, concurrentes et complémentaires, qui interagissent dans des dialogiques croisées permanentes.


2: Edgar Morin est parvenu à proposer une telle éthique dans le 6e tome de La Méthode, justement intitulé Éthique, dont je parlais ici.

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jeudi 10 juillet 2008

Les Jeudis d'Edgar - 03 - Travailler à "bien penser"

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Chaque jeudi je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, un nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007. Voici le troisième épisode:

En opposition à ce qu'il nomme le "mal penser", qui cloisonne, compartimente, déshumanise, aveugle ou encore corrompt, Edgar Morin propose une liste de principes à appliquer pour travailler, car il s'agit effectivement d'un effort, peut-être d'une souffrance, voire d'un sacrifice, à "bien penser". Autrement dit s'exercer à la Pensée Complexe.



Tel qu'extrait d'Éthique, sixième volume de la Méthode, il s'agit de:
  • Relier, décloisonner les connaissances;

  • Abandonner le point de vue mutilé qui est celui des disciplines séparées et chercher une connaissance polydisciplinaire ou transdisciplinaire;

  • Suivre une méthode pour traiter les complexités;

  • Obéir à un principe qui enjoint à la fois de distinguer et de relier, reconnaître la multiplicité dans l’unité, l’unité dans la multiplicité;

  • Reconnaître les contextes et les complexes et permettre donc d’inscrire l’action morale dans l’écologie de l’action;

  • Ne pas perdre l'essentiel pour l'urgent, ne pas oublier l’urgence de l’essentiel;

  • Intégrer le calcul et la quantification parmi ses moyens de connaissance;

  • Concevoir une rationalité ouverte;

  • Reconnaître et affronter incertitudes et contradictions;

  • Concevoir la dialogique qui intègre et dépasse la logique classique;

  • Concevoir l’autonomie, l’individu, la notion de sujet, la conscience humaine;

  • Opérer ses diagnostics en tenant compte du contexte et de la relation local-global;

  • S’efforcer de concevoir les solidarités entre les éléments d’un tout, et par là tendre à susciter une conscience de solidarité. De même sa conception du sujet le rend capable de susciter une conscience de responsabilité; il incite donc à ressourcer et régénérer l’éthique;

  • Reconnaître les puissances d’aveuglement ou d’illusion de l’esprit humain, ce qui le conduit à lutter contre les déformations de la mémoire, les oublis sélectifs, la "self-deception", l’auto-justification, l’auto-aveuglement.



Ceci est en quelque sorte une ébauche de charte de la Pensée Complexe, mais aussi un code éthique. La complexité fondamentale à reconnaître et adresser est la complexité humaine: individu/société/espèce. Selon Edgar Morin "ces trois instances sont l'une en l'autre, l'une générant les autres, chacune fin et moyen des autres, et en même temps potentiellement antagonistes". Le "bien penser" ne fige pas l'humain, il est conscient du pire comme du meilleur en lui, de la prose et de la poésie, de l'un et du multiple. Il pousse alors à la compréhension par la reconnaissance des imprintings et normes culturels des individus, s'efforçant de prendre en compte les contextes historique et de civilisation.

Par cette compréhension humaine sociale et historique, on saisit également les conséquences néfastes, du point de vue éthique, du manichéisme, de l'indignation permanente, de la moraline qui culpabilise et déresponsabilise, de la déshumanisation haineuse qui sévit globalement à toutes les échelles de conflits. Tout ceci requiert de l'autodiscipline, pour ne pas y sombrer à son tour, et appelle à une vigilance éthique.

La Pensée Complexe intègre ainsi l'éthique à l'ère planétaire. Elle permet de prendre conscience de la solidarité et de la responsabilité humaines dans cette idée de destin commun, Edgar Morin dirait "Terre-Patrie", et de régénérer un humanisme.

Dans la contribution de François Bayrou soumise aux adhérents pour approbation d'une ligne politique démocrate et indépendante, le Président du Modem nous appelle à penser "ce projet humaniste que les citoyens attendent quand ils pensent à la France aussi bien qu'à l'avenir du monde". Selon moi, le "bien penser" décrit plus haut définit une stratégie fondamentale et cohérente en ce sens.



Pour lire ou relire les épisodes précédents, c'est par ici:

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive


Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs




Aurélien
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mardi 15 avril 2008

Pensée Complexe appliquée au Modem - Partie 2

Suite et fin...

L'application de la pensée complexe telle que conçue par Edgar Morin, à savoir une pensée organisatrice qui sépare et relie, requiert une réforme de la pensée. Il identifie deux conditions favorables à cette réforme:

"La réforme de pensée rencontre des conditions favorables et des conditions défavorables.

  • La révolution quantique

    Les conditions favorables, ce sont les deux grandes révolutions du siècle. La première, bien avancée mais encore loin d'être achevée, est celle qui a commencé au début du siècle avec la physique quantique, et qui a entièrement bouleversé notre notion du réel, abolissant totalement la conception purement mécaniste de l'univers.

  • La révolution systémique

    La deuxième révolution, qui en est à ses débuts, s'est manifestée dans certaines sciences que l'on peut appeler les sciences systémiques, où nous voyons effectivement se créer des approches complexes, polydisciplinaires, comme dans les sciences de la terre, de l'écologie ou de la cosmologie. En écologie, l'écologue est comme le chef d'orchestre qui prend en compte les déséquilibres, les régulations, les dérèglements des écosystèmes, et qui fait appel aux compétences spécifiques du zoologiste, du botaniste, du biologiste, du physicien, du géologue, etc. L'objet systémique n'est pas un objet découpé à la tronçonneuse de disciplines devenues schizoïdes. Dans l'ancienne conception, il n'y a aucun dialogue possible entre des sciences qui éliminent l'idée de nature, de cosmos, l'idée d'homme. A partir de la pensée complexe, nous retrouvons la possibilité de parler de l'être humain, de la nature et du cosmos, nous pouvons rétablir la reliance entre les deux cultures, dialoguer, nous situer dans l'univers où le local et le global sont reliés. Ces deux révolutions encore inachevées l'une et l'autre, mais en cours, représentent donc les conditions favorables de la réforme de pensée."




Ces conditions favorables doivent nous permettre de nous libérer des contraintes des structures mentales et institutionnelles existantes, de la disjonction et de la réduction.

La clé passe incontestablement par l'éducation. La réforme doit être pensée à tous les niveaux d'enseignements, du primaire à l'université en passant par l'éducation des éducateurs eux-mêmes.

"Je suis convaincu que c'est à l'école primaire que l'on peut essayer de mettre en place - en activité - la pensée reliante car elle est présente potentiellement chez tout enfant. Cela peut se faire à partir des grandes interrogations, notamment la grande interrogation anthropologique : " Qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous ? " Il est évident que si l'on pose cette question, on peut répondre à l'enfant, à travers une pédagogie adéquate et progressive, en quoi et comment nous sommes des êtres biologiques, en quoi ces êtres biologiques sont à la fois des êtres physico-chimiques, des êtres psychiques, des êtres sociaux, des êtres historiques, des êtres dans une société vivant en économie d'échanges, etc. De là, nous pouvons dériver, déboucher et ramifier vers les sciences séparées, tout en montrant leurs liens. A partir de ces bases, nous pouvons faire découvrir ce que peut être la pensée, les modes systémique, hologrammatique, dialogique, etc.

[...]

L'étape du secondaire devrait être celle de la fécondation de la culture générale, de la rencontre entre la culture traditionnelle et la culture scientifique; le temps de la réflexivité sur la science, sur sa situation dans le temps, dans l'histoire ; le temps de la fécondation réciproque de l'esprit scientifique et de l'esprit philosophique, de la jonction des connaissances. La littérature, elle, doit y tenir un rôle éminent car elle est une école de vie. C'est l'école où nous apprenons à nous connaître nous-mêmes, à nous reconnaître, à reconnaître nos passions. La Rochefoucault disait que sans roman d'amour, il n'y aurait pas d'amour; il exagérait peut-être, mais les romans d'amour nous font reconnaître notre façon d'aimer, nos besoins d'aimer, nos tendances, nos désirs. Il est fondamental de donner à la littérature son statut existentiel, psychologique et social, qu'on a tendance à réduire à l'étude des modes d'expression. Du même coup, à partir des grandes œuvres d'introspection comme les Essais de Montaigne, on inciterait à la nécessité d'auto-connaissance pour chacun ; on réfléchirait aux problèmes et difficultés qu'elle pose, à commencer par la présence en chacun d'une tendance permanente à l'auto-justification et à l'auto-mythifi-cation, à la self deception ou mensonge sur soi-même."


Selon moi ceci est parfaitement en phase avec les idées et valeurs du Modem. Celles qui appellent à une société composée d'individus citoyens, conscients, informés, responsables. Il ne s'agit pas ici de remplir la tête des élèves de moralité, de solidarité ni de responsabilité, mais de favoriser leur induction par le mode de pensée et l'expérience qui relient les phénomènes. Il s'agit de nous ressituer dans notre contexte cosmologique, naturel, social et individuel, de nous y intégrer plutôt que de nous en exclure.
Cette idée de reliance, d'inclusion et à la fois de recul est indispensable à un projet politique qui se veut juste, équilibré et porté sur le long terme.
On retrouve ici le concept de causalité circulaire: le Modem pourrait être l'initiateur d'une telle réforme qui conduirait à faire avancer, partager et progresser les valeurs qu'il défend depuis le début au-delà de ses propres intérêts. L'idéal absolu d'un mouvement politique n'est il pas, après tout, de solutionner les causes qu'il défend et donc de perdre sa pertinence?

Ce travail de fond est extrêmement difficile pour le monde politique où les spécialistes, techniciens, experts, mais aussi ceux qui sont compartimentés dans les administrations et les bureaucraties ont une influence considérable. Or ce sont, la plupart du temps, les mêmes qui compartimentent, parcellisent et font perdre à nos dirigeants, aux militants puis au citoyens le sens de la responsabilité sur l'ensemble.

Ce besoin de pensée transdisciplinaire nous oblige à une éthique de la compréhension:

"Un être humain est une galaxie; il est non seulement extraordinairement complexe, mais il possède sa multiplicité intérieure. Il n'est pas le même à tout moment de son existence; il n'est pas le même en colère, il n'est pas le même quand il aime, il n'est pas le même en famille, il n'est pas le même au bureau etc. Nous sommes des êtres de multiplicité en quête d'unité et les phénomènes de dédoublement et de triplement de personnalité, considérés comme cas pathologiques, sont en fait l'exaspération de ce qui est absolument normal.

Nous sommes multiples et susceptibles de dériver au cours des événements, des hasards, des circonstances. [...]

Si nous savons cette multiplicité humaine, si nous voyons tout ce qu'elle peut subir, nous entendrons ce que nous dit Hegel : Si vous nommez criminel quelqu'un qui a commis un crime, vous le réduisez et l'enfermez dans un comportement qui ne résume pas l'ensemble de ses traits de caractère. Réduire une personne à son passé, c'est le mutiler de ses évolutions possibles. [...]

C'est la tendance à la réduction qui nous prive des potentialités de la compréhension : entre les peuples, entre les nations, entre les religions. C'est elle qui fait que l'incompréhension règne au sein de nous-mêmes, dans la cité, dans nos relations avec autrui, au sein des couples, entre parents et enfants.

Sans la compréhension, il n'y a pas de civilisation possible. Nous sommes encore barbares par rapport au processus et à l'éthique de la compréhension. Des phénomènes de barbarie surgissent dans divers points du globe, cela pourrait à nouveau apparaître chez nous. Dans nos pays dits civilisés, nous sentons ou pressentons tous que les conséquences éthiques d'une réforme de pensée seraient incalculables."


Cette conclusion d' Edgar Morin donne tout un écho, toute une profondeur au discours rassembleur de François Bayrou lors de la campagne présidentielle. En appelant à la fois au pluralisme et au rassemblement, aux majorités d'idée, il a peut-être initié, en tout cas dans la sphère politique française, cette réforme de pensée qui s'imposera un jour ou l'autre au monde, lorsque nous aurons le choix entre réformer ou disparaître.

Aujourd'hui le Modem se cherche, s'interroge sur sa propre identité. Il est indispensable qu'il n'oublie pas sa propre multiplicité, qu'il se donne tous les moyens pour se comprendre et se connaître lui-même, pour comprendre et connaître les autres. Accepter, entretenir et stimuler les antagonismes et complémentarités dans un esprit rassembleur et responsable.


Aurélien

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lundi 14 avril 2008

Pensée Complexe appliquée au Modem - Partie 1

Dans l’œuvre principale de sa bibliographie, La Méthode (6 volumes), Edgar Morin explique la complexité de la nature, de la vie, de la connaissance, des idées et de l’humanité. Le but est de définir une méthode pour concevoir cette complexité, pour relier, pour comprendre. Cette méthode est ébauchée dans le 6e volume : Éthique, prônant une éthique de la compréhension.


En tant qu’adhérent au Modem, parti politique naissant, à peine structuré et très diversifié, j’ai pu constater à quel point la pensée complexe proposée par Edgar Morin pourrait être appliquée au Mouvement Démocrate au travers de quatre notions essentielles.

  1. Le système

« C'est une approche qui a ré émergé récemment dans notre connaissance, alors que dominait dans l'histoire scientifique l'idée que la connaissance des parties ou des éléments de base suffit pour connaître les ensembles, ceux-ci n'étant finalement que des bricolages, des mécanos comportant des pièces que la science a pour fonction de distinguer. En effet, ré émerge une idée connue depuis longtemps, à savoir que le tout est quelque chose de plus que la somme des parties; ou, dit autrement, qu'un tout organisé, un système, produit ou favorise l'émergence d'un certain nombre de qualités nouvelles qui n'étaient pas présentes dans les parties séparées.

N'est-ce pas l'un des plus grands mystères de l'univers que la réunion d'éléments dispersés, comme le fut, par exemple, la réunion des macromolécules, s'assemblant, aient pu donner le premier être vivant ? Que de ce nouveau type d'organisation aient émergé des qualités nouvelles comme les qualités de connaissance, de mémoire, de mouvement, d'autoreproduction ?

On peut dire que la notion de système, ou encore d'organisation, terme que je préfère, permet de connecter et de relier les parties à un tout et de nous désemprisonner de connaissances fragmentaires. »

En l’état actuel des choses, le Modem reste un regroupement de diverses sensibilités qui ne savent pas encore comment se comprendre. Entre les anciens de l’U.D.F., les anciens du P.S., les anciens de Cap 21, les anciens Verts et les nouveaux adhérents politiquement néophytes, la mayonnaise tarde à prendre et chaque « section » semble encore prisonnière de son idéologie « fragmentaire. »

Il sera crucial de parvenir à bâtir un rassemblement de toutes ses sensibilités qui sera plus que leur somme. Je n'ai aucun mal à croire que quand une Corinne Lepage croise un Jean Peyrelevade de nouvelles idées aussi originales que porteuses, propres au Modem, peuvent naître.


  1. La causalité circulaire

« Quand Pascal disait "Je tiens pour impossible de connaître le tout si je ne connais les parties ni de connaître les parties si je ne connais le tout", il soulignait avec force que la vraie connaissance, c'est une connaissance qui fait le circuit de la connaissance des parties vers celle du tout et de celle du tout vers celle des parties. On peut en donner un exemple très simple : quand nous faisons une version à partir d'une langue étrangère, nous essayons de saisir un sens global provisoire de la phrase; nous connaissons quelques mots, nous regardons dans le dictionnaire; les mots nous aident à envisager le sens de la phrase, laquelle nous aide à fixer les mots, à les faire sortir de leur polysémie pour leur donner un sens univoque. Par ce circuit nous arrivons, si nous y réussissons, à avoir la bonne traduction. Norbert Wiener a explicité à un niveau déjà assez intéressant, cette idée de boucle : celle de la boucle régulatrice, où le retour de l'effet sur la cause annule la déviance, assurant ainsi une relative autonomie du système. C'est l'exemple du système de chauffage qui, constitué par une chaudière et un thermostat, maintient l'autonomie thermique d'une pièce.

La notion de boucle est d'autant plus intéressante et féconde qu'elle ne s'en tient pas à l'idée d'une boucle régulatrice, annulant les déviances et permettant de maintenir l'homéostasie d'un système ou d'un organisme ; la notion la plus forte est celle de boucle auto-génératrice ou récursive, c'est-à-dire où les effets et les produits deviennent nécessaires à la production et à la cause de ce qui les cause et de ce qui les produit. Exemple évident de ce type de boucle, nous-mêmes, qui sommes les produits d'un cycle de reproduction biologique dont nous devenons, pour que le cycle continue, les producteurs. Nous sommes des produits producteurs. Ainsi, la société est le produit des interactions entre individus, mais au niveau global, justement, émergent des qualités nouvelles qui, rétroagissant sur les individus - le langage, la culture - leur permet de s'accomplir comme individus. Les individus produisent la société qui produit les individus.

On peut en tirer de suite deux conséquences importantes. L'une, en quelque sorte logique, c'est que nous avons affaire à un produit producteur, ce qui, évidemment, est incompatible avec la logique classique. L'autre, c'est que nous voyons apparaître la notion d'autoproduction et d'auto-organisation. Je dirais plus : dans cette notion d'autoproduction et d'auto-organisation - une notion clé pour beaucoup de réalités physiques et surtout pour les réalités vivantes - non seulement nous pouvons fonder de façon encore plus forte l'idée d'autonomie, mais, plus encore, nous pouvons comprendre le processus ininterrompu qui est celui de la réorganisation ou de la régénération.»

Je vois ici deux enseignements essentiels pour le Modem.

Premier point : il est essentiel que toutes les différentes « anciennes » sensibilités nourrissent la « nouvelle » sensibilité, qui sera celle du Modem dans son ensemble, qui a son tour nourrira la diversité dans une boucle continuelle visant la cohérence et la stabilité du système. L’organisation interne du Modem doit veiller à entretenir cette boucle. En ce sens je suis plutôt opposé à l’idée de François Bayrou de « fusionner » tous les courants composant actuellement le Modem.

Deuxième point : on voit aujourd’hui un grand parti politique, le P.S. pour ne pas le nommer, au bord de l’implosion faute d’organisation et de régénération. Du côté de l’U.M.P., ce n’est guerre mieux, la désorganisation et la stagnation idéologique n’étant masquées que par le symbole envahissant qu’est devenu Nicolas Sarkozy. Pour tenir la distance, le Modem doit impérativement assurer sa régénération continuelle, aussi bien en hommes et femmes qu’en idées. Cette régénération doit pouvoir se faire aussi bien par des mouvements internes que pas l’intégration de nouveaux venus.


  1. La dialogique

« C'est l'association complémentaire des antagonismes qui nous permet de relier des idées qui en nous se rejettent l'une l'autre, comme par exemple l'idée de vie et de mort. Car, qu'y a-t-il de plus antagonistes que vie et mort ? Bichat définissait la vie comme l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. Il n'y a pas si longtemps que nous comprenons comment le processus de vie, le système de régénération dont j'ai parlé, utilise la mort des cellules pour les rajeunir. Autrement dit, la vie utilise la mort. De même, le cycle trophique de l'écologie qui permet aux êtres vivants de se nourrir les uns les autres fait qu'ils se nourrissent par la mort d'autrui. Quand meurent des animaux, ceux-ci non seulement font le festin d'insectes nécrophages et d'autres animalcules, sans compter les unicellulaires, mais leurs sels minéraux sont absorbés par les plantes. Autrement dit, la vie et la mort sont l'envers l'un de l'autre. Ce qui fait que la formule de Bichat peut être complexifiée : la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort tout en utilisant les forces de mort pour elle-même. Ruse de la vie, qui ne doit pas escamoter le fait que vie et mort demeurent deux notions absolument antagonistes. Donc, là aussi, possibilité de relier des notions sans nier leur opposition. »


Relier les antagonismes et mettre en relief leurs complémentarités. Ce principe est essentiel chez Edgar Morin et le Modem se doit de l’appliquer. Le paysage politique français se meut progressivement en un champ de bataille où s’opposent de plus en plus violemment et frontalement des groupes de citoyens: patrons et salariés, services publique et privé, socialistes et libéraux, souverainistes et fédéralistes, etc… Or dans chacun des cas la tendance est de s’en tenir aux antagonismes quand il y a aussi, de manière toute aussi essentielle, complémentarité.

C’est en ce sens qu’un discours rassembleur et apaisant doit être tenu par le Modem. Ce fut déjà le cas lors de la campagne présidentielle, au point d’être selon moi une clé du très bon score de François Bayrou au premier tour. Il faut aller plus loin, en interne comme en externe, pour redonner conscience aux parties qu’elles doivent, et sont même faites pour, s’entendre pour faire fonctionner le tout.

Dans le rassemblement, il ne faut voir l’idée d’effacement, les antagonismes doivent subsister.


  1. Le principe hologrammatique:

« Il signifie que dans un système, dans un monde complexe, non seulement une partie se trouve dans le tout (par exemple, nous êtres humains, nous sommes dans le cosmos), mais le tout se trouve dans la partie. Non seulement l'individu est dans une société mais la société est à l'intérieur de lui puisque dès sa naissance, elle lui a inculqué le langage, la culture, ses prohibitions, ses normes; mais il a aussi en lui les particules qui se sont formées à l'origine de notre univers, les atomes de carbone qui se sont formés dans des soleils antérieurs au nôtre, les macromolécules qui se sont formées avant que naisse la vie. Nous avons en nous le règne minéral, végétal, animal, les vertébrés, les mammifères etc. Nous sommes, en quelque sorte, non pas, à la façon ancienne, microcosmes du macrocosme, miroirs du cosmos; c'est dans notre singularité que nous portons la totalité de l'univers en nous, nous situant dans la plus grande reliance qui puisse être établie. »


En ramenant ce principe au niveau d’un parti politique, on comprend qu’il est essentiel que chaque membre porte en lui les valeurs, les idées, l’histoire du mouvement. C’est un engagement important que d’avoir adhérer au Modem, et aujourd’hui de militer. Pour valoriser et optimiser cet engagement, il conviendra, chacun à sa mesure, d’assurer que l’on reste en phase, à jour et en harmonie avec le mouvement.

La suite, sur la réforme de pensée et l'éthique, au prochain épisode...


Aurélien
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vendredi 4 avril 2008

Orientation Globale Misanthrope


Pour se forger un avis solide sur une question, il convient d'en connaître les tenants et les aboutissants.

En ce qui concerne les O.G.M., le débat étant plus que jamais d'actualité, une petite séance de surf, ou plutôt de skate (merci Versac...), m'a mené, entre autres, sur ce site de l'ONU pesant le pour et le contre.

Ce que je retiens de tous ces arguments "pro" ou "anti", essentiellement, c'est l'incertitude, le conditionnel. Il semble que rien ne soit totalement sous contrôle, que tout pourrait basculer vers le meilleur comme vers le pire.



L'ampleur de cette incertitude sur des thèmes aussi vitaux qu' universels rend d'autant plus choquant le fait que dans bien des endroits du monde, par exemple au Brésil, agriculteurs, consommateurs et gouvernements sont mis devant le fait accompli de la culture effective et la commercialisation d' O.G.M..

La passivité, pour ne pas dire nonchalance, de nos gouvernements sur ce sujet fondamental est révoltante. Mais ce n'est pas une première et j'offre aux plus sarcastiques des anti-O.G.M. cet argument en béton: la preuve qu'il faut s'inquiéter des O.G.M., c'est que nos gouvernements commencent à nous en parler et à vouloir légiférer.

En ce qui me concerne, en plus des incertitudes et des spéculations des arguments pour ou contre, un élément additionnel fait pencher ma balance pour un refus non seulement de la culture et de la commercialisation d' O.G.M., mais aussi de la recherche dans ce domaine. Cet élément, c'est ce qui est appelé le brevetage du vivant.

Aujourd'hui, aux États-Unis, au Canada mais aussi au Japon, des entreprises de biotechnologies ont la possibilité de breveter un gène (ou une molécule) isolé, et parfois modifié, provenant d'un être vivant. Ce brevet leur permet de revendiquer le monopole sur tout produit dérivé (vivant ou non) incluant ce gêne.

On a ainsi vu l’entreprise américaine Myriad Genetics obtenir des brevets exclusifs pour le gène BRCA1, un gène qui, lorsque défectueux, augmente la susceptibilité au cancer du sein. Le champ d'application est considérable: le gène normal et ses mutations éventuelles, les tests qui permettant le diagnostique des mutations sur ce gène et ceux sur des échantillons de tumeurs. Myriad Genetics exige évidemment que tous les tests soient réalisés dans ses laboratoires aux États-Unis. Ce monopole réduit également l’accès de la population aux soins médicaux, contraint la recherche sur d'autres tests diagnostiques et risque la protection de la vie privée, puisqu'il permet à Myriad Genetics de constituer une banque de données A.D.N. de tous les individus testés.

Heureusement pour l'instant l'Europe fait plus ou moins barrage à ce genre de pratiques. Mais c'est bien là où nous en sommes en tant qu'espèce humaine.

Est-ce cela que nous voulons vraiment?

Pouvons-nous négliger à ce point toute éthique?


Je prône, derrière Edgar Morin, l'"anthropo-éthique". Une éthique de compréhension, de lucidité, de patience, d'acceptation de l'incertitude ambiante de notre aventure commune.

Sans m'étaler sur le rôle citoyen que chacun de nous doit tenir, puisqu'après tout il s'agit de santé publique et d'environnement, qu'une fameuse charte associée à la Constitution Française nous oblige à protéger, je tiens à écrire ceci:

La vie est encore porteuse de tant de mystères pour l'être humain. La vie, ce n'est pas seulement ce que l'on comprend d'un code génétique, c'est aussi tout ce qui s'en échappe, tout ce qui nous échappe. Il me semble qu'en endossant encore un peu plus le costume divin pour lequel il n'est pas taillé, l'Homme se retranche un peu plus de l'Univers alors qu'il doit, au contraire, s'y situer, s'y recentrer, sous peine de s'ignorer lui-même de manière totale et définitive.



Aurélien
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