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vendredi 4 juillet 2008

Quand Ségolène Royal m'inquiète


Retour sur une déclaration de Ségolène Royal, en marge de la visite d'une délégation française, menée par François Fillon, au Canada pour célébrer le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Voici ses propos rapportés par l'Express:

"Tout le monde le sait, c'était une opération colombienne rondement menée qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien[...] Voilà : ni polémique, ni récupération politique qui serait totalement décalée parce qu'en l'occurrence, Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération."



Ségolène Royal, que l'on pourrait appeler l'omni-opposante de part son évidente volonté d'affronter l'omni-président sur tous les fronts, illustre par ces mots tous les doutes que je peux encore avoir sur sa personne et sa capacité à mener le pays plus efficacement et dans un esprit plus rassembleur que Nicolas Sarkozy. Elle déclenche illico, forcément, les réactions en chaîne du côté de l'UMP chez les Raffarin, Yade et autres Fillon, et j'imagine que Frédéric Lefebvre devrait demander des excuses officielles d'ici peu... À la suite de quoi, comme sait aussi le faire parfaitement le Président de la République, elle se posera en victime d'une quelconque pensée unique. Elle projette ainsi le pays dans une polémique supplémentaire et stérile qui, comme les autres, fera office d'écran de fumée masquant les enjeux réels et urgents; le pouvoir actuel n'en demandait pas tant...

D'abord, par cette déclaration, elle se "décale" elle-même puisqu'elle est seule, parmi les têtes d'affiches politiques françaises, à faire de la récupération à peine déguisée. "Surtout pas de récupération mais, au passage, mon adversaire n'a rien fait après avoir été totalement inefficace...", une hypocrisie totale. Pour ma part, j'ai trouvé l'Élysée étonnamment sobre et raisonnable depuis cette libération. Je n'ai vu aucune tentative de récupération politique de la part du Président. La libération d'Ingrid Bétancourt a pu être réalisée par d'autres moyens que ceux qu'il préconisait; il n'a pas cherché à prétendre le contraire, ni a ramener la couverture à lui comme il avait pu le faire pour la libération des infirmières bulgares.

Ensuite, il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy s'est beaucoup investi pour Ingrid Bétancourt comme il le fait - je l'admet volontiers même si je n'aime pas le fond de son action ni la forme qu'il y met - sur chaque dossier. Je ne vois rien à lui reprocher sur le dossier Bétencourt. Sa stratégie de négociation était tout à fait défendable et d'ailleurs, contrairement à ce que Ségolène Royal prétend, elle a débouché sur au moins deux résultats: la preuve de vie obtenue fin 2007 et la libération des 6 premiers otages, dont Clara Rojas, proche collaboratrice d'Ingrid Bétancourt. De plus, rien n'indique que cette stratégie n'aurait pas, elle aussi, abouti à une libération. On imagine aussi très bien ce qu'auraient été les mots de Ségolène Royal si Nicolas Sarkozy avait, tout au long de cette affaire, préconisé une intervention militaire.

Enfin, qui sait vraiment si la France n'a pas joué un rôle indirect dans cette opération? Qui nous dit que la pression imposée par Paris n'a pas pesé dans la décision du gouvernement colombien de mener cette opération? Aurait-il pris cette décision sans la preuve de vie obtenue grâce aux négociations? Trop d'inconnues restent en question pour pouvoir dire que les uns ont tout fait et les autres rien du tout.

Pour moi cette actualité est extrêmement révélatrice du danger que peut représenter Ségolène Royal pour la France, pour son parti et ceux à qui elle annonce être ouverte aux alliances. Au même titre que Nicolas Sarkozy, elle communique à bras raccourcis sur tous les fronts, dans la provocation et la polémique, sans réfléchir, au-delà de l'onde de choc médiatique volontairement initiée, aux conséquences ni au sens profond de ses mots. C'est le genre d'attitude, sinon de stratégie, dont nous devons débarrasser la politique française au plus vite.


Aurélien

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lundi 7 avril 2008

Trop d'Ingrid tue Bétancourt


Avant de rentrer dans le vif de ce billet, je précise que je ne m'exclus aucunement des dérives que je décris. J'ai moi aussi mes convictions, mes émotions, mes idéaux et ma grande gueule. J'essaie simplement de prendre ici, du bord de ma fenêtre, un peu de recul.


Depuis quelques jours, au fil de l'expansion de la bulle médiatique autour de la situation d'Ingrid Bétancourt, je sens poindre dans l'opinion publique et médiatique française ce qui ressemble à une mauvaise habitude. Celle de la surenchère émotionnelle, de la compétition du pathos. C'est à qui aura la plus belle, la plus forte, la plus juste de toutes les indignations afin de pouvoir revendiquer le trône de la morale absolue.

Pourquoi?



L'indignation n'est possible qu'avec l'identification d'un coupable. Ingrid Bétancourt a été faite otage par les F.A.R.C. il y a plus de 6 ans. Depuis nos coupables préférés se succèdent dans une ronde toujours plus rapide. D'abord les F.A.R.C. eux-mêmes, évidemment, puis les autorités françaises trop passives, puis le gouvernement Colombien trop rigide, puis, le comble, l'ensemble des acteurs les plus engagés pour une libération ; sans oublier Ingrid Bétancourt elle-même, qui après tout aurait du faire preuve de plus de prudence en ce 23 février 2002...

En effet ces derniers jours, doucement mais sûrement, on entend ici et là des questions qui, pour la première fois, semblent placer ceux qui les posent en adversaires d'un dénouement rapide et heureux pour l'otage franco-colombienne:

Pourquoi une telle médiatisation pour une seule otage?
Pourquoi les autres otages ne reçoivent-ils pas autant d'attention?
Bénéficieront-ils d'une mobilisation comparable après l'éventuelle libération de l'otage "vedette"?
Pourquoi cet otage en particulier et non l'un des (trop) nombreux autres sur un autre continent?


Des questions et des spéculations:

La (sur)médiatisation serait due à l'origine bourgeoise d'Ingrid Bétancourt.
Cette (sur)exposition nuirait à ses intérêts, permettant aux F.A.R.C. de faire monter les enchères.
Cette omniprésence médiatique nuirait aux intérêts des autres otages rendus anonymes, sans valeur marchande.

Ce que l'on peut constater, c'est que l'évolution de l'opinion, et son retournement naissant, suit fidèlement celle de la bulle médiatique. En France, depuis longtemps, une médiatisation importante devient vite suspecte et l'objet d'une telle médiatisation aussi vite réduit à un simple jouet coupable dans toutes les plus folles rumeurs. C'est le cas quel que soit le sujet, que la culpabilité soit justifiée ou non, de la Bruelmania à l'omniprésence médiatique de Nicolas Sarkozy; de Sheila à Zidane. Nous français aimons éteindre tout ce qui éblouit.

Pour Ingrid Bétancourt et ses proches le pire, en ce qui concerne l'opinion publique et la rumeur, ne fait que commencer. Depuis quelques jours, on ne dit plus "Ingrid Bétancourt", mais "Ingrid" tout court. Je guette impatiemment la première personnalité qui lâchera "Nous sommes tous Ingrid". Je ne serais d'ailleurs pas surpris que ce soit déjà fait. On ne se mobilise plus pour une personne mais pour un symbole. La réalité, le concret, la lutte que mène sa famille depuis 6 ans est en train d'échapper à tout contrôle. Le quatrième pouvoir a créé un nouveau monstre, une énième illusion. Il faut bien vendre...

La dernière carte maîtresse, celle de la réalité, est dans les mains des F.A.R.C.. Eux-seuls savent ce qu'il en est de la santé d'Ingrid Bétancourt et de sa valeur marchande. Quelle que soit l'issue, ils ont déjà gagné cette bataille. Si "Ingrid" décède (certaines rumeurs prétendent que c'est déjà le cas...) la faute ne leur incombera pas. Elle sera rejetée sur les autorités françaises passives, inefficaces & incompétentes. Si "Ingrid" survie, les F.A.R.C. pourront jouir d'une image plus humaine, plus souple, plus sympathique. Ils n'ont que faire du symbole "Ingrid" qui mobilise toutes les rédactions de France et ne peut plus les atteindre.

Ingrid Bétancourt elle, dans toute sa tragédie humaine, quotidienne, est aussi oubliée et finalement aussi anonyme que ses compagnons d'infortune.


Aurélien
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