jeudi 24 juillet 2008

Les Jeudis d'Edgar - 04 - Retour aux sources

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Chaque jeudi je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, un nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


Pour ce quatrième rendez-vous, une simple citation de l'auteur d'"Amour, poésie, sagesse":

La vraie nouveauté naît toujours dans le retour aux sources.




Par "retour aux sources" j'entends "retour aux fondamentaux". C'est d'un tel retour dont la France, notamment dans sa vie et son action politiques a besoin. Et c'est probablement sur cette conception de la nouveauté que naît l'opposition frontale entre les projets de sociétés respectifs de Nicolas Sarkozy et François Bayrou.



Le premier, selon ses propres mots, est dans la rupture avec le passé, au point, souvent, de l'ignorer. Pour être novateur il s'interdit de ressembler à ses prédécesseurs ou même de reconnaître la porté de leur œuvre dans le monde présent et futur. C'est une approche qui n'est viable que si l'on a droit à l'erreur, ce qui est sans doute le cas pour les artistes ou les chercheurs. Pour un Président de la République, en revanche, qui est garant des fondamentaux de la nation et de son unité, le droit à l'erreur n'existe pas ; encore moins lorsqu'il se veut au centre de toutes les décisions dans un contexte sombre et tendu. C'est aussi une approche qui met en avant ce qui différencie, ce qui oppose les uns aux autres, le camp contre camp.

Le second, en revanche, s'inscrit plutôt dans une révolution tranquille, prônant devant l'urgence de la situation un rassemblement des bonnes volontés autour de valeurs communes essentielles aussi bien d'un point de vue historique que traditionnel. D'où l'importance donnée, dans son projet présidentiel et dans les valeurs du Mouvement Démocrate, à la responsabilité citoyenne, aux institutions ainsi qu'à l'éducation. De plus François Bayrou cite souvent ses prédécesseurs, souvent les plus illustres, et se réfère sans vergogne à Mitterrand comme à De Gaulle, à Chirac comme à Giscard. Le fait est qu'ils ont existé, exercé les plus hautes fonctions et que leurs bilans respectifs ne sont ni tout noir ni tout blanc. C'est une approche qui met en avant ce qui relie et rassemble.

Ainsi avant même d'évoquer les idées, c'est la conception même de la société et de la politique qui opposent François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Je pense que bon nombre de sympathisants et adhérents MoDem le savent déjà et trouvent là la justification de l'indépendance du MoDem. J'en suis moins sûr quand il s'agit des élus, notamment ceux qui appartiennent au Bureau Exécutif et qui ont encore du mal à couper le cordon avec cette droite qui n'existe plus puisque Nicolas Sarkozy ne veut surtout plus l'incarner et va même jusqu'à en détruire l'héritage.

Il faut apprendre, pour boucler la boucle et revenir à Edgar Morin, à ne pas perdre l'essentiel pour l'urgent, sous peine de ne pas réaliser l'urgence de l'essentiel, c'est à dire d'oublier ces fondamentaux indispensables à toute créativité.


Pour lire ou relire les épisodes précédents, c'est par ici:

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive


Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs


Les Jeudis d'Edgar - 03 - Travailler à "bien penser"


Aurélien

1 commentaires:

Thierry P. a dit…

Tu fais une bonne analyse des deux conceptions de la société.
Du passé faire table rase est une vision très délétère de l’action publique. On ne gouverne pas raisonnablement un pays uniquement pour pouvoir fanfaronner "Regardez, c’est MOI qui ait fait le plus réformé. JAMAIS avant MOI on n’avait autant fait en aussi peu de temps".
Les résultats sont là !
Depuis l’an passé, nous avons la réalité d’un société clivée, au bord de la rupture. Autour de moi j’entends monter une grogne qui ne présage rien de bon.
Des gens ont pu croire au discours de ce candidat qui promettait que tout deviendrait possible. En découvrant jour après jour depuis un an l’action du président, certains me font part de leur regret, voire de leur rage, de s’être laisser ainsi berner. Ils regrettent de ne pas avoir pas osé voter Bayrou. Que n’ont-ils pas entendu à l’époque le discours posé et sensé que ce dernier a tenu.
Il aura donc fallu une preuve par l’absurde pour que nos concitoyens ouvrent les yeux.
Notre République fait l’expérience et les frais de la mise en œuvre brutales de politiques dont l’impact n’a souvent pas fait l’objet d’évaluation. Par ailleurs, la maîtrise des déficits publics ne semble pas actuellement faire l‘objet de toutes les préoccupations. C’est pourtant l’avenir de notre pays qui risque d’être hypothéqué par un laisser-aller en matière budgétaire.
Le rendez-vous de 2012 sera déterminant.
Mais je ne pense pas qu’il sera suffisant de n‘espérer capitaliser que sur les rancœurs et le rejet de cette présidence actuelle. Il conviendra de présenter un projet de société où l‘homme sera au cœur des politiques. Et ce projet, ce sera à nous tous Démocrates de le porter dans le débat public. Et pour ce faire, les mots d’Edgar Morin sont une bonne ligne de conduite : Ne pas perdre l'essentiel pour l'urgent, sous peine de ne pas réaliser l'urgence de l'essentiel.
@mitiés

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