mardi 16 décembre 2008

La Nuit Sécuritaire

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On juge un société à la manière dont elle traite ses fous.
[Lucien Bonnafé]


Le 2 décembre dernier, à Antony, Nicolas Sarkozy présentait les grandes lignes de son plan de réforme pour l'hôpital psychiatrique. Un plan présenté à la hâte pour profiter de l'actualité. Comme toujours, le Président de la République commence par louer l'ensemble des acteurs de la psychiatrie pour ensuite mieux les culpabiliser et stigmatiser, se plaçant lui du côté des responsables et des compatissants. Comme toujours il prétend être ouvert au débat alors même qu'il vient monopoliser la parole pour annoncer ses décisions. Comme toujours, il divise et oppose: la société contre les établissements psychiatriques ; la sécurité des uns contre la santé des autres.


Dans une dérive sécuritaire de plus en plus assumée - après les fichages, l'abaissement de l'âge de responsabilité pénale, le dépistage des comportements déviants chez les enfants de 3 ans, ou dernièrement l'idée d'un G20 pour réguler Internet... - on annonce des dizaines de millions d'euros d'investissement pour enfermer les fous, les isoler et réduire la complexité de leur état physique et mental à un danger potentiel. Surtout on met l'État en position de force pour décider, pour un malade, du bien fondé d'un droit de sortie, éventuellement contre l'avis d'un jury d'experts.

C'est que, sans doute par esprit de compétition, l'hyper-président qui sachant tout s'occupe de tout, n'apprécie guère les experts:

Je ne suis pas pour une société d’experts : les experts en comptabilité, les experts en bâtiment, les experts en médecine, les experts encore toujours. Mais il y a un État, une justice, qui doivent trouve un équilibre entre des intérêts contradictoires et des points de vue contradictoires. Et le patricien doit pouvoir donner son avis de patricien : à son avis, cette personne est-elle capable de sortir, en a-t-elle besoin pour être soignée. Cette appréciation là, cette conviction là, sont parfaitement nécessaires et respectables, mais il faut qu’elles soient confrontées à une autre appréciation, celle de celui qui a à garantir l’ordre public et la sécurité des autres.

Autrement dit selon le chef de l'État, les spécialistes ne sont pas assez compétents pour juger du danger potentiel, pour lui-même et pour les autres, que peut représenter un malade mental et décider d'une éventuelle sortie. Ce sera aux préfets de trancher... Derrière une prétendue recherche d'équilibre, on catégorise la maladie mentale comme porteuse de trouble envers l'ordre public. Les statistiques prouvent pourtant que les malades mentaux sont bien plus victimes que bourreaux. Mais il est certain que vu de l'Élysée, médiatiquement, ces victimes sont moins porteuses...


En réaction à ce passage en force - qui pour le coup manque cruellement de psychologie puisqu'aucun des acteurs concernés au quotidien, des soignants aux familles en passant par les victimes elles-mêmes, n'ont été consultés - les psychiatres s'organisent pour dénoncer cette dérive idéologique. Dans un mouvement uni, comme rarement dans le domaine, pour éviter un retour en arrière de plusieurs décennies, ils lancent une pétition que je vous invite à signer: La Nuit Sécuritaire.

Devant tant de « dangerosité » construite, la psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?


Aurélien

8 commentaires:

respirans a dit…

pourquoi parler des familles: en usant du donble-sens civil du concept de famille (celle dont on vient et celle qu'on fonde), la société avait instrumentalisé les psychiatres pour que soit possible d'effacer la structuration des fous...
qui recherchent en désir l'issue pourtant possible d'échapper à leur familiale origine (npc avec conceptions abusives de génétique!!).

Anonyme a dit…

NON les psychiatres "ne sont pas assez compétents pour juger du danger potentiel, pour lui-même et pour les autres, que peut représenter un malade mental et décider d'une éventuelle sortie." mais ça fait long feu que le pouvoir psy veut s'arroger des competences en expertise medico judiciaire et veut préserver son pouvoir en maintenant sa legitimité fondée sur l'idée du soin, ce que stigmatise Foucault. Et ce n est pas en drapant la psychiatrie dans le voile vertueux de la psychanalyse que cela change les choses. D'autre part, le concept de dangerosité que personne ne peut clairement definir, lorsqu'il est aux mains des psychiatres,rend la peine interminable puisqu'elle échappe à l institution judiciaire qui est bien là pour exercer les jugements et les peines que la société civile decide d'appliquer.Quant à l 'irresponsabilité pénale même les patients et leur famille n 'en veulent pus!

Anonyme a dit…

de toute façon en hospitalisation libre c'est le patient qui decide de sa sortie, en HDT le membre de la famille qui a signé peut se retracter et cela transforme l HDT en Libre. En HO le Prefet a toujours eu à donner son autorisation c'est pas nouveau. Alors tout ça ce sont des mots avec des moyens qui restent dérisoires mais ceci permet à quelques uns de faire valoir leur haute capacité d'analyse critique, (opportunisme dans une politique qui se dit d 'ouverture?)si les psys perdent tout pouvoir ça leur donnera peut etre l occasion de repenser ce que pourrait etre l accompagnement d'un fou hors ou a l'interieur des murs de l asile. Et vous qu'est ce que vous attendez pour "faire et defaire la psychiatrie"? que les psy vous disent comment faut faire?

Aurélien a dit…

"Et vous qu'est ce que vous attendez pour "faire et defaire la psychiatrie"?"

Ce n'est pas mon but.
Ce que je dénonce ici c'est à la fois l'exploitation d'un fait divers à des fins politiques, reniant toutes les statistiques - pourtant le Président est friand de chiffres - démontrant que les malades mentaux sont bien plus victimes qu'agresseurs, et la dénonciation des experts, le tout au service d'un projet élaboré sans consultations des principaux intéressés (personnel soignant et familles).

Vous dîtes que les psychiatres ne sont pas compétents pour juger de la dangerosité d'un malade mental... alors qui l'est?

Anonyme a dit…

Personne! il n y a pas de consensus pour isoler des signes cliniques permettant de predire un acte dangereux
je suis contre la notion de dangerosité qui disqualifie les Tribunaux au nom d'un savoir flou qui soutient le pouvoir psychiatrique. Tant mieux si les psys n ont plus le pouvoir de decider ils pourront se concentrer sinon sur le soin au moins sur l accompagnement. (On refera des GIA ou des GIP ).Car sous leurs airs de rebelles et de conspirateurs gauchistes se cachent bien des corporatismes, et des petites inquiétudes pour la tranquilité de leurs secteurs dont la politique n'est souvent qu'une consultation réglée de vieux "psychanalystes" vaniteux dignes des comedies de Molière (ici c'est pas "le poumon!" mais l'inconscient).Ils commencent à sucrer les fraises.
Il n'y en a plus pour longtemps le nouveau psy arrive! faudra aller le chercher dans les CHU et préparer ses fesses!
PS::Chacun d'entre nous utilise n'importe quel fait divers a des fins politiques.Tant mieux. Le discours de N. Sarkozi est lui aussi un fait divers... le rapport Couty aussi... la seule chose qui me rejouit c'est de "me desolidariser encore de quelques une des valeurs qui prétendent unir tant bien que mal cette humanité en deroute" (Philippe Muray)

Aurélien a dit…

Je n'utlise pas un fait divers. J'utilise ce blog pour dénoncer cette hystérie sécuritaire dont font preuve N. Sarkozy est son gouvernement.

C'est d'ailleurs, au passage, assez ironique que vous citiez Philippe Murray, l'inventeur du concept d'"envie de pénal", pour défendre une nouvelle preuve de "légiférite aigue" dont fait preuve ce gouvernement qui, lui qui se prétend libéral, sort un projet de loi par fait divers.

Anonyme a dit…

je vs invite sur google sites: aller à :
psy-respirans,
dans une démarche similaire...

Anonyme a dit…

Je vous prie de trouver ci-dessous, les adresses URL de mes deux sites de blog et de ma page facebook, blogs contenant entre autres inédits, la dernière version de mon manuscrit,Judas. Suite logique d'argumentaires qui desservent une dialectique bien précise, antipsychiatrique, antitotalitaire et basée sur une philosophie réclamant une déontologie éthique en matière de psychiatrie réelle, récupérée à l'heure actuelle, par les pouvoirs, au service de la répression anti-contestataire, et en lutte armée de la torture psychiatrique et médicale contre le délit d'opinion, créatrice de ses prisonniers d'opinion, au service mercenaire des désidératas en matière de constitution de prisonniers d'opinion, de la plèbe, en mal de populisme, en quête brutale de tortures de plus en plus perverses, absurdes, douloureuses dictatoriales et violentes envers cette condition niée en occident, de prisonniers politiques et liée à l'internement arbitraire, autre formulation et formule magique du fait, prétendant à soigner autant la démence que le délit d'opinion, traité en tant que maladie mentale gravissime, à dangereuse pour la nation, l'ayant fait, sous la formulation innocente de placement, depuis les années 30 à 50. Sous les principes de la torture médicale, et de l'abus de pouvoir caractéristique, le détournement de science et de déontologie médicale. « Judas, Lucarnes et œilletons, Mégères ou le baiser de Judas », nouveau roman entre l’essai scientifique et la thèse philosophique, inéditable en édition commune, car je crois jugé trop inclassable pour sa subversion. Parti, en résumé, d’un simple constat d’un malthusianisme omniprésent d’intervenants en retour de années 50 dans la vie sociale, j’entre dans la lutte résolue contre la présence militaire d’un armement de pointe et de nouvelle convention, destiné à des tests pratiques au nom d’un programme de recherche militaire d’Etat, similaire à celui actuel qui règne dans les états américains, incluant l’apprentissage par les masses sociales, classe par classe, regroupement par communauté, de la torture et de la torture médicale, dont psychiatrique, sur un bouclier humain de la population, choisis parmi les personnes ciblées en premier de la contestation, tests maintenus et pratiqués par de bandes qui en sont armées, payées en soubassements politiques pour cet activisme de mafias locales et de petits partis au pouvoir exorbitant, causant démences, pathologies diverses, morts et blessés dans la population entière en occident au nom d’une lutte des classes fanatique de la dictature d’un lumpenprolétariat totalitaire déjà triomphant, ne sachant où incinérer ses morts, ni calmer ses invalides de guerre. La pratique de la torture médicale et psychiatrique en France sujet tabou soumis au secret médical sous le sceau du secret défense d‘Etat, mais bien présente, prépondérante dans tout lieu de vie, de détention, même privé, présente de façon cryptée, au nom d’un acharnement thérapeutique envers prisonniers d’opinion détenus par la psychiatrie scientiste devenue nouveau goulag, que se confectionne la vie sociale et ses collaborateurs à ce système de prévarication, jusqu'au pourrissement de la situation, et l’apprentissage général, du vice, de l’ignorance analphabète conduisant à l’usage intime et collectif de la torture, sur soi, sur autrui, de l’analphabétisme acculturé, du pouvoir absolu de la bêtise conduisant à celui confiné, de la barbarie des plus inhumaine, le fascisme planétaire régnant depuis l’apparition de l’humanité.Liberté d'expression, d'action de la contestation psychiatrisées, psychiatrie-Raison d'État sous étiquette de démence, secret médical loi du silence. Psychiatrie organe répressif de partis,libre droit de torture médicale,fléau d' Inquisition, insidieuse, inavouée, tabou.

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