mercredi 17 décembre 2008

L'écume de quelque chose...

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L'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde.
[A. de Tocqueville - La démocratie en Amérique]


Le titre de ce billet est extrait des propos tenus par Jean-Pierre Dubois (président de la Ligue des droits de l’Homme) lors d'une conférence de presse regroupant quelques parlementaires, principalement motivée par l'injustice de l'affaire de Tarnac, organisée à l'initiative du député des Verts Noël Mamère pour mettre en garde les citoyens que nous sommes contre les dérives sécuritaires actuelles ; l'élu de Gironde n'hésitant pas à parler d'hystérie sécuritaire. Pour bien réveiller les consciences, rien de tel qu'un extrait vidéo de cette conférence sur le site de la Télé Libre.

Petite constatation: si dans l'extrait on voit bien la présence de plusieurs journalistes, autres que ceux de la Télé Libre ou des deux chaînes parlementaires, alors on peut s'étonner du manque de relais dans les grands médias.



C'est qu'un autre événement aura pris le pas médiatique sur tous les autres ce mardi 16 décembre, et pour cause... Daniel Schneidermann en parle très bien ici ; il s'agit des cinq bâtons de dynamite trouvés dans les toilettes du magasin Printemps à Paris. Aucun détonateur mais un loufoque communiqué de revendication:


Forcément, les médias éclipsent alors toute l'actualité - réforme de l'audiovisuel, travail dominical, grogne des lycéens, fin de la Présidence européenne (quoique ça. on peut en parler..), la neige, la crise économique, ... - pour ce qui n'est vraisemblablement qu'un fait divers. Sauf que se profile le début de ce qui ressemble à une manipulation de l'opinion publique supplémentaire, au-delà du "simple" entretien d'un sentiment de peur.

En effet un spécialiste du terrorisme, Éric Denécé, Directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, vient rapidement relier la présence de ces cinq bâtons et l'existence du communiqué aux activités terroristes typiques de l'extrême gauche, allant jusqu'à supposer un lien avec les (je cite) attaques contre des lignes TGV, ainsi qu'à évoquer une tradition gauchiste de trouble à l'ordre public. Le mot est lâché. Voici donc les nouveaux ennemis de la France et de ces citoyens: les gauchistes.

Doit-on s'inquiéter d'une hystérie sécuritaire orchestrée? Je le crois. Dans quel but? Selon moi la stratégie employée veut faire d'une pierre trois coups:

D'abord il s'agit de maintenir un sentiment de peur chez les citoyens qui n'en seront que plus "réceptifs". Ensuite il s'agit de calmer ceux chez qui, pour diverses raisons, un sentiment de révolte est en train de monter au point d'envisager de l'exprimer concrètement, physiquement, ne serait-ce que par la participation à des manifestations ou des actions de désobéissance civile. Enfin, je pense qu'il s'agit de torpiller toute initiative politique à gauche de la gauche, à commencer par le mouvement d'Olivier Besancenot, qui aura d'ailleurs tendu une belle perche aux autorités en s'affichant aux côtés de Jean-Marc Rouillan.

On aurait donc affaire à une triple atteinte aux fondamentaux démocratiques: le droit à une information véridique et complète, la présomption d'innocence, la liberté de pensée et d'expression. Une triple atteinte à inclure dans ce contexte de mise à la botte de l'État de l'audiovisuel public, de destruction de l'école publique, de culpabilisation de la jeunesse, voire de l'enfance, de l'étouffement des associations à vocation sociale ou encore de la stigmatisation des malades mentaux et de ceux qui souhaitent simplement vivre autrement.

Et ce ne serait là que de l'écume...

[EDIT: Ce billet a une suite ici: Le quelque chose de l'écume]

Aurélien

2 commentaires:

Anonyme a dit…

merci pour la circulation d'informations et de réflexions
j'ajouterai pour parfaire le profil que le mode de vie est un fait aggravant, pas de portable=suspect;contre une société développant l'hyper consommation=signe de déviances; ne pas oublier que nous sommes dans un univers précogs=il pourrait, dans un futur incertain, avoir une attitude de défiance radicale face à l'état...
la nécessité de dire stop, de parler et d'agir n'a pas été aussi nécessaire depuis longtemps

gauchedecombat a dit…

j'aime beaucoup le propos, qui me fait pâlir d'admiration en me renvoyant dans les cordes de mon ton quelque peu plus tranché sur le sujet (http://gauchedecombat.wordpress.com/)et les nuances qu'il y a dans cette écriture plus claire/obscure que la mienne... Bravo pour cette leçon d'incertitude, derrière laquelle perce pourtant une lueur d'engagement... et une conviction partagée : la solidarité.

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