vendredi 19 décembre 2008

Le quelque chose de l'écume

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Ce billet fait suite à celui du 17 décembre: L'écume de quelque chose...

Pour pousser ma réflexion, qui avait dans un premier temps abouti à ce premier billet, j'ai simplement été relire la définition du terme fascisme. Que vivent encore longtemps les dictionnaires et encyclopédies en ligne. Sur le site de Larousse, le terme fascisme est expliqué de manière très complète et détaillée. Une section a particulièrement retenu mon attention. Je me permets de la rapporter plus bas.

Avant ça, je tiens à le dire tout de suite, nous ne sommes pas, à l'heure actuelle, dans un régime fasciste. Mon but n'est absolument pas de me montrer alarmiste ni paranoïaque. Mais les signes semblent suffisamment nombreux et clairs pour s'inquiéter sérieusement d'une dérive dangereuse et appeler à une vigilance citoyenne de tous les instants. Car quand ça en a la couleur, le goût et l'odeur...


Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit: "C'est lui? Vous croyez? Il ne faut rien exagérer!" Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser.
[Françoise Giroud - Gais-z-et contents]






SOCIOLOGIE DU FASCISME
(en gras ce qui me trouble, entre crochets le parallèle avec la situation actuelle)


L'idéologie fasciste exalte la réconciliation des hommes par le travail et concentre dans les mains d'un chef la toute-puissance de l'État. [campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy centrée sur la valeur travail et concentration du pouvoir à l'Élysée]

Le terme de fascisme désigne à l'origine spécifiquement la dictature établie par Benito Mussolini en Italie en 1922, mais, l'exemple italien ayant donné lieu à de nombreuses imitations, il qualifie aujourd'hui un certain type de régime politique. Le fascisme est d'abord une organisation de l'État qui vise à la réalisation pratique d'une idée essentielle. Il est en quelque sorte l'aboutissement monstrueux d'un idéalisme forcené : niant l'évidence des conflits ou des contradictions entre les intérêts des diverses classes et des groupes sociaux, il cherche à les réconcilier dans l'accomplissement du destin d'une communauté qui n'existe que dans l'esprit de ses dirigeants. [négation, minimisation ou indifférence vis à vis des conflits sociaux]

C'est ainsi que Mussolini, ne pouvant suffisamment invoquer l'histoire de la nation italienne, de création récente, trouva ses symboles et son imagerie dans la Rome
antique, tandis que Hitler alla chercher encore plus loin son idée force : le pseudo-concept nazi de race est si confus et l'histoire des Aryens si mal connue que l'on peut affirmer n'importe quoi, y compris la suprématie de ceux-ci et leur incarnation germanique. D'autres « valeurs » orientant l'action peuvent aussi être proposées, qui, toutes, donnent au pays concerné une image idéale de lui-même et aux citoyens des âmes de héros. On peut noter, du reste, que l'appareil religieux, parfois à son corps défendant, est souvent utilisé par le fascisme.

Les traits principaux de l'organisation fasciste sont la politisation totale de la cité, le monolithisme et l'autoritarisme, la structure pyramidale de la société, l'élitisme mystique. [L'ingérence du politique dans tous les domaines, souvent de manière autoritaire]

La politisation totale implique que tous les gestes des citoyens ont une signification que seuls les gouvernants sont aptes à préciser, et la distinction entre vie privée et vie publique est abolie
[rapprochement politique & people], tandis que les idées dominantes doivent être imposées à tous [absence de débats, y compris au sein de la majorité], fût-ce par la violence. Les membres du parti, puis, éventuellement, tous les citoyens sont rangés par ordre d'importance ; le supérieur détenant toujours la bonne interprétation par rapport à l'inférieur, il s'ensuit que la clé est détenue par le chef suprême [main mise de Nicolas Sarkozy sur l'UMP, rappels à l'ordre des ministres au moindre écart].

Enfin, le fanatisme mystique fait des chefs non seulement les représentants et les exécutants du pouvoir, mais aussi les détenteurs de la vérité absolue
[arrogance des responsables et portes-parole de l'UMP, envers l'opposition comme envers les voix internes dissidentes].

Le culte de l'ordre apparaît ainsi comme ayant des résonances plus religieuses que purement politiques : nombre de gouvernements, autoritaires ou non, accordent un grand prix à l'ordre public, mais le fascisme en a une obsession quasi hystérique
[dérive sécuritaire récente: responsabilité pénale à 12 ans, détection de la délinquance dès 3 ans, régulation d'Internet, descente de police dans les écoles, arrestation d'un journaliste...].

Les discussions continuent entre spécialistes sur les causes essentielles des victoires momentanées de ces régimes totalitaires. Il est certain que la crise économique et le désordre politique sont nécessaires pour qu'un mouvement fasciste réussisse à s'emparer du pouvoir [crise économique en cours et désordre politique de l'opposition mais aussi de la majorité], mais cela ne résout pas le problème du soutien populaire qui lui permet de s'y installer. En effet, contrairement à de nombreuses dictatures qui s'établissent à la faveur d'un coup d'État, le fascisme utilise un parti de masse ; sa tactique est de provoquer le désordre pour invoquer l'ordre et d'attirer ainsi l'assentiment et l'adhésion de la petite classe moyenne, la plus menacée de prolétarisation en cas de crise [médiatisation à outrance de l'insécurité depuis 2002, propagation de la précarité].

De plus, ses slogans anticapitalistes et socialistes touchent facilement certains groupes plus défavorisés, tandis que les patrons de l'industrie ne voient pas d'un mauvais œil l'instauration d'un certain ordre dans leurs usines. Ce soutien très divers permet au parti fasciste de s'emparer des leviers de commande à la faveur d'une élection générale. Après seulement, le parti modifie la Constitution pour se maintenir au pouvoir
[récente réforme de la constitution qui affaiblit le parlement, redécoupage de la carte électorale].

Du reste, ce processus ne fut parfaitement réalisé qu'en Italie, au Portugal et en Allemagne. Dans ce dernier pays, le puissant parti communiste crut longtemps que le nazisme était un feu de paille aveuglant provisoirement les masses ; il négligea le fait qu'au début des mesures réellement socialistes furent prises et que des sociaux-démocrates et des communistes sincères se laissèrent abuser
[RSA, ouverture au centre et à gauche].

Wilhelm Reich a aussi émis l'hypothèse, bien avant la victoire nazie, que la répression sexuelle subie par le peuple rendait possible un soulagement libidineux dans les phantasmes sadiques de l'ordre nouveau
(Psychologie de masse du fascisme). Enfin, le fascisme ne touche jamais profondément aux structures économiques ni aux structures familiales, différant essentiellement en cela avec certains autres régimes totalitaires.

Qu'en pensez-vous? N'hésitez pas à me laisser vos impressions ou votre analyse sur ce texte comparé au contexte actuel en France.


Aurélien

3 commentaires:

Thierry P. a dit…

Je ne partage le parallèle que tu fais entre le pouvoir actuel et le fascisme.
Certes des rapprochements pourraient être troublants.

Je vois surtout s'être installée en France, une monocratie (je reprends à mon compte l'analyse de Robert Badinter).
L'exercice du pouvoir en France ne souffre plus la contradiction depuis 2007. C'est cette dérive qui confine à l'absolutisme qui doit être dénoncée.
J'avais signalé que la volonté (caprice) exprimée par ce Président de venir s'exprimer devant les assemblées réunies en congrès était au coeur de la révision constitutionnelle de juillet dernier. Les autres modifications peuvent apparaître comme des alibis pour faire passer la pillule.
Or, pour symbolique que soit ce discours devant les assemblées, c'est une grave remise en question du principe de séparation des pouvoirs.
On m'objectera que le droit de message existait déjà... Oui, mais il y a une grande différence entre un message lue de manière neutre par les Présidents des assemblées et le discours que le monocrate prononcera devant les parlementaires. Effets de manches prévisibles.
La semaine dernière le Président s'est illustré en se permettant de commenter publiquement les débats à l'Assemblée en disant que c'était la pagaille. La séparation des pouvoirs en prend un coup.
Le monocrate ne supporte pas que l'on soit en désaccord avec ce que sa personne a décidé.

Que dire de la décision du Président de France Télévisions de renoncer de lui-même à la publicité à seule fin de satisfaire le bon vouloir du prince dans le calendrier imparti. Au passage, peut de gens se sont offusqués de la menace de faire passer cette suppression par décret qui a été agitée.

Les exemples de courtisanerie foisonnent émanant de "laquais" qui se font les porte-voix de la volonté du prince. Le plus emblématique en serait Frédéric Lefèvre.

Fascisme, certes non. Mais une dérive césaro-bonapartiste est indéniable.

jef safi a dit…

. . hello !
. . Suis heureux d'être venu voir, ou plutôt lire, le contenu ayant choisi cette image pour illustration. A plus d'un titre:

. . En composant ce diaptych, pour illustrer le célèbre discours de Barthes sur le fascisme de la langue (que je tiens pour ma part pour une métaphore du fascisme de tout idiome fermé), mon idée était de montrer les deux extrêmes servitudes que sont la souffrance par mutisme du moi sans surmoi, et la souffrance de l'aveuglement du moi asservi au surmoi. J'ose le dire, en ne choisissant qu'une seule des deux, l'autre eut été plus adaptée. Mais plus encore, la paire !
. . http://www.flickr.com/photos/jef_safi/2768455634/
. . http://www.flickr.com/photos/jef_safi/2768455622/in/photostream/


. . En d'autres termes, plus clair j'espère, est fasciste de mon point de vue tout système de règles qui permet au groupe de persister dans son être en niant à ses individualités la possibilité d'en faire de même. Problématique définitivement emprisonnée dans le pli de l'individuel et du collectif.

. . Naturellement, systémiquement, (autre raison de me réjouir d'être passé par ici), Edgar Morin dirait même dialogiquement, la limite entre le système coercitif fasciste et le système émancipateur laxiste n'est pas un point stable. Etablir et gouverner un consensus médian entre ces deux systèmes de règles est un travail permanent, une vigilance permanente, qu'il ne faut pas abandonner aux seuls détenants du gouvernail, soient-ils démocratiquement élus. Tous les passagers doivent être des vigies. Ici, la locution "vigilance citoyenne" est la pierre angulaire de cet équilibre métastable permanent.

. . Avec mes meilleurs voeux du bord de votre fenêtre !
. . jef safi

. . flickr : http://www.flickr.com/photos/jef_safi/
. . complex perso : http://www.premiumwanadoo.com/jef.safi/spip/

Aurélien a dit…

Merci pour ce magnifique commentaire et vos vœux Jef.

J'adore votre complex perso.

Bonne année 2009 à vous!

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