Vous considérez l'état actuel de la société comme allant de soi. Pourquoi? Vous qui ne faites pas partie des classes pauvres, mais qui êtes relativement aisé, pourquoi ne vous révoltez-vous pas - pas en tant que communiste ou socialiste -, mais pourquoi ne vous révoltez-vous pas contre l'ensemble du système social? Vous pouvez vous le permettre, pourquoi donc ne vous servez-vous pas de votre intelligence pour trouver la vérité et créer une nouvelle société? Le pauvre, lui, ne va pas se révolter, parce qu'il n'en a pas l'énergie, il n'a pas le temps de réfléchir, il n'a pas une minute à lui, il a besoin de nourriture, de travail. Mais vous qui avez des loisirs, un peu de temps libre pour mettre à profit votre intelligence, pourquoi ne vous révoltez-vous pas? Pourquoi ne découvrez-vous pas ce qu'est une société juste, pourquoi ne bâtissez-vous pas une nouvelle civilisation? Si ce n'est pas avec vous que les choses commencent, ce ne sera évidemment pas avec les pauvres.
Nous ne parlons pas ici de ce que les riches devraient abandonner au profit des pauvres. Quoi qu'ils cèdent de ce qu'ils ont, les pauvres ne seront jamais satisfaits - mais là n'est pas la question. Vous qui êtes à l'aise, et qui avez donc l'opportunité de cultiver l'intelligence, ne pouvez-vous pas, en vous révoltant, créer une nouvelle société? Cela dépend de vous et de personne d'autre ; cela dépend de chacun d'entre vous - pas des riches ou des pauvres ou des communistes. Mais nous n'avons généralement pas en nous cet esprit de révolte, ce désir ardent de briser les chaînes et d'aller à la découverte. Et c'est cette attitude qui compte le plus.
Pourquoi ai-je "forcément sourcillé"?
Je me souviens de divers sondages parus lors des élections de 2007 qui indiquaient que l'adhérent ou sympathisant moyen du Mouvement Démocrate étaient plus aisé et plus éduqué que l'adhérent ou sympathisant politique moyen. Je n'arrive plus à mettre la main dessus donc si l'un de vous peut me donner un lien quelconque vers de tels documents, je suis preneur.
Je me souviens aussi des nombreux discours de François Bayrou depuis 2 ans dans lesquels le mot "révolution" revenait régulièrement. Révolution citoyenne, politique, sociale...
Seulement je doute de ce caractère révolutionnaire... Le MoDem tel qu'il se construit prépare-t-il une révolution? Le peut-il, seulement, que ce soit par volonté ou par nature? Se donne-t-il les moyens d'être révolutionnaire?
Je suis pour ma part convaincu que l'aspiration, sinon la volonté, à véritablement révolutionner notre société, nos pratiques politiques et citoyennes est sincère et engagée. Je redoute cependant que cette aspiration ne soit prise de vitesse par le système en place et que, dans une précipitation forcée, notre révolte ne perde en intensité, en radicalité, en profondeur surtout.
Je me réjouis de voir les nombreuses commissions au travail et ne doute pas qu'il en sortira d'excellentes idées, ni que le projet du MoDem sera le plus intéressant, le plus complet et le plus réaliste de ceux qui seront proposés aux français d'ici 2012. Je regrette cependant qu'il n'y ait pas de commission, ou sous-commission "Brainstorm cosmogonique" ou "Architecture politique". En effet, pour que la révolution soit totale il faut litéralement tout retourner, tout réinventer. Pour nos instutions, cela passe donc aussi par une reconception complète du monde politique.
Pourquoi nécessairement rester, par exemple, sur une ligne unidimensionnel allant de l'extrême gauche à l'extrême droite? Pourquoi se définir politiquement uniquement par son rapport à l'idée qu'on se fait de l'économie et/ou de la souveraineté de la Nation? Il me semble que non seulement la représentation populaire mais aussi, et surtout, l'efficacité de l'appareil politique s'en trouve mutilées.
Quid des nouveaux enjeux sociaux, environnementaux ou énergétiques? Ne représentent-ils pas une urgence assez forte, au niveau mondial qui plus est, pour qu'un nouveau paysage politique se dessine autour d'eux? N'est-ce pas d'abord là (et seulement là?) qu'une véritable révolution pourrait se concrétiser?
Je sais que des modèles alternatifs ont déjà été proposés et étudiés, comme par exemple celui-ci. J'appelais aussi de mes vœux une telle réflexion dès le premier billet des Jeudis d'Edgar. Je souhaiterais en ce sens, pour résumer ma pensée, que le MoDem se montre créatif et audacieux aussi sur ce qu'il y a de plus fondamental.
Brisons les chaînes, allons à la découverte.
Aurélien