mercredi 9 juillet 2008

Le Perito Moreno craque


30 km de long, 5 km de large et 70 m de hauteur de glace, l'équivalent d'un immeuble de 20 étages, une couleur unique et hypnotique. La péninsule de Magellan permet aux visiteurs de se présenter à son pied et rester immobiles et silencieux, dans l'espoir d'avoir le privilège d'entendre ces craquements gigantesques lorsque la glace rompt et qu'un iceberg entame une dérive sur Lago Argentino. Le Perito Moreno est le joyau du Parc National des Glaciers de la Patagonie, dans le Sud de l'Argentine.



J'ai eu cette chance dans ma vie, fin 1998, de me retrouver face à ce colosse. J'en garde un souvenir inoubliable. Cette sensation qui nous fait sortir ces phrases toutes faites mais on ne peut plus justes sur notre propre petitesse, notre vulnérabilité, notre inconscience, notre arrogance, notre ignorance, notre folie. C'est une leçon d'humilité pour la vie que de se retrouver confronter d'aussi prêt à une telle puissance, majestueuse et hors du temps. Ce fut pour moi un événement aussi révélateur et marquant que la découverte de certaines œuvres musicales ou littéraires majeures.

Cette merveille de la Nature est l'un des derniers glaciers au Monde à ne pas être en régression. Par l'effondrement de son front tous les quatre à cinq ans, il a habitué depuis prêt d'un siècle ses visiteurs à des ruptures de glace spectaculaires. Cependant pour la première fois depuis que l'homme surveille l'évolution de ce glacier, il s'est rompu en plein hiver argentin. Depuis les visiteurs attendent la rupture définitive de l'énorme bloc de glace ne tenant plus que par une arche quasi parfaite au Perito Moreno.


"Les scientifiques ont relevé, depuis 1917, diverses avancées et réductions du colosse de glace dont les cycles de croissance et de rupture se sont révélés irréguliers à cause du réchauffement planétaire, selon des études officielles. La rupture du glacier Moreno en hiver est un indicateur du phénomène de réchauffement de la planète, que certains analystes lient aux émissions de gaz quand d'autres affirment que ces changements sont périodiques, a rappelé Norberto Ovando, expert de la Commission mondial des zones protégées, sur le portail internet du quotidien local Rio Negro."

Pour de très beaux albums photos, c'est sur Flickr. Pour suivre l'évolution de cette rupture historique, c'est en direct, c'est en ligne, et c'est ici.


Aurélien
Lire la suite...

mardi 8 juillet 2008

Et l'Europe sauva la France des socialistes...

_
Pendant que tout le monde ou presque déplore la petite phrase de Nicolas Sarkozy sur les grèves qui passeraient inaperçues, il en est une autre, prononcée au tout début de même discours, qui selon moi aurait du faire bondir non seulement l'opposition mais aussi tous ceux qui se réclament de la démocratie.

Dans un début de discours typique, après avoir été annoncé par Jean-Pierre Raffarin comme le Président de l'Union Européenne, un poste qui n'existe pas mais qu'il reprendra à son compte tout au long de son discours, Nicolas Sarkozy évoque des évidences sur un ton très agressif contre on ne sait qui les nieraient. Il liste quelques bienfaits de l'Union Européenne. Évidemment la paix franco-allemande, bien sûr la modernisation, en toute logique la chute du rideau de fer. Mais d'abord cette phrase:

"Imaginons un peu ce qu'il serait advenu de la France et de son débat politique lorsque nous avions des ministres communistes au gouvernement de la France, des dirigeants socialistes au gouvernement de la France, heureusement qu'il y avait l'Europe pour empêcher ceux-ci d'aller jusqu'au bout de leur idéologie et de leur logique. C'est aussi ça l'Europe."


Comment l'opposition PS-PCF a-t-elle pu passer à côté d'une telle déclaration?

Surtout, comment interpréter ces mots?

Selon moi, Nicolas Sarkozy révèle ici tout le "bien" qu'il pense de l'opposition: ni plus ni mois qu'un camp politique désireux de revenir au socialisme ou au communisme tel que conçu dans les pays de l'Est, notamment en Russie. Des adeptes d'un totalitarisme en berne depuis la chute du mur de Berlin.

Il illustrera de nouveau cette idée en évoquant le débat français sur le retour de la France dans l'OTAN. Ce débat faite sourire Nicolas Sarkozy. Pour lui, ceux qui ne souhaitent pas cette réintégration expriment simplement une peur illégitime des Américains et oublient de considérer ces pays de l'Est qui rejoignent gaiement l'OTAN après avoir vécu si longtemps sous le pacte de Varsovie. C'est noir et blanc - comme sous l'ORTF... - tout ou rien. L'idée qu'il puisse simplement être question de l'indépendance et de l'originalité de la voix française, qui ont fait de la France un pays écouté et respecté dans le monde, un recours pour beaucoup entre les deux blocs qui s'affrontaient pendant la guerre froide, ne l'effleure même pas.

Selon Nicolas Sarkozy donc, François Mittérrand, Lionel Jospin, Michel Rocard, Laurent Fabius, Charles Fiterman ou encore Marie-George Buffet et Ségolène Royal ont été autant de menaces pour la démocratie française qui ne doit son salut qu'à la vigilance de l'Union Européenne. Et avec eux, par extension, tous ceux qui ont cru et voté pour leurs idées et le font encore. Les parlementaires UMP applaudissent à tout rompre. Jose Manuel Barroso se marre, comme d'ailleurs tout au long de ce discours, ne sachant trop si le Président plaisante ou non.

Imaginons un seul instant le tollé que provoquerait François Hollande, même dans l'opposition, s'il remerciait l'Union Européenne d'avoir sauvé la France des dérives totalitaires fachistes, voire néo nazies, qui pesaient sur elle lorsque des hommes et femmes de droite étaient aux gouvernements de Jacques Chirac, Édouard Balladur ou Jean-Pierre Raffarin. Nul doute que la volée de bois vert en provenance de l'UMP serait impressionnante, et à juste titre.


Le Président de la République a parmi ses devoirs de veiller au respect de la Constitution. Celle-ci stipule dans son tout premier article que la République Française est, en plus de laïque et démocratique, sociale et indivisible. Par cette seule déclaration Nicolas Sarkozy bafoue ces deux impératifs et manque donc à son devoir de Président. Ce devoir qui l'oblige à se situer au-dessus des clivages partisans. Ce n'est pas faire de l'anti-Sarkozy ni du TSS que de le rappeler, c'est simplement exiger du garant des institutions qu'il soit à la hauteur de la mission que le peuple lui a confiée.


Aurélien
Lire la suite...

lundi 7 juillet 2008

Ces cumulards du CAC40

_
Dans un commentaire récent j'avais promis une note plus générale sur les conflits d'intérêts... la voici:


Il n'y a pas qu'en politique que l'on peut cumuler les mandats. C'est un exercice tout aussi populaire dans la gouvernance d'entreprise. Je me suis amusé à visiter le site corporatif de l'ensemble des entreprises du CAC40, ainsi que d'Areva, pour lister l'ensemble des membres de leurs conseils d'administration et/ou conseils de surveillance. Toutes ces compagnies, de Total à STMicroelectronics, ont placée cette information en ligne, je les en remercie.

Le but que je m'étais fixé était d'établir si au plus haut niveau de la puissance économique française il existait ou non des conflits d'intérêts. Si j'étais convaincu d'en trouver quelques uns, je ne pensais pas me retrouver en situation de décrire un réseau relationnel permettant à chacune des entreprises concernées d'être, par 3 degrés de connaissance tout au plus parmi la population étudiée, liée à toutes les autres par au minimum un membre de son gouvernement d'entreprise.


Avant d'aller plus loin je rappelle la définition du conflit d'intérêts:


"Un conflit d'intérêt est une situation dans laquelle une personne ayant un poste de confiance, tel qu'un avocat, un homme politique, un cadre ou un dirigeant d'entreprise, a des intérêts professionnels ou personnels en concurrence. De tels intérêts en concurrence peuvent la mettre en difficulté pour accomplir sa tâche avec impartialité. Même s'il n'y a aucune preuve d'actes préjudiciables, un conflit d'intérêt peut créer une apparence d'indélicatesse susceptible de miner la confiance en la capacité de cette personne à agir correctement à son poste."


Ainsi dans les exemples de conflits d'intérêts, que je présente plus bas, je ne mets personne en accusation mais ne fais que relever des contextes susceptibles de favoriser des dérives. Nous savons tous, cependant, que l'humain n'est pas infaillible et que, porté au pouvoir politique ou économique, les cas concrets d'abus en situation de conflit d'intérêts ne manquent pas et nuisent au bon fonctionnement démocratique. La réalité se situe forcément entre le monde des bisounours où chacun serait irréprochable et les théories conspirationnistes les plus "capilotractées".


Pour éviter les conflits d'intérêts, une majorité d'entreprises respecte, au moins en apparence, les critères proposés par le rapport Bouton AFEP-MEDF qui préconise ce qui suit:


"Un administrateur est indépendant lorsqu’il n’entretient aucune relation de quelque nature que ce soit avec la Société, son Groupe ou sa direction, qui puisse compromettre l’exercice de sa liberté de jugement."


Par souci de clarification, les critères que devraient examiner le Comité et le Conseil afin de qualifier un administrateur d'indépendant et de prévenir les risques de conflit d’intérêts entre l’administrateur et la direction, la société ou son groupe, devraient être les suivants :


- Ne pas être salarié ou mandataire social de la société, salarié ou administrateur de sa société-mère ou d'une société qu'elle consolide et ne pas l’avoir été au cours des cinq années précédentes.


- Ne pas être mandataire social d’une société dans laquelle la société détient directement ou indirectement un mandat d’administrateur ou dans laquelle un salarié désigné en tant que tel ou un mandataire social de la société (actuel ou l'ayant été depuis moins de cinq ans) détient un mandat d’administrateur.


- Ne pas être client, fournisseur, banquier d’affaire, banquier de financement significatif de la société ou de son groupe, ou pour lequel la société ou son groupe représente une part significative de l’activité.


- Ne pas avoir de lien familial proche avec un mandataire social.


- Ne pas avoir été auditeur de l’entreprise au cours des cinq années précédentes (article L 225-225 du Code de Commerce).


- Ne pas être administrateur de l’entreprise depuis plus de douze ans.


La plupart des groupes du CAC40 ont un Conseil d'Administration composé pour le tiers ou la moitié d'administrateurs indépendants. Il existe aussi des critères de capital et de droit de vote, dont disposent les administrateurs indépendants, au-delà desquels leur indépendance peut être remise en question par le Comité des Nominations du groupe.



Quant au cumul, il faut rappeler que le droit français permet à un administrateur d'un groupe de tenir le même rôle dans un maximum de 4 autres groupes, soit 5 mandats au total. Rien n'empêche cependant d'y ajouter un mandat de membre d'un conseil de surveillance. De plus, au sein d'un même groupe, 5 mandats peuvent également être cumulés dans les diverses filiales et ne compter que pour 1 dans le cumul "intergroupes". En théorie donc, une seule et même personne pourrait cumuler jusqu'à 25 mandats de membre de conseil d'administration. Pour cette note, je me suis borné au seul cumul "intergroupes".


La question clé est: pourquoi cumuler des postes de gouvernance d'entreprise? Là, force est de constater que la réponse la plus crédible, au-delà de la passion pour son métier, semble être: par intérêt personnel direct ou indirect. En effet, les membres d'un conseil d'administration d'entreprise sont généralement actionnaires ou associés de l'entreprise administrée. Leurs décisions stratégiques pèsent donc directement sur leur propre portefeuille. Ils sont aussi rémunérés pour occuper un tel poste, par un système de jetons de présence, qui répartit équitablement entre les administrateurs une somme globale fixée par les actionnaires.


Intérêts financiers personnels donc, mais aussi stratégiques puisqu'en cumulant les administrateurs se donnent la possibilité d'influer sur la stratégie d'autres groupes soit directement, soit indirectement par l'intermédiaire d'un conseil d'administration tierce. C'est là que naissent les conflits d'intérêts. En voici quelques exemples:


Le premier exemple qui me sauta aux yeux concerne Louis Schweitzer, ancien patron de Renault, dont il préside toujours le C.A., et Président de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Il s'avère qu'il est aussi administrateur de BNP-Paribas. Or, j'en parlais ici sur ce blog, la HALDE a récemment épinglé pour discrimination à l'embauche le Crédit Agricole, concurrent direct de la BNP. Encore une fois je n'accuse pas Louis Schweitzer de partialité, mais la situation est telle qu'il avait tout loisir de l'être et qu'il l'a peut-être été. On est alors en droit de s'interroger sur la pertinence de sa nomination à la présidence de la HALDE, puisqu’il ne cumule pas moins de 5 postes d'administrateurs dans des groupes du CAC40: Renault, BNP, EDF, L'Oréal et Veolia.


D'autres situations de conflit d'intérêts me sont alors apparues:


- Thierry Desmarest, qui préside le CA de Total, fréquente également, grâce au cumul, Louis Schweitzer et Thierry Peugeot qui président les CA des deux constructeurs automobiles français Renault et PSA. Directement chez Renault pour l'un, par l'intermédiaire du C.A. d' Air Liquide pour l'autre. Pratique pour un pétrolier, non?


- En opposition avec les deuxième et troisième critères proposés plus haut par le rapport Bouton, Michel Pébereau préside le C.A. de BNP-Paribas où siège Jean-Louis Beffa ; ce dernier préside le C.A. de Saint-Gobain où siège... Michel Pébereau. On ne s'étonnera pas que ces deux hommes se tutoient. Encore moins en sachant que Saint-Gobain fait partie des grands clients de BNP-Paribas. De quoi mettre de l'huile dans les rouages des décisions stratégiques et financières?

Notons au passage que Michel Pébereau est le champion des cumulards du CAC40 puisqu'il détient un poste dans pas moins de 6 gouvernements d'entreprises (BNP, AXA, EADS, Lafarge, Saint-Gobain et Total) et se trouve du fait au cœur de ce qui ressemble à un réseau d'influenceurs, ce que semble confirmer cet article de l'Expansion.


- Dernier exemple avec le cas de Laurence Parisot, Présidente du MEDEF, qui en plus de diriger sa propre société (l'IFOP), siège aux C.A. de BNP-Paribas et de Michelin. Quand on étudie plus en détails le cas de la BNP, on observe que 11 de ses administrateurs cumulent des mandats et, de ce fait, lui permettent d'influer sur 19 autres entreprises du CAC 40 par l'exercice de 24 mandats de gouvernance. Le moins que l'on puisse dire est que la Présidente du MEDEF se retrouve, par son mandat d'administrateur de la BNP, au sein d'un réseau d'influence qui ne peut que la rendre vulnérable aux éventuelles pressions de ses pairs pouvant ainsi troubler le dialogue social dont elle porte 50% de la responsabilité.


Il ne s'agit là que de 4 exemples repérés uniquement en observant les liens professionnels entre les personnes concernées. On pourrait y ajouter:

- Les relations familiales ou amicales entre certaines familles de décideurs;

- Les relations avec le monde politique;

- Les relations avec les médias;

- L'addition de tous ces différents types de liens.


Et je ne parle que des liens existant en France. De nombreux gouvernants d'entreprises du CAC 40 siègent aussi dans des CA de groupes étrangers. Dans un tel contexte la quantité et l'énormité des conflits d'intérêts ne peut que s'accroître de manière exponentielle.


D'où les suspicions, à mon sens justifiées, de conflits d'intérêts autour du Président de la République dont la proximité "extra-professionnelle" avec plusieurs décideurs influents du CAC 40 (Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault,...) n'est plus à prouver.


Idem pour Jean René Fourtou (patronyme prédestiné?) qui cumule 5 postes parmi les gouvernances du CAC40, dont la présidence du CA de Vivendi qui possède entre autres filiales Universal Music. Or il s'avère que Mme Fourtou, Janelly se son prénom, est une députée européenne qui est à l'origine et défend ardemment la loi DADVSI...


Une enquête sans fin pourrait être menée, mais autant m'arrêter là.



Deux points en conclusion:


- Que devient le citoyen dans tout ça? Est-il en position de remplir son rôle? Lui reste-t-il un quelconque pouvoir? Peut-il seulement comprendre les règles du jeu? Après le "non" irlandais au Traité de Lisbonne, l'ensemble de la classe politique s'entend pour parler de désamour des européens pour l'Europe pour cause d'incompréhension, d'illisibilité, d'opacité de la part de l'Union Européenne. Sommes-nous si sûrs que les Français comprennent mieux la France? Peuvent-ils lui faire confiance pour les protéger quand d'autres intérêts "supérieurs" semblent accaparer toutes les attentions du pouvoir politique? Si demain avait lieu un référendum pour savoir si les Français adhèrent à la France telle qu'elle fonctionne réellement, quel en serait le résultat?


- À l'heure où l'on parle de plus en plus du problème de séparation des pouvoirs en France, j'ai la très nette impression que le pouvoir économique est souvent négligé alors qu'il est en réalité au centre de toutes les préoccupations et sans doute celui le plus à même de corrompre les autres pouvoirs. Il faut impérativement séparer les pouvoirs politique (qui comprend le législatif, l'exécutif et le judiciaire), médiatique et économique. Devant cette urgence on mesure l'aspect totalement dérisoire des débats en cours sur la réforme des institutions. Ce n'est plus une réforme qu'il faut, c'est une remise à plat transparente, un "Grenelle" - dans ce qu'il reste de crédible et de noble à ce terme - des institutions. Au MoDem d'y réfléchir et d'avancer un projet institutionnel - je pèse mes mots - révolutionnaire.




Aurélien

Lire la suite...

vendredi 4 juillet 2008

Quand Ségolène Royal m'inquiète


Retour sur une déclaration de Ségolène Royal, en marge de la visite d'une délégation française, menée par François Fillon, au Canada pour célébrer le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Voici ses propos rapportés par l'Express:

"Tout le monde le sait, c'était une opération colombienne rondement menée qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien[...] Voilà : ni polémique, ni récupération politique qui serait totalement décalée parce qu'en l'occurrence, Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération."



Ségolène Royal, que l'on pourrait appeler l'omni-opposante de part son évidente volonté d'affronter l'omni-président sur tous les fronts, illustre par ces mots tous les doutes que je peux encore avoir sur sa personne et sa capacité à mener le pays plus efficacement et dans un esprit plus rassembleur que Nicolas Sarkozy. Elle déclenche illico, forcément, les réactions en chaîne du côté de l'UMP chez les Raffarin, Yade et autres Fillon, et j'imagine que Frédéric Lefebvre devrait demander des excuses officielles d'ici peu... À la suite de quoi, comme sait aussi le faire parfaitement le Président de la République, elle se posera en victime d'une quelconque pensée unique. Elle projette ainsi le pays dans une polémique supplémentaire et stérile qui, comme les autres, fera office d'écran de fumée masquant les enjeux réels et urgents; le pouvoir actuel n'en demandait pas tant...

D'abord, par cette déclaration, elle se "décale" elle-même puisqu'elle est seule, parmi les têtes d'affiches politiques françaises, à faire de la récupération à peine déguisée. "Surtout pas de récupération mais, au passage, mon adversaire n'a rien fait après avoir été totalement inefficace...", une hypocrisie totale. Pour ma part, j'ai trouvé l'Élysée étonnamment sobre et raisonnable depuis cette libération. Je n'ai vu aucune tentative de récupération politique de la part du Président. La libération d'Ingrid Bétancourt a pu être réalisée par d'autres moyens que ceux qu'il préconisait; il n'a pas cherché à prétendre le contraire, ni a ramener la couverture à lui comme il avait pu le faire pour la libération des infirmières bulgares.

Ensuite, il ne fait aucun doute que Nicolas Sarkozy s'est beaucoup investi pour Ingrid Bétancourt comme il le fait - je l'admet volontiers même si je n'aime pas le fond de son action ni la forme qu'il y met - sur chaque dossier. Je ne vois rien à lui reprocher sur le dossier Bétencourt. Sa stratégie de négociation était tout à fait défendable et d'ailleurs, contrairement à ce que Ségolène Royal prétend, elle a débouché sur au moins deux résultats: la preuve de vie obtenue fin 2007 et la libération des 6 premiers otages, dont Clara Rojas, proche collaboratrice d'Ingrid Bétancourt. De plus, rien n'indique que cette stratégie n'aurait pas, elle aussi, abouti à une libération. On imagine aussi très bien ce qu'auraient été les mots de Ségolène Royal si Nicolas Sarkozy avait, tout au long de cette affaire, préconisé une intervention militaire.

Enfin, qui sait vraiment si la France n'a pas joué un rôle indirect dans cette opération? Qui nous dit que la pression imposée par Paris n'a pas pesé dans la décision du gouvernement colombien de mener cette opération? Aurait-il pris cette décision sans la preuve de vie obtenue grâce aux négociations? Trop d'inconnues restent en question pour pouvoir dire que les uns ont tout fait et les autres rien du tout.

Pour moi cette actualité est extrêmement révélatrice du danger que peut représenter Ségolène Royal pour la France, pour son parti et ceux à qui elle annonce être ouverte aux alliances. Au même titre que Nicolas Sarkozy, elle communique à bras raccourcis sur tous les fronts, dans la provocation et la polémique, sans réfléchir, au-delà de l'onde de choc médiatique volontairement initiée, aux conséquences ni au sens profond de ses mots. C'est le genre d'attitude, sinon de stratégie, dont nous devons débarrasser la politique française au plus vite.


Aurélien

Lire la suite...

jeudi 3 juillet 2008

Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs

Chaque jeudi je viens désormais vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, un nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Deuxième rendez-vous avec Edgar: le thème de cette semaine concerne les biens communs, le don, la gratuité. Dans un appel lancé dans le cadre de la dernière Fête de l'Internet, Edgar appelle à revenir à moins de calcul, à plus d'échange, au non payé afin de régénérer notre civilisation, lui rendre une part de son humanité par le respect et la compréhension. Le don, en quelque sorte, nous aide à réaliser la nécessité que nous avons les uns des autres de manière bien plus complexe, et complète, que la vente ou l'achat.



À méditer pour tous ceux désireux de construire et de voir aboutir ce fameux modèle de société obéissant à la loi du plus juste.

Lire la suite...

mercredi 2 juillet 2008

Pari sur le second réacteur E.P.R.

_
Les Échos annoncent en exclusivité la décision du Président de la République et du gouvernement d'engager la construction d'une second réacteur nucléaire E.P.R.:

La décision est prise. A l'occasion, demain, de sa visite au Creusot (Saône-et-Loire), Nicolas Sarkozy devrait annoncer la construction d'un deuxième réacteur nucléaire de type EPR sur le territoire français. A ce stade, ni l'implantation, ni la date de démarrage de la future centrale n'ont été arrêtées. Mais selon plusieurs sources, la mise en service du nouveau réacteur pourrait intervenir aux environs de 2017. Soit cinq ans après celle du tout premier EPR français, sur le site de Flamanville (Manche). Reste à savoir à qui sera confiée l'exploitation de la future centrale. Pour beaucoup, il n'est pas concevable qu'un autre opérateur qu'EDF s'implique dans ce type de projet. Mais à plusieurs reprises, le groupe Suez a fait savoir qu'il était lui aussi prêt à investir dans le nucléaire français.

L'annonce du chef de l'Etat sera faite lors de sa visite sur un site d'ArcelorMittal, au Creusot, produisant précisément des pièces destinées aux réacteurs EPR. En présence de la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, Nicolas Sarkozy y prononcera un discours sur la politique énergétique française. Voilà quelques semaines, le Premier ministre, François Fillon, avait indiqué que le gouvernement réfléchissait au lancement d'une nouvelle centrale, considérant que le nucléaire constituait "une bonne réponse" à l'énergie chère.

Au-delà de la décision de privilégier encore l'énergie nucléaire, ce qui est à quelques égards défendable à moyen terme, je m'arrête sur la suggestion faite dans cet article au sujet de l'intérêt du groupe Suez pour mener ce projet de second réacteur de type E.P.R.. Déjà en février 2007, Suez ambitionnait de prendre en charge un projet similaire dans la Drôme, à Tricastin, lieu où le groupe dispose déjà de capacités dans des installations nucléaires.


Suite à la note précédente, commentaires inclus, et une précédente sur les conflits d'intérêts au sommet de l'État, je rappelle que Paul Desmarais Jr., membre du conseil d'administration de Suez, est le fils de l'homme au sujet duquel Nicolas Sarkozy a déjà déclaré: "Si je suis aujourd’hui président, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et à la fidélité de Paul Desmarais."

Je prends donc un pari dès aujourd'hui: Nicolas Sarkozy annoncera demain le lancement d'un projet de second réacteur nucléaire de type E.P.R. et que Suez en sera le principal investisseur, plutôt qu'E.D.F.. Je mettrais même une grosse piécette sur le site de Tricastin.

L'enjeu de ce pari? Un brin d'auto-satisfaction si je gagne, une lettre à Nicolas Sarkozy, publiée sur ce blog, pour m'excuser ouvertement de l'accuser systématiquement de privilégier ses amis plutôt que les entreprises publiques françaises.


Aurélien
Lire la suite...

Deux dérives inacceptables...

_
... mais tolérées. Plus que tolérées même, ignorées, comme on ignore une habitude.

Que fait le Conseil Constitutionnel?

Que fait l'opposition?

Que fait la presse?

Que font les citoyens?



1 - Séparation des pouvoirs:

Selon cet article du Monde sur les difficultés rencontrées par la majorité pour accorder ses groupes parlementaires des deux assemblées, François Fillon a été mis devant ses responsabilités par Nicolas Sarkozy. Si la réforme ne passe pas, il sera retiré de Matignon.

Si je ne m'offusque pas de voir le Présidant agir ainsi avec son Premier Ministre, je m'interroge en revanche beaucoup plus sur un passage particulier de l'article:
L'entourage du premier ministre, qui pendant la discussion en première lecture, avait été pour le moins discret, est donc monté en première ligne. Tout au long du week-end, le directeur du cabinet, Jean-Paul Faugère, a multiplié les contacts.C'est encore lui qui coordonne les discussions à Matignon, regroupant les ministres concernés, Rachida Dati et Roger Karoutchi, les présidents des deux assemblées, Bernard Accoyer et Christian Poncelet, les deux présidents des groupes UMP, Jean-François Copé et Henri de Raincourt, et les deux rapporteurs, Jean-Luc Warsmann et Jean-Jacques Hyest. La directrice du cabinet de l'Elysée, Emmanuelle Mignon, est également présente.
Peut-on encore parler, quand des membres du gouvernement s'entendent par avance avec des parlementaires sur un vote, de séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs?

Quel était le but de cette réunion: trouver le meilleur compromis dans l'intérêt général? Ne pas faire perdre la face au Président? Vue la quantité de sarkozistes, piéger François Fillon?


2 - Conflit d'intérêts:

Lors de la dernière émission d'On est pas couché, présentée par Laurent Ruquier, les chroniqueurs politiques Éric Zemmour et Éric Naulleau interrogent Jean-François Copé sur la suppression de la publicité sur France Télévision, précisant qu'au passage TF1 recevrait une manne financière estimée entre 200 et 300 millions d'euros.

C'est une chose de rappeler ce simple fait, c'en est une autre, dans un cas pareil, de passer sous silence la proximité entre Martin Bouygues, patron de TF1, et Nicolas Sarkozy. Le conflit d'intérêts est ici aussi énorme que flagrant, de l'ordre de l'impossible dans bon nombre d'autres démocraties occidentales. Au Québec, par exemple, en tant qu'ingénieur membre de l'Ordre des Ingénieurs de cette province, me laisser prendre, même sans aucune intention malhonnête, dans une telle situation de conflit d'intérêts me conduirait à coup sûr à une radiation et une interdiction de pratiquer le métier d'ingénieur pour plusieurs années, sinon à vie. Et je ne suis qu'un simple ingénieur...

La France - ça ne date pas du 6 mai 2007 - continue de fermer les yeux sur de telles situations, quand bien même elles surviennent au sommet de l'État. Pourquoi?


Aurélien
Lire la suite...

Fil infos