mercredi 23 juillet 2008

Crise socialiste, crise nationale?

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Jack Lang dézingué. Sa participation au projet de réforme des institutions et son vote contraire à la consigne du parti l'exposent aux critiques les plus sévères de ses "camarades".

Même si je suis en désaccord avec Jack Lang sur la réforme des institutions, je comprends son vote et ne saurait lui reprocher d'avoir trahi qui que ce soit. La Constitution n'appartient pas à un camp et on peut aspirer à un régime plus présidentiel même en étant de gauche. Mais la réaction des socialistes n'est pas étonnante quand on jette un œil sur les statuts du PS, comme l'a fait Nick Carraway:

Art. 9.6 — Les membres du groupe socialiste au parlement acceptent les règles internes du Parti et se conforment à sa tactique. En toutes circonstances, ils doivent respecter la règle de l’unité de vote de leur groupe. En cas d’infraction à cette règle, le Conseil national peut faire jouer les dispositions prévues à l’article 11.12. Les membres de la délégation socialiste française au parlement européen sont soumis aux mêmes dispositions.

Étrange conception de la Démocratie que celle qui veut ainsi aligner les représentants du peuple.




Arnaud Montebourg rétrogradé. Pour avoir osé se présenter face à Jean-Marc Ayrault pour la tête du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, le député de Saône-et-Loire en perd la vice-présidence pour une "petite" vice-présidence thématique: la justice ; encore heureux, c'est son domaine.

Selon moi Arnaud Montebourg, qui ne m'a pas toujours convaincu, est le député de l'opposition qui a le mieux saisi les vrais enjeux et dangers de cette réforme des institutions. Il s'est comporté avec honnêteté lors des débats parlementaires. Il sait faire la différence, contrairement à de trop nombreux élus de tous bords, entre un mandat et un métier. Il est inquiétant de le voir sanctionné pour avoir osé présenter une alternative aux députés socialistes.


Quatre Mousquetaires désorientés. Ils ont voté contre mais s'en confessent aussitôt dans une tribune d'un des plus grands quotidiens nationaux. Manuel Valls, Gaëtan Gorce, Christophe Caresche et Jean-Marie Le Guen dénoncent l' "anti-Sarkozysme pavlovien" de leur parti.

De qui se moquent-ils? Je cite Manuel Valls lors d'une de ses interventions lors du débat sur la réforme des institutions à l'Assemblée Nationale, en deuxième lecture:

"Aujourd'hui hélas, le compte n'y est pas et une chance historique risque de tourner en un lamentable gâchis. Le Gouvernement et la majorité en porteront seuls la redoutable responsabilité. À l'occasion de la première lecture à l'Assemblée, vous auriez dû prendre, avec nous, des engagements suffisamment forts pour qu'ils puissent s'imposer au Sénat conservateur. Vous ne l’avez pas fait, c’est votre responsabilité."

La question se pose: pourquoi cette tribune dans Le Monde? Si ces quatre députés, M. Valls en tête, ont une quelconque cohérence, des convictions et des valeurs qu'ils les démontrent ou qu'ils se taisent.


Delanoë "inspiré". Alors que personne ne sait ni ce qu'il aurait voté au congrès de Versailles, ni ce qu'il pensait de la réforme (pour bon nombre d'élu la cohérence entre les deux n'est pas systématique...), le maire de Paris, se pose en rassembleur en vue du Congrès de Reims.

J'y vois une hypocrisie lamentable, un opportunisme flagrant et déplacé.

Voici donc en l'espace de deux jours les principaux remous du Parti Socialiste, principale force d'opposition du pays. Quand on y ajoute les luttes internes en vue du prochain rendez-vous rémois, les plaies toujours vives sur le projet européen, les tensions nées de l'ouverture gouvernementale ou encore les perturbations permanentes dues au phénomène Ségolène Royal, le tout dans un flou idéologique étourdissant, l'état des lieux est catastrophique.


La situation est si grave qu'elle en devient inquiétante non seulement pour ce parti lui-même en vue de batailles électorales futures, mais aussi et surtout pour la France dans sa vie politique présente. Si le PS a encore du temps pour préparer les prochaines échéances de 2009 et 2012, même si le compte à rebours est lancé, il est malgré tout aujourd'hui le premier parti de France en nombre d'élus locaux, il dirige une majorité écrasante de régions et la plupart des départements et grandes villes de France. Au pouvoir sans vision, sans orientation, sans projet.

La France se retrouve ainsi prisonnière entre, à l'échelle nationale, un pouvoir sarkoziste extrêment déterminé, progressant à un rythme effréné, presque violent, et à l'échelle locale un pouvoir socialiste tiraillé en interne, sans identité claire.

Alors une troisième voie? Même en étant engagé et optimiste, je ne peux que constater que le MoDem est encore bien trop jeune et lui-même bridé par ses propres incohérences pour prétendre représenter aujourd'hui une quelconque alternative.

Sans cette alternative, sans contre-pouvoir fonctionnel, comment le citoyen peut-il espérer s'y retrouver?


Aurélien

2 commentaires:

gueulante a dit…

Bonjour,

Bien belle note. L'état des lieux est criant de vérités.

Le citoyen dans ces circonstances particulières d'une France sans opposition réelle, va faire la différence grâce aux résultats ou pas de l'actuelle majorité.

Car, en allant à des vitesses aussi élevées qu'aujourd'hui il n'y a que deux réponses en fait. Cela passe ou cela casse...

Pour conclure envers les pseudos mousquetaires qui écrivent dans le monde, c'est lamentable pour eux. Le courage aurait été de faire comme LANG, assumer !

A plus et bravo.

JD

Aurélien a dit…

L'ennui c'est que l'opposition, au niveau national, est hors service depuis 2002. En 2007 avec un bilan médiocre il aura suffit à la majorité en place de présenter un candidat capable d'incarner une rupture pour se maintenir.
Si le PS ne se ressaisit pas, si le MoDem ne consolide pas, le même scénario pourra se reproduire en 2012 ou 2017 avec un Villepin, un Juppé, un Bertrand ou un Copé.

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