mercredi 2 juillet 2008

Deux dérives inacceptables...

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... mais tolérées. Plus que tolérées même, ignorées, comme on ignore une habitude.

Que fait le Conseil Constitutionnel?

Que fait l'opposition?

Que fait la presse?

Que font les citoyens?



1 - Séparation des pouvoirs:

Selon cet article du Monde sur les difficultés rencontrées par la majorité pour accorder ses groupes parlementaires des deux assemblées, François Fillon a été mis devant ses responsabilités par Nicolas Sarkozy. Si la réforme ne passe pas, il sera retiré de Matignon.

Si je ne m'offusque pas de voir le Présidant agir ainsi avec son Premier Ministre, je m'interroge en revanche beaucoup plus sur un passage particulier de l'article:
L'entourage du premier ministre, qui pendant la discussion en première lecture, avait été pour le moins discret, est donc monté en première ligne. Tout au long du week-end, le directeur du cabinet, Jean-Paul Faugère, a multiplié les contacts.C'est encore lui qui coordonne les discussions à Matignon, regroupant les ministres concernés, Rachida Dati et Roger Karoutchi, les présidents des deux assemblées, Bernard Accoyer et Christian Poncelet, les deux présidents des groupes UMP, Jean-François Copé et Henri de Raincourt, et les deux rapporteurs, Jean-Luc Warsmann et Jean-Jacques Hyest. La directrice du cabinet de l'Elysée, Emmanuelle Mignon, est également présente.
Peut-on encore parler, quand des membres du gouvernement s'entendent par avance avec des parlementaires sur un vote, de séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs?

Quel était le but de cette réunion: trouver le meilleur compromis dans l'intérêt général? Ne pas faire perdre la face au Président? Vue la quantité de sarkozistes, piéger François Fillon?


2 - Conflit d'intérêts:

Lors de la dernière émission d'On est pas couché, présentée par Laurent Ruquier, les chroniqueurs politiques Éric Zemmour et Éric Naulleau interrogent Jean-François Copé sur la suppression de la publicité sur France Télévision, précisant qu'au passage TF1 recevrait une manne financière estimée entre 200 et 300 millions d'euros.

C'est une chose de rappeler ce simple fait, c'en est une autre, dans un cas pareil, de passer sous silence la proximité entre Martin Bouygues, patron de TF1, et Nicolas Sarkozy. Le conflit d'intérêts est ici aussi énorme que flagrant, de l'ordre de l'impossible dans bon nombre d'autres démocraties occidentales. Au Québec, par exemple, en tant qu'ingénieur membre de l'Ordre des Ingénieurs de cette province, me laisser prendre, même sans aucune intention malhonnête, dans une telle situation de conflit d'intérêts me conduirait à coup sûr à une radiation et une interdiction de pratiquer le métier d'ingénieur pour plusieurs années, sinon à vie. Et je ne suis qu'un simple ingénieur...

La France - ça ne date pas du 6 mai 2007 - continue de fermer les yeux sur de telles situations, quand bien même elles surviennent au sommet de l'État. Pourquoi?


Aurélien
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lundi 30 juin 2008

Besancenot, le Le Pen de gauche?

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C'est une espèce de buzz depuis quelques jours. Plusieurs rédactions, comme Marianne ou Le Figaro, s'interrogent sur le potentiel nuisible d'Olivier Besancenot et de son Nouveau Parti Anticapitaliste pour le Parti Socialiste. Hier, c'est Jean-François Copé qui en remettait une couche.

Tout indique que la droite se réjouit de la popularité du porte-parole de la LCR, certains la suspecte même de l'exagérer, et que le PS, avec la mise en place d'une cellule de veille par Daniel Vaillant, la redoute. L'espoir des uns, la crainte des autres, c'est que Besancenot et son NPA vienne perturber le PS comme jadis le FN de Jean-Marie Le Pen brouillait les cartes du RPR.


Après avoir réussi à inverser les rôles en étiquetant la droite, devenue sarkoziste, comme progressiste et réformatrice et la gauche réactionnaire et conservatrice, les services de communication de l'Élysée sont-ils en train de faire monter l'extrême gauche comme Mitterrand avait fait surgir Le Pen? Il n'en faudrait pas moins pour achever le retournement de situation qui aura vu la droite se décomplexer avant d'inhiber l'opposition.

De même qu'avec Le Pen la droite voyait certains de ses thèmes favoris confisqués et se retrouvait sans crédibilité sur ceux de la gauche, les socialistes voient aujourd'hui d'un côté quelques unes de leurs valeurs les plus traditionnelles défendues par le mouvement d'Olivier Besancenot et de l'autre se retrouvent forcés, en pleine guerre des chefs, de se placer sur le libéralisme ou l'immigration, autant de sujets qui les ont souvent divisés.

L'émergence et la personnalité d'Olivier Besancenot peut-elle vraiment être comparée à celle de Jean-Marie Le Pen? Peut-il vraiment entraîner le PS dans une spirale des "machines à perdre" semblable à celle porteuse de défaites électorales pour la droite chiraquienne? Je ne le crois pas.

D'abord, force est de constater que le PS n'a pas attendu Olivier Besancenot pour perdre des élections, comme ce dernier l'a lui même très justement rappelé. Entre autres défaites des socialistes, celle cuisante des présidentielles de 2002 ne doit rien au facteur de Neuilly. Elle doit même plus à Le Pen, ce qui vérifie l'adage de l'arroseur arrosé, j'y reviens d'ailleurs plus loin.

Ensuite, contrairement à Le Pen qui haïssait Chirac au plus haut point, Olivier Besancenot ne se trompe pas dans la hiérarchie de ses ennemis et focalise son combat politique contre Sarkozy bien plus que contre le PS à qui, essentiellement, il reproche simplement un manque de courage et de cohérence. Le Pen était mille fois plus violent à l'encontre de Chirac. Il ne fait aucun doute que Besancenot fera systématiquement obstacle au candidat de droite au second tour d'une élection présidentielle, tandis que Le Pen n'avait annoncée aucune consigne de vote avant le face à face Chirac-Jospin de 1995. Le Pen combattait la gauche et la droite également, tandis que Besancenot combat la droite et aimerait que le PS affiche en ce sens autant de vigueur que lui, cette différence est essentielle.

Finalement, dans l'opinion publique, Olivier Besancenot est bien plus populaire que ne l'a jamais été Jean-Marie Le Pen. Il n'est barré par aucun média et a même été invité chez Drucker. Jamais le président du FN n'a été aussi bien accueilli. En d'autres termes, un éventuel rapprochement entre le PS et Besancenot ne serait en aucune manière aussi catastrophique que les alliances RPR-FN lors des élections régionales de 1998. Historiquement les Français ont une certaine indulgence pour l'extrême gauche qu'ils n'ont jamais accordée à l'extrême droite. C'est que l'idéal de la gauche révolutionnaire fondé sur la solidarité et le partage des richesses reste, malgré tous les exemples concrets indiquant l'inverse, moins effrayant que celui de l'extrême droite s'appuyant sur l'ignorance et la haine.

Pour ces raisons je pense que l'UMP sarkoziste commet une erreur stratégique importante en voulant faire d'Olivier Besancenot un Le Pen de gauche. C'est mettre sur le devant de la scène un de ses adversaires les plus farouches et surtout celui d'entre tous qui est le plus susceptible de reconquérir l'électorat populaire ouvrier perdu préalablement par le PS et le PC depuis le début des années 2000 au profit du FN puis de l'UMP. C'est prendre le risque, en voulant diminuer l'électorat du PS en particulier, de renforcer l'électorat de gauche en général; un électorat qui sait se rassembler lors de seconds tours d'élections présidentielles.

Je doute en effet fortement qu'en cas de second tour Sarkozy-Besancenot aux présidentielles de 2012, au bout d'un mandat qui s'annonce socialement dévastateur, nous aurions des milliers de jeunes manifestants défilant dans les rues de France pour défendre la République. Je ne crois pas plus que le PS appellerait d'une seule voix à voter Sarkozy comme ils ont appelé à voter Chirac en 2002. Ce serait alors la pire défaite imaginable pour une droite qui se retrouverait de nouveau complexée, bien plus qu'elle ne l'a jamais été.


Aurélien
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Je ne sais pas

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Ça fait deux jours que je cogite dans le but de publier une note au sujet d'une éventuelle légalisation de la "Gestation pour autrui". Deux jours que je retourne une tonne d'arguments pour et contre dans mon esprit et je dois me rendre à l'évidence: je ne sais pas. C'est assez frustrant, peut-être temporaire, mais peut-on honnêtement avoir un avis arrêté sur tous les sujets?

À défaut de savoir je redoute, dans le contexte actuel, qu'un tel débat dérape, divise clairement et massivement les "pro" et "anti" et fige ainsi les discussions et votes parlementaires dans la logique partisane habituelle, au détriment de toute justice pour les personnes directement concernées.



Pour illustrer cette crainte, les affrontements par presse interposée, plus ou moins convenus, type Boutin-Morano sont extrêmement préjudiciables aux personnes directement concernées, à la bonne information du citoyen lambda ainsi qu'à la qualité que mérite tout débat touchant de près ou de loin à l'enfance. Ces affrontements nuisent au débat démocratique et mériteraient d'être interdits, voire sanctionnés, lorsqu'ils portent sur des sujets à la limite de l'entendement humain. Heureusement, à l'inverse, la prudence dont fait preuve le rapport du Sénat (dont voici la synthèse) semble tout à fait juste, parfaitement mesurée et réfléchie.

J'en viens alors à me demander si pour de tels projets de loi il ne faudrait pas, par exemple sur décision du Conseil d'État, obliger les parlementaires et experts à un devoir de réserve afin que les médias ne publient que l'information officielle et complète, oubliant ainsi les petits phrases, les raccourcis et autres polémiques.

Pour ma part, je ne sais ni si je supporte l'idée, ni si c'est pertinent de légiférer autour de problèmes aussi spécifiques et intimes. J'ai lu et entendu bons nombres de partisans et opposants, je ne suis en accord avec personne. Ou plutôt le terrain d'entente reste à chaque fois trop étroit. Il demeure trop d'incertitude... Et puis j'ai cette persistante voix qui résonne dans ma tête: "Mais de toute façon ça ne te regarde pas".

Comme souvent lorsque plongé dans l'incertitude, je m'en remets aux sages, aux poètes et aux esprits libres. Je vous laisse entre de bonnes mains avec cet extrait de La faim du tigre, de René Barjavel:

C'est presque toujours avec surprise qu'une femme se rend compte qu'elle est enceinte. Et même quand la surprise est heureuse, ce qui est la minorité des cas, il lui faut un certain temps pour le croire et réaliser vraiment son état. Rapidement, elle accepte sa fonction nouvelle et s'en réjouit, mais l'événement lui est apparu d'abord comme invraisemblable et presque surnaturel. Alors que rien ne lui avait semblé plus naturel et allant de soi que de faire l'amour.

Quand l'homme et la femme qui se joignent gardent conscience que ce geste pourra donner naissance à un enfant, c'est en général parce qu'ils craignent cette conséquence et pensent aux précautions à prendre pour l'éviter. C'est pour rendre impossibles ces précautions que l'ignorance est de règle chez tous les êtres vivants. Le genre humain à ses débuts n'en savait sans doute pas plus long que les papillons ou les buffles, mais quand fut créé le langage, chaque génération put transmettre la somme de ses observations et de ses expériences à la génération suivante, qui y ajouta les siennes et les transmit à son tour.

Ainsi se créait, par-dessus les vies brèves des individus, une connaissance générale des faits qui s'accroissait avec le temps, pendant que se perdait peut-être une autre connaissance plus profonde à laquelle participe encore l'innocence de l'animal et de la plante. Ce qu'un homme ne pouvait pas saisir, une succession d'hommes le comprit, et - je n'arrive pas à croire à ces Australiens qui ne savent pas cela, alors qu'ils savent tant de choses... - tout homme d'aujourd'hui, même s'il a échoué à son certificat d'études, connaît quelles peuvent être les conséquences d'un moment de profonde intimité avec une personne du sexe opposé. L'humanité a joué ici contre l'espèce humaine et a donné à ses membres la possibilité de séparer la cause de l'effet et d'obéir ou non à la loi de l'espèce. C'est un don précieux: celui d'une liberté. Mais l'espèce utilise contre ce libre arbitre une arme toute-puissante, qui en général emporte le couple loin de toute conscience et de toute précaution: le plaisir de l'amour.


Aurélien
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samedi 28 juin 2008

Festival de Jazz de Montréal


Jeudi dernier démarrait la 29e édition du Festival de Jazz de Montréal. Au fil des années parsemées d'embûches et d'incertitudes sur son avenir, ce festival s'est imposé comme un rendez-vous majeur de tous les amateurs de jazz.



Cet événement d'une grande ouverture d'esprit et d'une accessibilité rare a offert des moments magiques avec les plus grands: Miles Davis, Oscar Peterson, Tony Bennett et autres monstres sacrés comme Ray Charles, Prince, Sting ou Paul Simon... C'est aussi une occasion unique de découvrir des artistes locaux.

Cette année par exemple, un groupe venu de Québec surprend la Belle Province. Il s'agit des Lost Fingers, qui avec leurs reprises de tubes des années 80 façon Django Reinhardt, jazz manouche, prennent d'assault les antennes radios et plamarès de vente québécois. Ils joueront sur une scène extérieure gratuite chaque jour de Festival de Jazz 2008.

Je vous en offre un extrait: leur reprise de "Part Time Lover", de Stevie Wonder:





Vous pouvez aussi visiter leur page Myspace où d'autres titres sont en ligne, leur site officiel est encore en construction.


Aurélien
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vendredi 27 juin 2008

L'impensable silence

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Je vous invite à prendre le temps de penser à ce qui suit:

Étrange O.V.N.I. de l'information que cette enquête de la rédaction de France 3 présentée dans le Soir 3 de Marie Drucker du Mercredi 25 juin. Voici le lien vers la vidéo de ce J.T.. Cliquez sur l'édition du 25 juin. Si vous faites défiler le chrono jusqu'à 1 minute, vous verrez l'annonce de cette enquête dans les titres, puis à 17 minutes le reportage détaillé.

Quel est le sujet? Il est brûlant, suffisamment pour déchaîner quelques passions: France 3 annonce avoir mis la main sur une circulaire de la Préfecture de Police de Paris ordonnant aux forces de l'ordre de procéder en priorité à des contrôles d'identité sur des ressortissants roumains, bosniaques et par extension des pays de l'Europe de l'Est. En plus des contrôles, il est ordonné de rentrer toutes les informations ainsi recueillies dans un fichier confidentiel. On voit successivement un policier témoigner anonymement sur le fait qu'il s'agit en fait d'une procédure habituelle sans aucun cadre légal, et Maître Henri Leclerc, Vice-Président de la Ligue des Droits de l'Homme, dénoncer une circulaire stupéfiante, qualifiant le tout de "bavure invraisemblable".

Je suis sorti de ce reportage plutôt indigné et forcément avec une immense envie d'en savoir plus. J'ai donc immédiatement sauté sur mon laptop, foncé sur Google news... et rien. Yahoo news, rien. Le site de la Ligue des Droits de l'Homme, rien. Le Figaro, le Monde, Marianne, Libération, l'Humanité... nothing, nada, rien. Le site de France 3 elle-même... RIEN!

Je me suis alors dit que l'information était peut-être trop fraîche (malgré les 6 heures de décalage horaire...) et que le lendemain l'information sera remontée en surface. Plus de 24 heures plus tard, rien.

Pourquoi?

L'enquête s'est elle rapidement révélée bidon? Dans ce cas pourquoi ne trouve-t-on aucun démenti, aucun erratum? Y a-t-il eu une consigne d'étouffement? Si oui, d'où venait-elle? Qui peut ainsi museler l'ensemble des rédactions? Est-ce seulement possible? Pour frapper si fort il faudrait que cette enquête dérange dans les plus hautes sphères de l'État...

Et si nous pensions un peu?


La Roumanie, comme la Bulgarie, est membre de l'Union Européenne depuis le 1er janvier 2007. Le 20 Mai 2008 un article du Monde, retrouvé ici, nous apprenait que le Conseil d'État annulait une circulaire, adressée en décembre 2006 par le Ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy, fixant les modalités d'admissions et d'expulsions de ressortissants roumains et bulgares. L'annulation est justifiée par le fait que les motifs d'expulsions ne peuvent être fixés par une simple circulaire, un cadre légal est nécessaire.

On comprendrait aisément, en pleine ratification du Traité de Lisbonne, le malaise qu'aurait pu causer cet article du Monde, par ailleurs resté sans écho. On imagine tout aussi facilement la gêne encore plus grande que pourrait représenter la circulaire révélée par l'enquête de France 3. En apparaissant après la décision du Conseil d'État, dans une ambiance européenne tendue et à la veille de la présidence de l'Union Européenne par la France, avec à sa tête l'homme à l'origine du malaise, à savoir Nicolas Sarkozy, celle-ci serait une véritable épine dans le pied de l'Élysée.

On imagine, toujours, toutes les rédactions de France, celle de France 3 la première, acceptant alors "spontanément", sans aucun coup de téléphone d'aucun conseillé de l'Élysée ni d'aucun Ministre de l'Immigration, de ne pas mettre de bâton dans les roues de cette présidence européenne, au nom de l'intérêt général et national.

On imagine tout cela car aujourd'hui, en France, il est impensable que l'exécutif en place ose contourner les décisions du Conseil d'État, plus haute juridiction administrative de France. Il est impensable qu'en pleine réforme des institutions, avec un parlement inquiet quant à la considération qu'on lui porte, l'exécutif préfère éviter, dans sa course aux plus belles statistiques, d'avoir à entamer un long processus législatif pour définir un cadre légal aux expulsions de ressortissants étrangers. Nos élus et journalistes ne laisseraient jamais passer sous silence de tels comportements de la part de nos plus hauts dirigeants, nous en sommes tous convaincus.

Ou pas.

Si vous avez d'autres hypothèses au sujet de cette enquête sans lendemain, je suis preneur. Si vous voulez relayer ce billet tant que la vidéo est disponible sur le site de France 3, vous êtes évidemment libres de le faire.


Aurélien
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jeudi 26 juin 2008

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive

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Voici un nouveau rendez-vous que je vous propose: Les Jeudis d'Edgar.

Pourquoi "Jeudi"? Parce que l'idée m'est venue aujourd'hui et que, c'est ma télé qui le dit, je suis impatient. Ce rendez-vous sera donc hebdomadaire.

Pourquoi "Edgar", parce qu'Edgar Morin est le sociologue et philosophe dont la plume m'a offert une version structurée, organisée, limpide de tout ce que je croyais savoir et ressentais intuitivement de l'Humanité, de notre Monde sans pouvoir l'expliquer, le déchiffrer ni l'ordonnancer moi-même. Vous présenter des extraits écrits ou vidéos de son œuvre revient donc un peu à vous révéler mon propre état d'esprit. J'ai simplement coupé le nom de famille pour ne pas froisser les nombreux membres de la "Modémosphère" qui passent régulièrement sur ce blog et souffrent une poussée d'urticaire à la seule vision du patronyme "Morin"...


Ce que propose Edgar (tout court, donc), notamment par sa Pensée Complexe, est une réforme de la pensée. En tant qu'adhérent au MoDem je pense qu'il serait plus qu'intéressant pour ce mouvement d'explorer les voies d'une telle réforme afin d'être capable de proposer plus qu'un simple nouveau parti, ses idées, ses hommes et ses femmes. Si le MoDem veut changer la vie politique il doit la redéfinir dans son ensemble pour en proposer un nouveau modèle, et non seulement se structurer pour survivre dans un système qu'il dit vouloir changer. C'est un peu comme un auteur de science-fiction qui doit définir la cosmogonie de son récit avant d'arrêter ses personnages et leurs aventures. En inventant un nouvel espace politique, de nouveaux rapports de forces et d'idées, le MoDem sera véritablement innovateur pour la France, l'Europe et le Monde, et d'autant plus facilement indépendant.



Je considère par ailleurs que de nombreux concepts chers à Edgar sont tout à fait en cohérence avec le principe rassembleur fondamental du MoDem. Rassembler, relier, comprendre, associer, partager, stimuler, apaiser, responsabiliser... En partageant avec vous la pensée d'Edgar j'espère, à ma modeste mesure, pouvoir faire progresser cette réforme de la pensée au sein du MoDem.

Voici donc le premier "épisode" des Jeudis d'Edgar, où l'auteur lie, comme je souhaite aussi le faire sur ce blog, la réforme de la pensée et l'action politique.

Je vous souhaite une bonne lecture.


LE PROBLEME D’UNE DEMOCRATIE COGNITIVE
(Extrait de : Edgar MORIN, ‘La Méthode, Tome 6, ETHIQUE’, page 171+)


« Nos sociétés sont confrontées au problème, né du développement de cette énorme machine où science et technique sont intimement associées dans ce qu’on appelle désormais la techno-science. Cette énorme machine ne produit pas que de la connaissance et de l’élucidation, elle produit aussi de l’ignorance et de l’aveuglement. Les développements disciplinaires des sciences n’ont pas apporté que les avantages de la division du travail, ils ont aussi apporté les inconvénients de la sur-spécialisation, du cloisonnement et du morcellement du savoir. Ce dernier est devenu de plus en plus ésotérique (accessible aux seuls spécialistes) et anonyme (concentré dans des banques de données), puis utilisé par des instances anonymes, au premier chef l’État. De même, la connaissance technique est réservée aux experts, dont la compétence dans un domaine clos s’accompagne d’une incompétence lorsque ce domaine est parasité par des influences extérieures ou modifié par un évènement nouveau.

Dans de telles conditions, le citoyen perd le droit à la connaissance. Il a le droit d’acquérir un savoir spécialisé en faisant les études ad hoc, mais il est dépossédé en tant que citoyen de tout point de vue englobant et pertinent. S’il est encore possible de discuter au Café du Commerce de la conduite du char de l’État, il n’est plus possible de comprendre ce qui déclenche le krach de Wall Street comme ce qui empêche ce krach de provoquer une crise économique majeure, et du reste les experts eux-mêmes sont profondément divisés sur le diagnostic et la politique économique à suivre.


S’il était possible de suivre la Seconde Guerre mondiale avec des petits drapeaux sur la carte, il n’est pas possible de concevoir les calculs et les simulations des ordinateurs qui effectuent les scénarios de la guerre mondiale future. L’arme atomique a totalement dépossédé le citoyen de la possibilité de la penser et de la contrôler. Son utilisation est livrée à la décision personnelle du seul chef de l’État, sans consultation d’aucune instance démocratique régulière. Plus la politique devient technique, plus la compétence démocratique régresse.

Le problème ne se pose pas seulement pour la crise ou la guerre. Il est de vie quotidienne. Tout esprit cultivé pouvait, jusqu’au XVIIIe siècle, réfléchir sur Dieu, le monde, la nature, la vie, la société, et informer ainsi l’interrogation philosophique qui est, contrairement à ce que croient les philosophes professionnels, un besoin de tout individu, du moins jusqu’à ce que les contraintes de la société adulte l’adultèrent. Aujourd’hui, on demande à chacun de croire que son ignorance est bonne, nécessaire, et
on lui livre tout au plus des émissions de télévision où les spécialistes éminents lui font quelques leçons distrayantes.

La dépossession du savoir, très mal compensée par la vulgarisation médiatique, pose le problème historique clé de la démocratie cognitive. La continuation du processus techno-scientifique actuel, processus du reste aveugle qui échappe à la conscience et à la volonté des scientifiques eux-mêmes, conduit à une régression forte de démocratie. Il n’y a pas pour cela de politique immédiate à mettre en oeuvre. Il y a la nécessité d’une prise de conscience politique de l’urgence à oeuvrer pour une démocratie cognitive.


Il est effectivement impossible de démocratiser un savoir cloisonné et ésotérisé par nature. Mais il est de plus en plus possible d’envisager une réforme de pensée qui permettrait d’affronter le formidable défi qui nous enferme dans l’alternative suivante: ou bien subir le bombardement d’innombrables informations qui nous arrivent en pluie quotidiennement par les journaux, radios, télévisions, ou bien nous confier à des systèmes de pensée qui ne retiennent des informations que ce qui les confirme ou leur est intelligible, rejetant comme erreur ou illusion tout ce qui les dément ou leur est incompréhensible. Ce problème se pose non seulement pour la connaissance du monde au jour le jour, mais aussi pour la connaissance de toutes choses sociales et pour la connaissance scientifique elle-même.


Une tradition de pensée bien enracinée dans notre culture, et qui forme les esprits dès l’école élémentaire, nous enseigne à connaître le monde par « idées claires et distinctes » ; elle nous enjoint de réduire le complexe au simple, c’est-à-dire de séparer ce qui est lié, d’unifier ce qui est multiple, d’éliminer tout ce qui apporte désordre ou contradiction dans notre entendement.


Or le problème crucial de notre temps est celui de la nécessité d’une pensée apte à relever le défi de la complexité du réel, c’est-à-dire de saisir les liaisons, interactions et implications mutuelles, les phénomènes multidimensionnels, les réalités qui sont à la fois solidaires et conflictuelles (comme la démocratie elle-même, qui est le système qui se nourrit d’antagonismes tout en les régulant).


Pascal avait déjà formulé l’impératif de pensée qu’il s’agit aujourd’hui d’introduire dans tout notre enseignement, à commencer par la maternelle: «Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties.»

De fait, toutes les sciences avancées, comme les sciences de la terre, l’écologie, la cosmologie, sont des sciences qui brisent avec le vieux dogme réductionniste d’explication par l’élémentaire: elles considèrent des systèmes complexes où les parties et le tout s’entre-produisent et s’entre-organisent, et, dans le cas de la cosmologie, une complexité qui est au-delà de tout système.


Plus encore: des principes d’intelligibilité se sont déjà formés, aptes à concevoir l’autonomie, la notion de sujet, voire la liberté, ce qui était impossible selon les paradigmes de la science classique. L’examen de la pertinence de nos principes traditionnels d’intelligibilité a en même temps commencé: la rationalité et la scientificité demandent à être redéfinies et complexifiées. Cela ne concerne pas que les intellectuels. Cela concerne notre civilisation: tout ce qui a été effectué au nom de la rationalisation et qui a conduit à l’aliénation au travail, aux cités-dortoirs, au métro-boulot-dodo, aux loisirs de série, aux pollutions industrielles, à la dégradation de la biosphère, à l’omnipotence des États-nations dotés d’armes d’anéantissement, tout cela est-il vraiment rationnel? N’est-il pas urgent de réinterroger une raison qui a produit en son sein son pire ennemi, qui est la rationalisation?


La nécessité d’une Réforme de pensée est d’autant plus importante à indiquer qu’aujourd’hui le problème de l’éducation et celui de la recherche sont réduits en termes quantitatifs: «davantage de crédits», « davantage d’enseignants », « davantage d’informatique », etc. On se masque par là la difficulté clé que révèle l’échec de toutes les réformes successives de l’enseignement: on ne peut pas réformer l’institution sans avoir au préalable réformé les esprits, mais on ne peut pas réformer les esprits si l’on n’a pas au préalable réformé les institutions. On retrouve le vieux problème posé par Marx dans la troisième thèse sur Feuerbach: qui éduquera les éducateurs?


Il n’y a pas de réponse proprement logique à cette contradiction, mais la vie est toujours capable d’apporter des solutions à des problèmes logiquement insolubles. Ici encore, on ne peut programmer ni même prévoir, mais on peut voir et promouvoir. L’idée même de la Réforme rassemblera des esprits dispersés, réanimera des esprits résignés, suscitera des propositions. Enfin, de même qu’il y a des bonnes volontés latentes pour la solidarité, il y a une vocation missionnaire latente dans le corps enseignant; beaucoup aspirent à trouver l’équivalent actuel de la vocation missionnaire de la laïcité aux débuts de la Troisième République. Certes, nous ne devons plus opposer des Lumières apparemment rationnelles à un obscurantisme jugé fondamentalement religieux. Nous devons nous opposer à l’intelligence aveugle qui a pris presque partout les commandes, et nous devons réapprendre à penser: tâche de salut public qui commence par soi-même.


Certes, il faudra bien du temps, des débats, des combats, des efforts pour que prenne figure la révolution de pensée qui s’amorce ici et là dans le désordre. On pourrait donc croire qu’il n’y a aucune relation entre ce problème et la politique d’un gouvernement. Mais le défi de la complexité du monde contemporain est un problème clé de la pensée, de l’éthique et de l’action politique. »

Ce texte constitue également la seconde partie de l'éditorial de l'InterLettre Chemin Faisant de l'Association pour la Pensée Complexe. La première partie de cet éditorial est un extrait de la préface, signée Nicolas Hulot, du livre (également disponible en documentaire) "Le Monde selon Monsanto: de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien", de Marie-Monique Robin.


Aurélien
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Sarko-réalité

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Lors de son discours présentant son analyse du rapport de la Commission Copé sur la réforme du service public audiovisuel et annonçant ses décisions sur la mise en oeuvre de la suppression de la publicité sur France Télévision, Nicolas Sarkozy aura prononcé deux phrases inacceptables à ce niveau de l'État.


1 - La preuve qu'il ne connaît pas ce qu'il réforme:

« Il n’y a aucune raison que le président de France Télévisions soit nommé différemment que celui de la S.N.C.F., d’E.D.F. ou de la R.A.T.P..»

Évidemment qu'il y a des raisons. Deux me viennent immédiatement à l'esprit:

Premièrement, à l'heure où la question de l'indépendance des médias est posée chaque jour avec plus de légitimité, c'est un signe contraire aux aspirations des citoyens que d'annoncer que le président de France Télévisions devra son poste au pouvoir en place, à l'exécutif comme à la majorité parlementaire. Cette dernière étant chargée de valider son budget d'année en année (quand produire une fiction peut prendre deux ou trois ans...), il est certain que le futur chef de la télévision publique n'aura plus aucun droit à l'"erreur".



Deuxièmement, les autres entreprises citées par le Président de la République ne subissent pas de plein fouet la concurrence du secteur privé comme c'est le cas de France Télévisions, d'autant plus depuis l'arrivée de la T.N.T.. Quand on connaît les liens existants d'une chaîne comme T.F.1. avec le pouvoir actuel, la dépendance vis à vis du pouvoir des chaînes publiques serait la mort annoncée de toute liberté de fond et de forme à la télévision. Déjà qu'aujourd'hui ce n'est pas brillant...

De cette indépendance et de cette liberté dépend notre droit à une information de qualité nous permettant de tenir notre rôle de citoyen de manière juste et responsable.


2 - La preuve qu'il nous prend pour des moutons:

"Si on attend septembre 2009, c'est encore un an où le téléspectateur aura entendu dire qu'il allait se passer des choses et que ça allait changer et où il ne se passera rien"

Des moutons impatients. Selon Nicolas Sarkozy le téléspectateur est incapable d'intégrer une information aussi basique qu'une simple date. Si on lui annonce une réforme pour le mois de septembre, il ne comprendra pas pourquoi rien n'aura changé dès le mois de janvier. Vous êtes impatients, souvenez-vous. Visiblement Bouygues et Bolloré aussi. À moins qu'il faille y voir la trouille de futurs couacs, comme un aveu d'incompétence en matière de communication, pour l'ensemble du gouvernement, avec ou sans Kaiser Saussez...

Je ne reviendrai pas sur l'absurdité du financement proposé ni sur l'absence totale de vision pour la radio, l'outre mer ou la francophonie. Tout ceci ressemble trop à de l'improvisation - puisque les solutions sont les mêmes qu'il y a 6 mois, à quoi a servi la Commission Copé? - et quand on improvise sur de telles réformes, qui ne relèvent d'aucune urgence, qu'en est-il des enjeux majeurs et des attentes pesant sur le quotidien des Français?


Aurélien
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