mercredi 24 novembre 2010

Affaire Karachi: Questions à Jean-Louis Debré

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Nous sommes le 11 Octobre 1995. Le Conseil Constitutionnel, autorité suprême des nos institutions, imposant ses décisions à toutes les autorités administratives et juridictionnelles, rend son avis sur la régularité des comptes de campagne présidentielle d'Édouard Balladur, battu dès le premier tour de l'élection reine de cette même année.

La décision officielle est claire: avis favorable. L'État devra rembourser plus de 30 millions de francs (environ 4,5 millions d'euros) au candidat selon les règles en vigueur. Circulez citoyens, ayez confiaaaaaaaaanssszzze, tout est conforme. Officiellement.


Quinze ans plus tard pourtant, presque jour pour jour, le journal Libération fait état des délibérations tenues en amont de cette décision du 11 Octobre 1995, révélant que les experts financiers en charge de l'examen du compte en proposaient le rejet pur et simple. Le motif principal: un dépôt en espèces non justifié de 10 Millions de francs quand toute recette ou dépense doit être justifiée ; le code électoral le dicte ici. Selon Libération, cette découverte, par la Brigade Centrale de Lutte contre la corruption (BCLC), a eu lieu au printemps dernier dans les archives du Conseil Constitutionnel pourtant soumises au secret pendant vingt-cinq ans.


C'est ce même délai (motivé dans cette décision, spécifié dans cet article du Code du Patrimoine, cité par cette Ordonnance, elle même citée par cette loi organique requise par cette constitution en son article 63... Nul n'est censé ignorer la loi, pas vrai?) que Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel, utilisa comme argument pour refuser au juge d'instruction Renaud Van Ruymbecke l'accès aux mêmes archives. Ce dernier, en charge de l'enquête sur le volet financier de l'affaire Karachi, espérait y trouver la justification de l'écart entre les recommandations des experts financiers et la décision officiel du Conseil Constitutionnel. Mais quand Jean-Louis Debré dit "non", ne laissant comme seul recours un Premier Ministre plein de pudeur, c'est non.


Une question mériterait cependant de lui être posée:

Comment la BCLC a-t-elle eu accès à des archives du Conseil Constitutionnel pourtant soumises au secret jusqu'en 2020?


Questions subsidiaires:

Si la BCLC a pu bénéficier de cet accès en toute légalité, ce qui semble très probable, pourquoi refuser au juge Van Ruymbeke aujourd'hui ce qu'on a autorisé à la BCLC hier?

Le contenu des archives en question aurait-il soudainement changé de nature? De portée?

Pourquoi craindre à ce point la transparence au sujet d'un simple compte de campagne électorale?

N'avez-vous pas confiance à la justice de notre pays?

Question finale:

Quelle confiance le citoyen peut-il accorder aux hommes et femmes politiques élus ou nommés à son service lorsque la plus haute autorité de l'État génère, contre elle-même et de son propre fait, autant de suspicion?



Aurélien

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mardi 16 novembre 2010

Il n'y a plus de politique à la télé

Petit récit de ce que j'ai pu voir hier soir, sur France 2:

D'abord, le Président de la République a parlé aux journalistes pour s'expliquer d'un remaniement qui les obsède depuis des mois. Ils ont pu l'interroger sur les raisons de l'attente et des choix. Pourquoi untel est sorti et l'autre rentré, où en sont les égos de chacun, des frictions sont elles évitées ou à craindre, l'ouverture est-elle morte, sa popularité l'inquiète-t-elle, sera-t-il candidat, etc... Quel ne fut pas leur soulagement à la lueur de cet éclairage élyséen aussi imprévisible que le dernier métro...

Puis, le Président remercié, les journalistes ont posé les mêmes questions, plusieurs fois mais sous de multiples formes, aux opposants comme aux membres du gouvernement et de la majorité. Ceux-ci n'ont pas loupé l'occasion de briller dans deux épreuves qu'ils maîtrisent tous à la perfection : la langue de bois quand on parle de l'élite politique que l'on représente et qui travaille si dur pour l'intérêt général dans un impeccable esprit de justice et de modernité ; le mépris décomplexé lorsque l'on évoque les ringards imposteurs d'en face qui ne comprennent rien à rien et n'ont pour seul objectif que la liquidation de la France.

Enfin, les journalistes ont pu tranquillement, entre eux, débattre des stratégies de leurs hérauts favoris pour optimiser leurs chances de victoire aux élections présidentielles de 2012. Qui devront-ils rassurer dans leur propre camp, les Xistes ou les Yiens? Quelle image devront-ils renvoyer aux français? Quelle petite phrase leur sera fatale? etc...

Les journalistes continueront ce débat, sous prétexte de remaniement, pendant une bonne semaine. Puis l'agenda élyséen fera défiler un autre sujet sur les prompteurs... et le prétexte changera, le même débat pourra continuer.

La politique a disparu de nos écrans. Malgré quelques émissions qui en portent officiellement l'étiquette, elle s'y est faite bouffée de l'intérieur par ce parasite qui a déjà ravagé nos institutions: l'électoralisme. Toute discussion politique à la télévision française, aujourd'hui, ne tourne plus qu'autour des chances d'élection ou ré-élection de Pierre, Paul ou Jacques et de leurs stratégies respectives en ce sens. Si Sarkozy ne doit pas céder sur l'âge de départ à la retraite, ce n'est pas pour une question de financement, c'est pour montrer qu'il ne cède pas à la pression de la rue. Si Aubry s'y oppose, ce n'est pas pour une question de qualité de vie des salariés après le travail mais pour rassurer l'aile gauche de son parti. Voilà ce qu'on nous expose sur nos petits écrans à longueur d'émissions comme '"A vous de juger".

Et la forme qu'on y met n'est pas anodine. Il faut, dans la confrontation, la radicalisation, la certitude, ne plus parler que de stratégies élaborées, de rivalités fabriquées, d'humiliation et de mort pour les uns, de béatification et de résurrection pour les autres. Surtout que ça balance, que ça saigne, qu'on entretienne les rumeurs et la désinformation, que l'on spécule sur les éventuels coups-bas et autres ralliements en trompe-l'œil. Tant pis, on est pas là pour expliquer et encore moins mesurer des idées mais pour mettre en scène des personnages, pour faire naître et vivre un concept télévisuel qui réalise les meilleures audiences possibles avec la politique pour toile de fond.

C'est de la télé-réalité, au fond. Tout au fond. Cette semaine, Nico a profité de son immunité pour éliminer Jean-Louis et sauver François, en attendant le vote du public dans dix-huit mois pour savoir qui de Nico, Ségo, Marine, François, Jean-Luc, Eva ou Olivier remportera la Prèz Academy 2012.

Ont-ils seulement du talent, ces candidats? Ont-ils quoi que ce soit à proposer d'original et qui tienne la route face à l'ampleur, la complexité et l'urgence des missions qui attendront le vainqueur? Malheureusement aucune émission ne nous le dira, pas plus la quotidienne que le prime. Impossible, même sur le service public. Quand en face il y a les Experts-Miami, du foot, ou un best-of de nos imitateurs favoris, il serait suicidaire de vouloir solliciter l'intelligence des téléspectateurs.

La vérité politique est ailleurs ; démerde toi, citoyen.

EDIT: >Si vous ne croyez pas à la mise en scène...

Aurélien
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jeudi 1 avril 2010

Les Jeudis d'Edgar - 24 - Travailler les idées qui me travaillent

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Pas un retour ; une simple respiration. Si ce qui suit raisonne en vous autant qu'en moi, vous aurez un peu mieux compris l'apnée de ce blog...



Votre formule " je travaille les idées qui me travaillent " justifie qu'on commence cet entretien par les ressorts intimes de votre pensée ou la «dialogique», pour utiliser un de vos outils conceptuels, qui existe entre les événements marquants de votre vie et votre pensée.

Je suis de ceux qui ne peuvent pas dissocier leur vie de leurs idées, je dirais même de leur oeuvre. L'expérience de ma vie s'est répercutée sur mes idées. J'essaie de vivre en conformité avec ces idées, plus ou moins bien, plus ou moins mal car j'ai des carences et des défauts. Si vous voulez que j'aille plus avant, je dirais que je tente souvent de m'analyser, de me connaître, je crois que j'agis en fonction de ma vocation intérieure mais aussi d'un principe capital : on ne peut pas faire comme si on était le centre du monde, le souverain de l'univers, le propriétaire de la vérité.

Il faut toujours penser qu'il y a une relation entre le "nous" connaissant et notre connaissance, entre le "nous" observant et notre observation, entre le "nous" conceptuel et notre conception. Cela est aujourd'hui démontré au plan anthropologique. Que fait notre cerveau avec ses terminaux sensoriels ? Il traduit, il reconstruit sa perception du monde extérieur. Une idée est aussi une façon de traduire le monde. On se rend compte à chaque époque de l'histoire que les gens ont cru être propriétaires de la vérité absolue, objective et qu'ils se sont trompés. J'aime beaucoup citer cette phrase de Marx : "Les hommes ne savent pas ce qu'ils font et ne savent pas ce qu'ils sont".

La nécessité de me connaître et de me connaître connaissant est quelque chose d'impérieux, qui revient souvent dans mes livres. Quand j'ai voulu savoir ce qui m'anime (j'ai détecté cela avec le temps) je me suis aperçu que j'étais animé par une double dialogique ; vous savez ce que j'appelle la dialogique, ce sont deux idées apparemment antagonistes, mais en même temps complémentaires. Ma double dialogique s'articule autour de deux entités : « foi-doute » et « rationalité-mysticisme ». Si j'essaie d'en connaître la source, je trouve un accident personnel, la mort de ma mère quand j'avais dix ans. Elle m'a d'autant plus ébranlé que j'étais un enfant unique, avec tout ce que cela implique. Elle m'a donné une sorte de scepticisme irrémédiable sur toutes choses. En même temps, la perte de quelqu'un qui représentait pour moi l'amour et la communion m'a amené à rechercher une communion, une foi que je n'ai jamais trouvées dans les religions officielles.

Mais si je prends le mot religion au sens plus large de fraternité dans le monde, c'est ce que j'ai trouvé dans l'idée socialiste et communiste formée au dix-neuvième siècle ; c'était une religion de la fraternité et de l'espérance.J'ai une tendance critique, bien que j'ai pu en pleine guerre entrer dans le communisme stalinien. Mais vous savez que c'était une époque de luttes dantesques et je me disais : une fois dépassé le communisme de gel, le socialisme s'épanouira. Très peu de temps après, l'esprit critique m'a montré que mes espérances ne se réaliseraient pas. D'autre part, je crois beaucoup à la rationalité ; je dis rationalité et non pas Raison avec une majuscule. La Raison, pour moi, c'est croire qu'on peut tout comprendre uniquement à partir d'une théorie purement logique, tout pouvoir expliquer. Je crois par contre que la rationalité est ouverte : elle veut dire qu'il faut savoir manier l'induction, la déduction, la logique mais surtout l'argumentation.


Qu'est ce qu'être rationnel ?

C'est voir si les faits sont en accord avec votre théorie. S'ils ne le sont pas, ce ne sont pas les faits qui ont tort mais votre théorie qu'il faut corriger. Pour moi, c'est ça la rationalité et en même temps, elle demeure ouverte car il y a des phénomènes inexpliqués. Je pense qu'il y a dans l'univers un résidu inexplicable, une part de mystère…Mes pulsions ont fait que j'ai reconnu de plus en plus dans Pascal un auteur-clé qui, dans le fond, exprimait mon être, ma pensée. Ça pouvait sembler paradoxal parce que Pascal, quand on l'apprend dans les livres, c'est qui ? C'est l'homme (un grand croyant) qui a voulu prouver que la religion chrétienne était la vraie religion ; mais ce n'est, à mon avis, qu'un aspect de Pascal.

Quand on lit tout ce qu'il a écrit dans Les Pensées, on voit qu'il était animé aussi par le scepticisme ; c'est lui qui a écrit "Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà". Il s'est rendu compte que les vérités étaient relatives. Il a lu Montaigne qui était un grand sceptique et dans son Discours sur la condition des grands, c'est-à-dire les rois, les grands seigneurs, les aristocrates, il déclare que s'ils sont grands, c'est par le hasard de la naissance. Certes, ensuite, il ajoute : "Oui, évidemment ils ne sont pas meilleurs que les autres, mais s'il faut un minimum d'ordre social, laissons-les gouverner".

Cet esprit très rationnel connaît les limites de la raison et c'est avec la raison qu'il connaît les limites de la raison. Il croit, mais il sait très bien qu'on ne peut pas prouver rationnellement l'existence de Dieu. Alors il dit : "Il faut parier". C'est une idée tout à fait moderne. Enfin, Pascal est un mystique, qui a eu sa nuit extraordinaire de révélation, d'extase. Je reprends le pari de Pascal sur mes idées fraternitaires : on peut peut-être civiliser la terre et être moins inhumains les uns à l'égard des autres. Je continue à croire qu'il faut l'esprit critique et le scepticisme plus que jamais, parce que nous vivons à une époque où tout ce qui aide à connaître objectivement la réalité peut être truqué. On avait déjà vu des photos truquées par les spirites pour faire apparaître des ectoplasmes, on avait vu les photos où Staline ou Mao effaçaient les personnages condamnés, mais aujourd'hui, avec les images virtuelles, vous pouvez fabriquer n'importe quelle contrefaçon de la réalité historique. Nous avons donc besoin plus que jamais de notre rationalité critique.

Il y a la question mystique : quand vous éprouvez une sensation d'émerveillement devant une oeuvre musicale, une fête, une communion d'amis, dans l'amour, bien entendu, ce sont pour moi des choses mystiques, vous vivez une poésie de l'existence qui transcende les conditions prosaïques. C'est un peu parce que je crois que je suis animé par ces dialogiques que je suis ce que je suis, que j'en suis arrivé à formuler l'idée que la pensée doit être complexe.


Pourquoi ?

Parce que, justement avec cette forme d'esprit, je suis très sensible aux arguments contraires. Quand Pascal a écrit que le contraire de la vérité, ce n'est pas une erreur, c'est une vérité contraire, j'ai compris ça parce que j'avais en moi toutes ces contradictions qui me travaillent. Je suis sensible aussi aux réalités multidimensionnelles.

Je ne sais pas si ça tient à cette forme d'esprit ou au fait que je ne me suis pas laissé domestiquer par l'école ni par l'université. Quand je suis entré à l'université, j'étais un adolescent, je voulais connaître l'homme et la société ; je me suis rendu compte qu'il fallait que je fasse des études d'histoire et même des études de droit, parce qu'à l'époque, l'économie, qui me paraissait une science très importante, était enseignée en faculté de droit ; il fallait que je m'inscrive en sciences politiques et en philosophie et, à l'intérieur de la philosophie, en sociologie. J'ai commencé à être étudiant non pas pour me spécialiser dans une carrière mais pour connaître un peu les réalités humaines. Du reste, j'étais sous l'influence de Marx, en qui je voyais un penseur de la totalité humaine. Quand j'ai commencé à faire des recherches sur des phénomènes sociaux, je me suis dit que je ne pouvais pas découper l'économique, le psychologique, le religieux, l'historique, que tout ceci est interrelationnel et multidimensionnel.

C'est cela que j'ai commencé à comprendre, sans employer encore le mot de complexité, qui m'est venu sur le tard. J'ai vu que ce qui m'intéressait, c'était de dévoiler les liens entre les choses et, dans le fond, je crois que cette forme d'esprit que j'ai entretenue, les curiosités que je n'ai pas abandonnées font que je suis chercheur non seulement professionnellement, mais existentiellement.


Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien
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vendredi 10 avril 2009

Faut-il connaître un sujet pour en parler?

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Le Président de la République a multiplié, depuis le début de l'année, les déplacements en province en s'entourant de dispositifs de sécurité toujours plus imposants. Cette stratégie lui donnant une image à la fois peureuse et coupée du peuple, l'Élysée tente de corriger le tir ; l'équation à résoudre: réduire le dispositif de sécurité, rapprocher les français du Président, ne pas le faire chahuter. Pas facile...


Mais Nicolas Sarkozy à trouvé la parade: la visite surprise. Et c'est sans prévenir les grands médias ni l'inscrire à son agenda que Nicolas Sarkozy a rendu une visite "surprise", en compagnie du Ministre de l'Éducation Nationale Xavier Darcos, au Lycée Samuel de Champlain de Chennevières-sur-Marne. Tout s'est très bien passé, personne ne s'est fait chahuté... Alors quoi? Les français, notamment les lycéens, ne seraient donc pas si hostiles au Président ni à son Ministre? Non. Croire cela serait oublier que pour l'Élysée, bien souvent, la communication suffit. On annonce que le dispositif de sécurité sera réduit, inutile de le réduire vraiment. En effet, le quartier du lycée était totalement bouclé. Et pour minimiser encore les risques, la visite a eu lieu le mercredi après-midi, c'est à dire dans un lycée vidé de l'immense majorité de ses élèves. Ne baissons pas trop la garde tout de même...

En ce qui concerne le débat auquel a participé Nicolas Sarkozy, plusieurs extraits ont été mis en ligne rapportant quelques propos du Président. Si quelques unes de ses interventions me semblent intéressantes, notamment sur la responsabilisation des lycéens (encore faut-il voir comment concrétiser cette bonne intention...), il en est une qui m'inquiète et m'amuse en même temps. La voici:



Faut-il faire un Bac S pour faire médecine? Pour répondre à cette question il est sans doute bon de rappeler en premier lieu que la médecine est une science, et que le S du Bac S signifie justement, sans doute par un hasard absolu, "scientifique". Par ailleurs les lycéens scientifiques doivent choisir une spécialité lorsqu'ils atteignent la Terminale, année du Bac. Le choix se fait entre les maths, la physique-chimie et les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre). Cette dernière spécialisation, héritière de l'ancien Bac D, est la voie la plus naturelle vers des études de médecine puisqu'elle met l'accent sur la biologie. Pour ceux qui auront pris cette option, c'est logiquement cette spécialité qui aura le plus gros coefficient au Bac. Les mathématiques ne sont donc ni le seul critère de sélection des étudiants en médecine, ni même le plus important.

Donc pour répondre au Président: Oui, il faut faire S pour faire médecine. Et même S-SVT. C'est en tout cas fortement conseillé, comparativement à la filière économique ou littéraire. Les qualités intuitives que met en avant Nicolas Sarkozy dans son intervention devraient pourtant le mener à la même conclusion. D'ailleurs, on pourrait s'interroger sur les capacités logiques et intuitives d'un lycéen qui choisirait de faire un Bac littéraire dans le but de devenir, par exemple, pédiatre ou chirurgien. Tout le monde n'a pas la chance de jouir d'une polyvalence élyséenne...

Bien sûr, il n'est pas interdit de trouver sa véritable vocation pendant ou même après l'année du Bac, et de changer de voie. Cependant pourquoi ne pas simplement en accepter les conséquences et repartir un ou deux ans en arrière afin de parcourir le bon chemin dans son intégralité et mettre ainsi toutes les chances de son côté? La compétence passe qu'on le veuille ou non par des connaissances solides et une maîtrise des outils de base spécifiques au champ d'étude. Passer directement d'un Bac littéraire à une première année de médecine c'est d'abord, au moins en partie, gâcher sa formation littéraire et surtout partir avec un très lourd handicap par rapport aux autres étudiants qui eux auront suivi la voie scientifique. Quand on sait l'ampleur de l'écrémage qui a lieu lors des premières années de médecine, mieux vaut arriver bien armé pour relever le défi.

Plutôt que de mettre en danger d'échec les étudiants en ajoutant de la confusion et de l'improvisation à la résignation - très peu de lycéens et d'étudiants choisissent une voie par vocation réelle -, je pense que le gouvernement serait mieux avisé de réformer le système éducatif afin de faire émerger les vocations et de les aider à se réaliser. Il s'agirait de mettre fin à la compartimentation des savoirs, à la spécialisation bornée et aveugle aux autres disciplines, d'équilibrer les qualités requises, de les élargir aux qualités humaines, au savoir être. On touche là à la réforme de l'Éducation et de la Pensée Complexe proposée par Edgar Morin.

Ironiquement, sans vraiment le vouloir ni le comprendre, je pense que c'est, indirectement et malgré lui, ce pour quoi plaide Nicolas Sarkozy dans cette intervention. Comme quoi - pas que ce soit une surprise - il est possible de parler d'un sujet sans le connaître... Il est, en revanche, indispensable de le comprendre pour agir dessus efficacement.


Aurélien
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mercredi 8 avril 2009

La honte de ce pays

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Lors de sa campagne présidentielle, et peut-être même avant, Nicolas Sarkozy menait la charge de la droite dite décomplexée. De fait, depuis l'arrivée du Président actuel à son précédent poste au Ministère de l'Intérieur, nous avons en France une droite qui s'assume, qui n'a plus peur de défendre les plus riches, de s'attaquer aux acquis sociaux, de parler d'immigration ou d'identité nationale, le tout en n'hésitant pas à s'approprier les références et valeurs de ses adversaires. Force est de constater qu'électoralement parlant, ça fonctionne plutôt bien pour elle.

Sauf que celui qui aura décomplexé son camp semble aujourd'hui subir un méchant retour de bâton et n'assume plus grand chose, au point de se ridiculiser et de craindre plus que jamais la réalité. Pour illustrer ceci, je vous propose d'observer les faits lors de l'arrivée du couple présidentiel américain à Strasbourg pour le récent sommet de l'OTAN.


Cette photo a fait le tour des médias, vous avez sans doute déjà vu que le Président de la République se tient là sur la pointe des pieds. Veut-il se grandir par rapport à Obama ou Carla? Peu importe... Ce qui est à noter c'est qu'en ce moment historique, puisqu'il s'agit de la première visite du nouveau Président américain en France, qui plus est pour un sommet de l'OTAN marqué par le retour tout aussi historique de la France dans ses structures militaires, Nicolas Sarkozy n'a en tête que son image et son complexe d'infériorité.

Il en est obsédé au point d'oublier les dizaines de photographes sur place, les rédactions, blogueurs et commentateurs qui ne manqueront pas de le moquer. Lui, la bête de communication, dans un moment d'émotion certainement intense, perd ses moyens, le sens des réalités et oublie sa fonction pour ne penser qu'à sa petite - sans jeu de mot - personne.

S'il évitait ce genre de puérilités - car ce n'est pas la première fois et c'est même quasi-systématique lorsqu'il est à côté de Carla Bruni - ceux qui se moqueraient de sa petite taille seraient les imbéciles. Par ce comportement c'est lui-même qui ouvre le feu nourri des quolibets. En cédant ainsi à son complexe il affiche non seulement ses craintes mais aussi sa perception des observateurs parmi lesquels, non des moindres, le peuple français qui, consciemment ou non, ne peut voir là que quelqu'un qui au fond n'a que sa propre image à l'esprit. Une image qu'il n'aime pas.

Tout ceci ne serait après tout pas si grave si ce n'était que sa propre réalité physique que Nicolas Sarkozy fuyait. Mais le complexe va bien au-delà car c'est aussi du peuple qu'il représente - nous - qu'il a honte:



Ce n'est pas la première fois que de telles mises en scène sont réalisées pour ne pas offusquer Nicolas Sarkozy. On se souvient du dernier salon de l'agriculture ou plus récemment du discours de Saint-Quentin, sans oublier les centaines de forces de l'ordre déployées lors de chacun de ses déplacements pour surtout ne pas croiser de français autres que ses fanatiques. Tous ces précédents sont déjà inacceptables en eux-mêmes dans une démocratie, mais là il s'agit de la visite d'un chef d'état étranger, et pas n'importe lequel. Dans cette mise en scène, c'est aussi Barack Obama qui est pris pour une truffe, car je doute fort qu'il ait été mis au courant que les mains serrées ce jour là étaient exclusivement celles d'adhérents UMP et non représentatives du peuple de France.

Évidemment, le Président américain jouissant d'une popularité immense dans son pays et bien au-delà, son homologue français n'aurait pu souffrir quelques huées à son encontre révélant sa propre impopularité. Il lui aurait alors fallu honteusement expliquer à son invité que les français sont des bœufs indignes sans savoir vivre. Non... autant les tenir à l'écart et ne présenter au premier Président américain issu des minorités et représentatif de la diversité de son pays que des gentils petits adhérents de l'UMP, tous plus blancs les uns que les autres, pour représenter la France, pays uniforme s'il en est comme chacun sait...

De ce dont je me souviens de ses deux prédecesseurs, même au plus bas dans les sondages, et même bien plus bas que Nicolas Sarkozy actuellement en ce qui concerne Chirac, ils allaient encore serrer les mains de tous les français. À moins que les sondages actuels ne mentent dans les grandes largeurs sur la popularité de l'exécutif... Pour l'anecdote, Chirac, toujours lui, se faisant interpeller "Connard!" répondait dans un large sourire "Enchanté, moi c'est Chirac". Une hauteur de vue et d'esprit dont le Président actuel - "Casse-toi, pauv'con" - est incapable, même sur la pointe des pieds.

Non seulement Nicolas Sarkozy a peur des français, il en a honte comme il a honte de lui-même. Nous sommes son complexe, la réalité qui le blesse.

Et il nous le rend bien...


Aurélien
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mardi 7 avril 2009

Le degré zéro de la politique...

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Et même en deçà. Le comble du mépris, de l'arrogance aussi ; les tontons flingueurs... en beaucoup moins drôle. 5 minutes de mensonges, de mépris et de mauvaise foi absolue:


No comment.


Aurélien
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jeudi 2 avril 2009

Les Jeudis d'Edgar - 23 - Complexité, Enseignement, Humanisme

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Ce long billet tente de tisser des liens non seulement entre la Pensée Complexe et le projet politique et sociétal du Mouvement Démocrate, mais aussi entre Éducation et Humanisme, deux thèmes majeurs au MoDem.


Les disciplines devraient par ailleurs être inscrites dans des "objets" à la fois naturels et culturels, comme le monde, la Terre, la vie, l'humanité. Ils sont naturels car ils sont perçus par chacun dans leur globalité, et nous semblent évidents. Or ces objets naturels ont disparu de l'enseignement ; ils sont actuellement morcelés et dissous par les disciplines non seulement physiques et chimiques, mais aussi biologiques (puisque les disciplines biologiques traitent de molécules, de gènes, de comportements, etc., et rejettent comme inutile la notion même de vie) ; de même, les sciences humaines ont morcelé et occulté l'humain en tant que tel, et les théoriciens du structuralisme ont même pensé présomptueusement qu'il fallait dissoudre la notion d'homme. [Edgar Morin - Relier les connaissances]

Parce que la réalité n'est pas disciplinaire, c'est notre esprit qui la morcelle ainsi, Edgar Morin nous invite constamment à relier les connaissances, à les "tisser" ensemble (complexus). Les études disciplinaires, qui forgent une bonne part de notre identité, représentent un danger d'enfermement, d'aveuglement. Il serait avantageux d'apprendre aux élèves à reconnaître les liens qui existent entre les disciplines, entre les multiples facettes d'une même problématique.


L'explication est un processus abstrait de démonstrations logiquement effectuées, à partir de données objectives, en vertu de nécessités causales matérielles ou formelles et/ou en vertu d'une adéquation à des structures ou modèles. La compréhension se meut principalement dans les sphères du concret, de l'analogique, de l'intuition globale, du subjectif. L'explication se meurt principalement dans les sphères de l'abstrait, du logique, de l'analytique, de l'objectif. La compréhension comprend en vertu de transferts projectifs/identificatifs. L'explication explique en vertu de la pertinence logico-empirique de ses démonstrations. Alors que comprendre est saisir les significations existentielles d'une situation ou d'un phénomène, "expliquer, c'est situer un objet ou un événement par rapport à son origine ou mode de production, ses parties ou composants constitutifs, sa constitution, son utilité, sa finalité."(J. Schlanger)[Edgar Morin - La connaissance de la connaissance]

L'enseignement français suit généralement une logique mathématique classique qui n'évolue que trop rarement et par petites retouches. Une logique quasi-exclusivement déductive et démonstrative qui limite la compréhension au point de laisser, parfois, les enseignants impuissants face à certaines incompréhensions des élèves. La Pensée Complexe entend stimuler l'induction, les associations d'idées, l'imaginaire ou encore la créativité, notamment grâce aux boucles dialogiques.


L'éducation doit donc se vouer à la détection des sources d'erreur, d'illusion et d'aveuglements...L'importance du fantasme et de l'imaginaire chez l'être humain est inouïe ; étant donné que les voies d'entrée et de sortie du système neuro-cérébral, qui mettent en connexion l'organisme et le monde extérieur, ne représentent que 2 % de l'ensemble, alors que 98 % concernent le fonctionnement intérieur, il s'est constitué un monde psychique relativement indépendant, où fermentent besoins, rêves, désirs, idées, images, fantasmes, et ce monde imprègne notre vision ou conception du monde extérieur...

Ce qui permet la distinction entre veille et rêve, imaginaire et réel, subjectif et objectif, c'est l'activité rationnelle de l'esprit qui fait appel au contrôle de l'environnement (résistance physique du milieu au désir et à l'imaginaire), au contrôle de la pratique (activité vérificatrice), au contrôle de la culture (référence au savoir commun), au contrôle d'autrui (est-ce que vous voyez la même chose que moi ?), au contrôle cortical (mémoire, opérations logiques).

Autrement dit, c'est la rationalité qui est correctrice. La rationalité est le meilleur garde-fou contre l'erreur et l'illusion. D'une part, il y a la rationalité constructive, qui élabore des théories cohérentes en vérifiant le caractère logique de l'organisation théorique, la compatibilité entre les idées composant la théorie, l'accord entre ses assertions et les données empiriques auxquelles elle s'applique; une telle rationalité doit demeurer ouverte à ce qui la conteste, sinon elle se referme en doctrine et devient rationalisation; d'autre part, il y a la rationalité critique qui s'exerce particulièrement sur les erreurs et illusions des croyances, doctrines et théories. Mais la rationalité porte aussi en son sein une possibilité d'erreur et d'illusion quand elle se pervertit, nous venons de l'indiquer, en rationalisation.

La rationalisation se croit rationnelle parce qu'elle constitue un système logique parfait, fondé sur déduction ou induction, mais elle se fonde sur des bases mutilées ou fausses, et elle se ferme à la contestation d'arguments et à la vérification empirique. La rationalisation est close, la rationalité est ouverte. La rationalisation puise aux mêmes sources que la rationalité, mais elle constitue une des plus puissantes sources d'erreurs et d'illusions. Ainsi, une doctrine obéissant à un modèle mécaniste et déterministe pour considérer le monde n'est pas rationnelle mais rationalisatrice. [Edgar Morin - Les sept savoir nécessaires à l'éducation du futur]

Ceci rend primordiale la déconstruction des représentations erronées des élèves avant de faire un cours. En effet les élèves ont chacun un bagage propre, un univers psychique interne vivant, avant même d'apprendre. Leurs esprits ne sont ni vierges ni forcément correctement disposés pour la leçon du moment.

C'est notre concept même d'"intelligence" qu'il faut recadrer et rassembler. Par exemple, comment mesurer l'intelligence? Est-ce une question de résultats? de compétences? de succès? Une conception plus large serait de considérer sa capacité à saisir la complexité des questions, à gérer l'imprévu, à relier ce qui est disjoint. L'intelligence de la complexité propose une autre vision et sept enseignements fondamentaux:

1- Les cécités de la connaissance (les erreurs, la normalisation, l'inattendu, l'incertitude...)
2- Les principes d'une connaissance pertinente (le contexte, le global, le multidimensionnel, le complexe...)
3- La condition humaine (enracinement, déracinement, les boucles: cerveau/esprit/culture...)
4- L'identité terrienne (le legs du XX e siécle, les nouveaux périls, la conscience terrienne...)
5- Affronter les incertitudes (historiques, de la connaissance, du réel, boucles risque/précaution...)
6- La compréhension (obstacles, l'esprit réducteur, conscience de la complexité humaine...)
7- L'Éthique du genre humain (démocratie et complexité, la citoyenneté terrestre, le destin planétaire... )

L'enseignement systémique proposé par Edgar Morin est des plus réformateurs. Il s'agit d'enseigner une méthode plutôt qu'un programme:

Rien n'est plus éloigné de notre conception de la méthode que cette vision composée d'un ensemble de recettes efficaces pour la réalisation d'un résultat prévu. Cette idée-là de la méthode présuppose son résultat depuis le début ; dans cette acception, méthode et programme sont équivalents. Il se peut que dans certaines situations il ne soit pas utile d'aller au-delà de l'exécution d'un programme, dont le succès ne pourra pas être exempt d'un relatif conditionnement par le contexte dans lequel il se déroule. Mais en réalité, les choses ne sont pas aussi simples, pas même lors de la préparation d'une recette de cuisine, plus proche d'un effort de recréation que de l'application mécanique de mélanges d'ingrédients et de modes de cuisson....
Cependant, si nous sommes dans le vrai lorsque nous affirmons que la réalité change et se transforme, une conception de la méthode comme programme est plus qu'insuffisante, car si face à des situations changeantes et incertaines les programmes ne sont pas très utiles, la présence d'un sujet pensant et stratège est en revanche indispensable. Nous pouvons affirmer ceci: dans des situations complexes, c'est-à-dire là où dans un même espace et dans un même temps il y a non seulement de l'ordre mais aussi du désordre, là où il y a non seulement des déterminismes mais aussi des hasards, là où émerge l'incertitude, il faut l'attitude stratégique d'un sujet ; face à l'ignorance et à la confusion sa perplexité et sa lucidité sont indispensables.[Edgar Morin - Éduquer pour l'ère planétaire]

Cette méthode ne doit pas être exclusive au monde enseignant, elle doit faire partie intégrante du fonctionnement humain, quelles que soient les générations, les classes sociales, les professions. Elle doit devenir naturelle jusque dans la sphère où le naturel est pour l'instant proscrit: la politique. Nous sommes tous, en permanence, dans la même galère, sur la même planète Terre et ce n'est pas sans conséquence sur nos attitudes.

Aujourd'hui, on isole les problèmes du chômage, de l'emploi, de l'exclusion hors de leur contexte et on prétend les traiter à partir d'une logique économique close. Il faut au contraire les considérer au sein d'une grande problématique de société et partir des besoins de civilisation qui, d'eux-mêmes, exigent de nouveaux emplois. Il ne suffit pas de partir d'un "social" qui mettrait entre parenthèse le civilisationnel... Enfin, si nous partons des problèmes français, nous ne devons oublier ni leur singularité, ni leur généralité: les problèmes fondamentaux de civilisation qui affectent la France sont aussi ceux de l'Europe et, plus largement, ce sont les problèmes qui, dans le monde, se trouvent posés partout où il y a eu "développement" — c'est-à-dire développement de notre civilisation —, et ils se poseront tôt ou tard partout où on est "en cours de développement".

Je reconnais ici le projet humaniste dont parle régulièrement François Bayrou, aussi bien pour la France, pour l'Europe que pour le Monde, ainsi qu'une approche permettant de le réaliser. En effet, la méthode avancée par Edgar Morin serait un outil fondateur de conscience, de compréhension et de responsabilité pour des citoyens alors capables de faire vivre un régime pleinement démocratique.

Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien
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