jeudi 24 avril 2008

90 Minutes pour vendre


Ce soir, pour l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, l'Élysée veut frapper fort. En terme d'audience, bien sûr, cela fait toujours plaisir au Président, mais surtout en terme de séduction de l'opinion publique. Rien n'aura été laissé au hasard.



Le lieu? La salle des fêtes de l'Élysée ; autant jouer à domicile.

La production? Confiée à Renaud Le Van Kim, déjà responsable du show d'intronisation de Nicolas Sarkozy au Bourget à la candidature U.M.P. pour les présidentielles de 2007.

Le décor? Confié à Philippe Désert, scénographe du débat d'entre deux tours face à Ségolène Royal.

Les journalistes? Ils seront cinq, deux stars du 20 heures et trois spécialistes thématiques, de quoi assurer un entretien rythmé comme leur hôte les aime. Ont-ils été sélectionnés par l'Élysée ou imposés par les chaînes? Selon Franck Louvrier, conseiller du Président, ce dernier n'a pas choisi ses interlocuteurs, ce sont les chaînes qui les ont proposés. Je ne sais pas pour vous... mais en ce qui me concerne, quand on me propose quelque chose, c'est bien pour que je fasse un choix. Et puis l'éviction, pour apathie de lèse majesté, d' Arlette Chabot sur ordre présidentiel est un secret de polichinelle. S'il peut exclure sans crainte, il peut sans doute choisir sans contestation. Autant cesser toute hypocrisie, donc, oui les journalistes ont été choisis par l'Élysée.

Le Président? Étant donné que l'un des objectifs principaux est de ressituer son image par rapport à sa fonction, on peut s'attendre à un gros effort pour se défaire de cette attitude, affichée lors de précédentes interventions, du petit nerveux qui cherche à démontrer sa moderne décontraction. Voilà pour la forme.

Pour le fond, les thèmes ne manquent pas: pouvoir d'achat, O.G.M., politique familiale, envoi de soldats en Afghanistan, dette, couacs gouvernementaux, suppression de la publicité pour le service publique audiovisuel, réforme des institutions, présidence de l'union européenne, suppression de poste à l'Éducation Nationale, Carlita, le fiston Jean, bilan de la première année de mandat, etc... David Pujadas et P.P.D.A. ont été reçus à l'Élysée cette semaine pour préparer l'entretien, soyons sûrs que rien ne sera laissé ni au hasard, ni à la spontanéité.

Le bilan, personnel et présidentiel, de la première année de mandat sera probablement le thème d'ouverture de l'entretien et servira à présenter les autres sujets qui seront abordés. On saura alors immédiatement si Nicolas Sarkozy a enfin changé, réellement et pour le meilleur, et s'il assume enfin ses responsabilités de Président de tous les français, ou s'il se contente une nouvelle fois de faire sa propre propagande de campagne électorale permanente à coups de "Je vois pas au nom de quoi...", "Je vais vous dire David Pujadas, je n'ai pas été élu pour rester les bras croisés..." et autres "Vous voulez que je fasse quoi?...".

Personnellement, je parie sur la seconde possibilité. Je m'attends à de fausses questions dérangeantes et des réponses tout aussi fuyantes de la réalité. On l'interrogera sur ces mesures qui ressemblent à s'y méprendre à de la rigueur, mais qui seront présentées comme des économies nécessaires; sur la régularisation massive des sans papiers grévistes qui sera présentée comme un "cas par cas pour tous ceux concernés"; sur la confusion au sein du gouvernement qui sera présentée comme une preuve que chaque membre de l'exécutif est libre de s'exprimer dans l'application du programme pour lequel il a été élu, etc... Et pour masquer encore plus efficacement la médiocrité de cette première année de mandat, on lancera deux ou trois annonces imprévisibles capables de créer de la polémique, véritable matière première de la communication Sarkozienne.

Et dès la première minute suivant le générique de fin, les réactions de l'opposition et de la majorité. François Hollande nous redira que le Président n'entend pas les français et ne répond pas à leurs attentes. François Fillon nous fera part de sa satisfaction d'avoir entendu le Président redéfinir une feuille de route pour les réformes annoncées. François Bayrou s'offusquera à nouveau des dérives, de l'irresponsabilité et de cette rupture avec la France de De Gaulle. Comme quoi, qu'ils aient raison ou tort, les François sont prévisibles.

Ainsi malgré les annonces, malgré le teasing du au report de l'entretien initialement prévu lundi dernier et malgré l'urgence de nouveauté, ce soir T.F.1 et France 2 nous proposent, pour toute confiture aux cochons, une énième rediffusion.


Aurélien

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