jeudi 12 mars 2009

Les Jeudis d'Edgar - 20 - Les démocrates et la Fraternité

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Lors de l'excellente émission de Ce soir ou jamais de mardi soir, où François Bayrou était invité par Frédéric Taddéi à débattre avec trois intellectuels - le philosophe Régis Debray, l'historien Jean-François Sirinelli et le professeur de sciences politiques Olivier Duhamel - un échange profond sur la Fraternité entre le Président du MoDem et Régis Debray a particulièrement retenu mon attention. Je vous invite à visionner cette émission. En mêlant culture, histoire, philosophie et politique à un tel niveau qualitatif, elle représente un événement trop rare dans nos médias et vaut le détour que l'on aime Bayrou ou non, que l'on s'intéresse à la politique ou non.

Pour ce vingtième Jeudi d'Edgar, voici comment Edgar Morin définit le concept de fraternité:


J'aime bien l'idée, discutable et peut-être naïve mais avant tout belle, avancée par François Bayrou, des trois composantes de la devise nationale Liberté, Égalité, Fraternité qui auraient chacune leur propre mouvement politique. En schématisant, la droite défendrait la Liberté, la gauche l'Égalité, resterait à créer un mouvement pour défendre la Fraternité. Si l'on considère ensemble le projet humaniste, à justice croissante, que veut porter le Mouvement Démocrate et la définition de la Fraternité proposée par François Bayrou, c'est à dire un lien de solidarité qui devrait unir tous les membres de la famille humaine, il apparaît cohérent que le MoDem soit ce mouvement pour la Fraternité.

Je remarque aussi que les trois composantes Liberté, Égalité, Fraternité peuvent être aussi bien antagonistes que complémentaires. En ce sens elles forment une boucle dialogique essentielle que l'on peut certainement superposer à celle reliant individu, société et espèce. Si l'on y superpose encore la dimension politique droite-MoDem-gauche alors on obtient une preuve éclatante de la nécessité du pluralisme, et je dirais même du pluralisme complexe où chaque mouvement politique ne doit pas voir ses adversaires uniquement comme des opposants mais aussi comme des compléments. Pluralisme et ouverture, deux thèmes chers aux démocrates.

On pourrait aussi pousser jusqu'à invoquer le principe hologrammatique, stipulant que la partie est dans le tout comme le tout est dans la partie. Par exemple, il y a de l'humain chez l'homme comme chez la femme, il y a de la féminité dans le masculin et de la masculinité dans le féminin. Cela signifie que chaque composante de la devise Liberté, Égalité, Fraternité porte son propre idéal comme elle porte celui des deux autres mais aussi l'idéal généré par l'association des trois. Ramené à la sphère politique cela signifie qu'un modèle politique adapté à la complexité devrait faire en sorte que chaque mouvement porte et assume sa part d'identité commune avec les autres.

Or, lorsque l'on observe les différents horizons politiques d'où sont venu les adhérents du Mouvement Démocrate et l'inscription dans ses textes fondamentaux du respect de cette diversité, le MoDem apparaît comme l'organisation politique la mieux armée pour saisir la complexité de l'homme, de la société et du monde.


Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien
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mercredi 11 mars 2009

Réveil citoyen au PS

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Je parle assez peu du Parti Socialiste sur ce blog. Il faut dire que les tensions internes incessantes depuis des années, comme l'incapacité chronique à se régénérer sur le fond, m'ont rendu ce parti illisible et finalement relativement inintéressant. Par ailleurs ses dirigeants ou principales personnalités, Ségolène Royal en tête, m'inspirent toujours une méfiance quant à la sincérité de leur engagement et/ou leur conception même de la politique et de la démocratie. Pourtant, aujourd'hui, le PS a frappé très juste et très fort.



Martine Aubry a annoncé la publication d'un livre noir, téléchargeable, rapportant les atteintes aux libertés publiques assénées par le gouvernement actuel sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy. Selon moi on peut débattre longtemps de la crise et des méfaits de la politique économique et sociale du Président de la République, notamment lors des mouvements de protestions comme le 29 janvier dernier, mais ses dérives continues et assumées qui menacent tranquillement mais sûrement notre démocratie ne devraient pas être aussi souvent reléguées au second plan voire même au-delà. J'ai plusieurs fois exposé mes inquiétudes sur ces dérives.

La Secrétaire Nationale du PS qualifie sa démarche de citoyenne et, sans nier les réalités des habituelles joutes politiciennes, je suis d'accord avec elle et me réjouis de voir un parti politique important se saisir aussi sérieusement et exhaustivement de cette question des libertés publiques menacées. Tests ADN, Hadopi, concentration des médias, concentration des pouvoirs, multiplication des gardes-à vue, réformes judiciaire et institutionnelle, etc... tout y est.

En face, du côté de l'UMP, la réaction se fait un peu attendre. Pour l'instant Frédéric Lefebvre, d'ordinaire si rapide à dégainer, s'est contenter d'un communiqué confus et mensongé, en mode "cessuikidikyé" dont il est si friand, comme si ce crochet du gauche l'avait proprement sonné. Il n'y a que la vérité qui blesse, dit-on...

Ce livre, intitulé La France en libertés surveillées, la République en danger, peut représenter une sérieuse référence, un portail vers plus d'informations et de prise de conscience. Le citoyen lambda peut s'en saisir et mener à partir de ce document ses propres recherches pour se forger son opinion personnelle sur l'imminence du danger. Évidemment la forme est biaisée de part la nature même du rôle classique de l'opposition, mais les dérives rapportées, elles, sont bien réelles et inquiétantes.

Je conseille vivement à tous ceux qui tiennent à coeur nos fondamentaux démocratiques et leur responsabilité citoyenne de parcourir attentivement ce document et de le conserver précieusement. Nous ne sommes pas encore à la moitié du premier quinquennat sarkoziste et déjà plus de 150 pages sont requises pour simplement recenser les dérives... Cet outil d'information et de vigilance citoyenne est plus que bienvenu, il était nécessaire.



Aurélien
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mardi 10 mars 2009

Don Qu-Hirsch-otte, l'anti-spleen?

J'ai droit, moi aussi, aux jeux de mots foireux...

Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont-ils enfin pris les enjeux de la jeunesse au sérieux? Martin Hirsch, Haut-Commissaire aux Solidarités actives et à la Jeunesse, a initié hier les travaux de sa commission sur la politique de la jeunesse. Une jeunesse qui broie du noir... Que peut-il vraiment y faire?


Martin Hirsch s’est donné quatre mois pour remplir 5 objectifs:

1 - Ne pas laisser de jeunes sans emploi, sans formation ou sans ressources ni, quand cela est nécessaire, sans accompagnement;
2 - Garantir aux jeunes des perspectives au moins aussi satisfaisantes que celles de la génération qui a précédé;
3 - Concevoir les dispositifs fiscaux et sociaux pour traiter les jeunes comme des adultes à part entière, c’est-à-dire ayant accès à l’autonomie, par rapport à leurs familles, comme vis-à-vis du système social;
4 - Permettre aux jeunes d’être les acteurs d’initiatives porteuses de sens;
5 - Redéfinir entre l’Etat, les collectivités territoriales et les partenaires sociaux, une nouvelle responsabilité partagée vis-à-vis des jeunes, de telle sorte qu’une partie des jeunes ne soient pas laissés dans les interstices des politiques publiques et sociales.

Fin mai, une série de propositions seront présentées dans un "livre vert". En juillet, après concertation et débat, des mesures pour améliorer le sort des jeunes seront annoncées. Cette nouvelle commission sur la politique de la jeunesse s'attaquera principalement aux problèmes de l'emploi, du logement et des revenus, trois éléments qui ensemble déterminent le degré d'autonomie. Composée de représentants des étudiants et des jeunes, des partenaires sociaux, des collectivités territoriales, des parlementaires, d'associations liées à l'enseignement ou à la famille, du monde universitaire et de personnes qualifiées (sociologue, économiste, magistrat, DRH, ...), l'équipe de travail semble pouvoir couvrir en cohérence tous les enjeux. La démarche est encourageante, l'état d'esprit prometteur.

Deux inquiétudes me préoccupent cependant...

La première, habituelle, c'est le budget. 150 millions d'euros pour expérimenter une petite dizaine de programmes auprès de 100 000 jeunes, soit 1500 euros par jeune. Certes, c'est un montant inédit pour de tels travaux et 5 fois plus que pour les expérimentations du RSA, mais en comparaison avec d'autres dépenses improductives ou incohérentes de l'État, ça reste léger et loin de l'ampleur des enjeux de la jeunesse.

Deuxième inquiétude, la définition même de cette jeunesse. Martin Hirsch semble se borner aux 16-25 ans. Si l'on considère les problèmes de l'orientation scolaire à l'insertion professionnelle en passant par le logement les études, la formation professionnelle etc..., cette tranche d'âge apparaît clairement trop fine. Je pense qu'il faudrait l'élargir du collège à 30 ans.

Mais au-delà des bonnes volontés, de la qualité des personnes et de la pertinence du cadre de travail, toutes nécessaires mais non suffisantes, je m'interroge sur la sincérité de la démarche du gouvernement. J'ai de sérieux doute, à priori, sur la possibilité d'inclure cette nouvelle politique de la jeunesse dans le projet de société aujourd'hui porté par Nicolas Sarkozy et ces plus fidèles lieutenants et commanditaires. Un projet où en amont on veut dépister les futurs délinquants dès 3 ans et les enfermer dès 12 ans ; en aval on précarise et on rogne chaque jour un peu plus sur les libertés civiles.

Par ailleurs, on dit que les 16-25 ans broient du noir. Mais qu'en est-il aujourd'hui des autres générations? Sont-elles d'un optimisme béat? Ont-elles plus confiance en elles et en l'avenir que leurs héritiers? Et puis les inquiétudes actuelles de la jeunesse ne trouvent-elles pas une source aussi bien dans les problèmes sociaux franco-français que dans la multiplication et la simultanéité de toutes les crises mondiales avec et dans lesquelles elle a grandit? Peut-être que c'est la simple conscience de l'état du monde qui est anxiogène.

À cette échelle, à moins de pouvoir jeter les bases d'un nouveau modèle de société pour toutes les générations au minimum au niveau européen, la commission de Martin Hirsch semble bien impuissante. Au mieux elle répondra à l'urgence matérielle immédiate au niveau national, c'est déjà ça mais je crains que cela ne revienne qu'à repousser l'échéance d'une nécessaire refonte du projet de société et d'une indispensable implication de la jeunesse dans les décisions portant sur le long terme.

La jeunesse d'aujourd'hui est sans doute, comme toujours, naïve et utopiste, orgueilleuse et rebelle. Elle aspire aussi plus que jamais, c'est ma conviction, à des valeurs universelles parce qu'elle est plus consciente que jamais des enjeux universels et du destin commun à toute l'humanité. Si seulement le monde politique pouvait être à la hauteur de ces aspirations...

Pour finir ce billet je vous laisse ce texte, présenté comme autobiographique, d'Alfred de Musset qui expose ce qu’il appelle le "Mal du siècle". Une génération, la sienne, a grandi dans le bouillonnement des batailles napoléoniennes. Arrivée à l’âge adulte, elle se trouve prise au piège de la Restauration, vécue comme une période de régression historique, et d’immobilisme politique. Tiens, tiens...

Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. Tous ces enfants étaient des gouttes d’un sang qui avait inondé la terre : ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides. Ils n’étaient pas sortis de leurs villes ; mais on leur avait dit que, par chaque barrière de ces villes, on allait à une capitale de l’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde ; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.[…]

Dès lors, il se forma deux camps : d’une part, les esprits exaltés, souffrants, toutes les âmes expansives qui ont besoin de l’infini, plièrent la tête en pleurant ; ils s’enveloppèrent de rêves maladifs, et l’on ne vit plus que de frêles roseaux sur un océan d’amertume. D’autre part, les hommes de chair restèrent debout, inflexibles, au milieu des jouissances positives, et il ne leur prit d’autre souci que de compter l’argent qu’ils avaient. Ce ne fut qu’un sanglot et un éclat de rire, l’un venant de l’âme, l’autre venant du corps.



Auréien
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lundi 9 mars 2009

La mauvaise foi

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Après le scandale provoqué par l'évêque intégriste Richard Williamson et ses propos négationnistes, l'église catholique dérape une nouvelle fois.

Au Brésil, un acte d'horreur a eu lieu, un crime à vous retourner les tripes: une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, tombe enceinte... de jumeaux. À cet âge là une grossesse ne peut être portée à terme sans mettre gravement en danger la santé de la fillette et des fœtus. À quinze semaines de grossesse, une équipe médicale se mobilise et effectue l'opération provocant l'avortement.


Certainement traumatisée à vie physiquement et psychologiquement par cet acte pédophile et ces quinze semaines de grossesse, la fillette peut désormais entamer un long processus de reconstruction. Mais pour Giovanni Battista Re, archevêque de Recife et président de la Commission pontificale pour l'Amérique Latine, cet avortement est intolérable. Au nom d'une protection inconditionnelle de la vie, il condamne cet avortement au point d'excommunier la mère de l'enfant et l'ensemble de l'équipe médicale impliquée. Au lendemain de la journée de la femme, on ne peut lui reprocher son sens du timing...



C'est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées.[...] Il faut toujours protéger la vie, l'attaque contre l'Eglise brésilienne est injustifiée.[...] L'excommunication pour ceux qui ont provoqué l'avortement est juste car cette opération constitue toujours la suppression d'une vie innocente. [...] Le viol est moins grave que l'avortement.

Voilà... qu'importent les risques menaçant la vie de cette petite fille de 9 ans et son avenir, celui de sa famille? Au fond, qu'importe la vie? Tu ne tueras point... quitte à faire d'énormes dégâts, à tolérer l'inimaginable et gâcher des vies. Et c'est un homme représentant, à un niveau hiérarchique élevé (plus haute fonction derrière le Pape et ses cardinaux), une religion qui se veut porteuse d'un message d'amour et de paix qui vous le dit... Terrible paradoxe.

Comment peut-on, en un seul esprit et sous cette bannière catholique, concentrer autant d'inhumanité? J'avoue que parfois, dans mon utopie humaniste, j'oublie que certains hommes font preuve d'une rigidité inébranlable, ne tolérant aucune exception à aucune règle. L'extrémisme ne doute pas, il ne ressent rien, il réduit et condamne.

Je ne comprends pas que l'on puisse se dire homme de foi, donc attaché à une spiritualité, à des valeurs d'amour, de partage, d'humilité, et en même temps réduire la vie au simple fait d'exister ; puis brandir cette vision réductrice pour justifier sans honte les plus horribles injustices. Voilà où mène, selon moi, l'institutionnalisation de l'intime.

Je considère en effet la spiritualité, la foi ou l'absence de foi, comme l'une des dimensions les plus intimes de chaque être humain. Une dimension vivante, en évolution continue, qui ne doit pas être contenue dans des cadres aussi rigides, péremptoires et hiérarchisés que ceux des institutions religieuses, sous peine d'en pervertir le porteur, c'est à dire l'être humain.

Une foi rigide, sans doute, est une mauvaise foi, une foi morte.

EDIT: On s'indigne aussi chez MIP et Spaulding.

Aurélien
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dimanche 8 mars 2009

La Femme Majeure

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En 1973 Edgar Morin publiait, en collaboration avec deux de ses collègues du CNRS Bernard Paillard et Nicole Benoît, un ouvrage intitulé La Femme Majeure: nouvelle féminité, nouveau féminisme. À l'époque, dans une renaissance du féminisme, les luttes pour l'émancipation des femmes dans notre société étaient en marche. Pour repère, la dépénalisation de l'avortement et l'encadrement de l'IVG, par exemple, ne se firent qu'en 1975.


Invité de l'émission Italiques, sur l'ORTF, diffusée le 15 juin 1973, Edgar Morin expliquait simplement et justement le rôle moteur essentiel des femmes dans l'évolution de la société.

Il faut partir d'abord partir d'une condition de la femme paysanne, accablée de labeur, et qui a aspirée à être la femme au foyer. C'était gagner une autonomie. Et puis dès qu'on est arrivé au stade de la femme au foyer, celle-ci s'est vue enfermée, confinée, hors du monde. Elle a aspiré à travailler, et pour elle travailler c'était sortir d'une sorte de prison du foyer.

Mais dès qu'elle travaille, effectivement, non seulement elle a des contacts qui vont l'intéresser dans le monde, mais elle va subir les contraintes du travail masculin, et je dirai même pire, parce que le temps chronométrique, déjà très dur pour l'homme, est encore plus brutal pour la femme qui a des cycles biologiques beaucoup plus amples et riches que l'homme à commencer par le cycle menstruel et puis les grands cycles quand elle est enceinte.

Alors, moi je trouve que la femme est engagée dans un cheminement où chaque fois elle trouve une solution qu'elle est amenée à vouloir dépasser, et c'est ça qui est très fécond aujourd'hui dans ce phénomène. Je crois que les femmes étant en marche, à travers des expériences diverses, qui apportent quelque chose et puis qui se révèlent décevantes, cette mise en marche oblige la société à bouger. C'est ça du point du vu social qui est important.


La vidéo de cette intervention est disponible ici.

Je pense que, certaines sphères - directions d'entreprises, responsabilités politiques, ... -restant encore aujourd'hui fermées ou difficilement accessibles aux femmes, en France et encore plus dans les sociétés où la condition féminine n'est pas aussi avancée, cette explication garde sa pertinence aujourd'hui.


Aurélien
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samedi 7 mars 2009

Comprenne qui voudra


Je relaie ici l'initiative de Lucia D'Apote et Pierre Schweitzer qui ont ouvert un blog pour lancer un appel en faveur d'une reconnaissance nationale de la barbarie dont ont été victimes celles que l'on surnomme les tondues de la libération. Pour avoir travaillé pour les allemands, vécu une amitié, un amour et parfois fondé une famille avec un soldat de l'ennemi, ces femmes jugées coupables de "collaboration horizontale" subissaient, a minima, l'humiliation publique de se faire raser le crâne.

Cet exutoire pour une population elle-même humiliée par l'occupation, pour des hommes anxieux de recouvrer leur virilité afin d'oublier leur incapacité à protéger la patrie, a laissé des séquelles physiques et psychologiques non seulement chez ses femmes mais aussi chez leurs enfants souvent victimes des pires insultes. En février dernier l'Allemagne a eu l'intelligence de reconnaître ces enfants au point de leur accorder la double nationalité franco-allemande, pour ceux qui la souhaite. La France serait bien inspirée de suivre cet exemple.

Ce dimanche 8 mars 2009, journée de la femme, le minimum que nous puissions faire est de leur dédier une pensée et de leur rendre hommage en signant cet appel. Parmi les premiers signataires: Edgar Morin et Jean-Jacques Delorme, président de Coeurs sans Frontières.

Pour finir je copie ici ce magnifique poème de Paul Éluard datant de 1944:

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.


Aurélien

PS: On en parle aussi chez Sylvain Canet.
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vendredi 6 mars 2009

Symptôme d'une démocratie décadente

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Nicolas Sarkozy a décidé de compléter le processus de réintégration de la France dans les structures militaires de l'OTAN. Encore une rupture. Encore une polémique. Une polémique qui gagne tous les partis politiques ; preuve que la question ne relève pas d'une idéologie de droite, du centre ou de gauche, mais de l'atlantisme des uns face au souverainisme géopolitique et géostratégique des autres.


Ce qui est certain, c'est que cette rupture est essentiellement symbolique. À peu près tout le monde s'entend là-dessus, que l'on soit pour ou contre. Le ministre de la défense l'a d'ailleurs dit lui-même: cette réintégration concrètement ne change rien. Ce n'est pas tout à fait vrai. En effet, concrètement, il s'agit pour l'état-major français de récupérer quelques postes de commandements plus ou moins importants. Au passage, cela signifie que, malgré des conditions exigées par la France et non encore remplies, les négociations ont eu lieu et que tout est déjà ficelé... passons. Au-delà de ces quelques postes, la France est déjà si impliquée dans les rouages de l'OTAN que sa réintégration totale ne représenterait que le dernier pas d'une longue marche entamée sous la présidence de François Mitterrand.


C'est sur le plan symbolique que cette décision ébranle majorité et opposition. La France y perdrait son indépendance, sa liberté de parole et d'action. C'est en effet symbolique mais ce n'est pas pour autant insignifiant. Sur le plan international, et même jusqu'à Washington, la voix française était jusqu'ici écoutée, respectée comme celle d'ami fidèle mais libre. Pour les plus faibles elle pouvait représenter un recours. Ce n'est pas le cas, ou alors dans des proportions bien moindres, de la voix britannique, par exemple, véritable écho des États-Unis depuis des décennies.

Est-il pertinent de remettre cette liberté, garante d'une certaine autorité, en question? Dans un contexte international de multiplication des crises, de prolifération des armes nucléaires, d'émergence de nouvelles puissances et de terrorisme global, est-il perspicace de rogner sa liberté pour se ranger dans un bloc créé dans un contexte tout autre? Et puis, à trois mois des élections européennes, quelles conséquences pour une défense européenne?

Le débat est nécessaire. Un vrai débat, à la fois pédagogique, transparent et serein. D'autant que, comme l'a dit François Bayrou, c'est un aller sans retour. Ce n'est pas une décision que l'on pourra renier en 2012, pas même en 2017. En ce sens je supporte son avis de tenir un référendum sur la question, même si le débat serait inévitablement pollué par d'autres questions et risquerait de muter en un référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy.

François Fillon a (reçu l'ordre élyséen de) décider d'opter pour un débat à l'Assemblée Nationale suivi d'un vote engageant la responsabilité de son gouvernement. C'est à priori mieux que rien mais dans l'état actuel du parlement, c'est, justement, rien. Les élus ne savent plus voter en conscience. Ils se rangent systématiquement derrière leurs étiquettes. C'est une dérive démocratique si établie que certains députés en parlent ouvertement, au point de considérer l'engagement de la responsabilité du gouvernement comme une façon de museler l'opposition interne à la majorité UMP. Ils ont certainement raison, mais quel aveu de démission de leur mission première de représenter le peuple et de défendre en conscience l'intérêt général! Et quand ce n'est pas pour obéir au chef de la droite, c'est pour ne surtout pas voter comme la gauche, peu importe qu'elle puisse avoir raison.

Et voilà comment sur une décision majeure, qui aura un impact sur le destin de la France, de l'Europe et du Monde pour les prochaines décennies, on se contente d'un débat parlementaire tronqué, biaisé puisque tout a déjà été décidé, et sanctionné par un vote verrouillé. Le peuple est dépossédé de la souveraineté nationale qui lui appartient constitutionnellement. Avant de juger du bien fondé de cette réintégration, c'est sur le caractère anti-démocratique du processus décisionnel que les démocrates, d'où qu'ils viennent, doivent se mobiliser.


Aurélien
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