jeudi 27 novembre 2008

Les Jeudis d'Edgar - 07 - Contre-courants

Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.


En écho au billet d'hier ainsi qu'au 6e Jeudi d'Edgar, voici un extrait d'un livre disponible en intégralité sur le site de l'UNESCO: "Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur".



Le XXe siècle a légué en héritage, sur le tard, des contre-courants régénérateurs. Souvent dans l'histoire, des contre-courants, suscités en réaction aux courants dominants, peuvent se développer et détourner le cours des événements. Il nous faut noter :

Le contre-courant écologique que l'accroissement des dégradations et le surgissement de catastrophes techniques/ industrielles ne peuvent qu'accroître ;



Le contre-courant qualitatif qui, en réaction à l'invasion du quantitatif et de l'uniformisation généralisée, s'attache à la qualité en tous domaines, à commencer par la qualité de la vie ;



Le contre-courant de résistance à la vie prosaïque purement utilitaire, qui se manifeste par la recherche d'une vie poétique, vouée à l'amour, l'émerveillement, la passion, la fête ;



Le contre-courant de résistance au primat de la consommation standardisée qui se manifeste de deux façons opposées : l'une par la recherche d'une intensité vécue ("consumation"), l'autre par la recherche d'une frugalité et d'une tempérance ;



Le contre-courant, encore timide, d'émancipation à l'égard de la tyrannie omniprésente de l'argent, que l'on cherche à contrebalancer par des relations humaines et solidaires faisant reculer le règne du profit ;



Le contre-courant, lui aussi timide qui, en réaction aux déchaînements de la violence, nourrit des éthiques de la pacification des âmes et des esprits.



On peut également penser que toutes les aspirations qui ont nourri les grandes espérances révolutionnaires du XXe siècle, mais qui ont été trompées, pourront renaître sous la forme d'une nouvelle recherche de solidarité et de responsabilité.

On pourrait espérer également que les besoins de ressourcement, qui animent aujourd'hui les fragments dispersés de l'humanité et qui provoquent la volonté d'assumer les identités ethniques ou nationales, puissent s'approfondir et s'élargir, sans se nier eux-mêmes, dans le ressourcement au sein de l'identité humaine de citoyens de la Terre-Patrie.



On peut espérer en une politique au service de l'être humain, inséparable d'une politique de civilisation, qui ouvrirait la voie pour civiliser la Terre comme maison et jardin communs de l'humanité.



Tous ces courants sont voués à s’intensifier et à s’amplifier au cours du XXIe siècle et à constituer de multiples débuts de transformation ; mais la vraie transformation ne pourrait s'accomplir que lorsqu’ils s'entre-transformeraient les uns les autres, opérant ainsi une transformation globale, laquelle rétroagirait sur les transformations de chacun.




Que l'on parle de métamorphose, de révolution ou de réforme de nos société, le changement se fonde sur les contre-courants. Il est indispensable de les connaître, d'en avoir conscience, si ce n'est de les vivre pour les porter en avant. Il est tout aussi indispensable de les relier non seulement entre eux, mais aussi avec les courants auxquels ils s'opposent et qu'il n'est pas forcément souhaitable d'anéantir. Les antagonismes étant complémentaires et inter-stimulants.

Il faut aussi garder à l'esprit qu'à leur tour ils créeront de nouveaux contre-courants aujourd'hui inconcevables mais qui seront, n'en doutons pas, tout aussi forts et globaux. Comme ceux-ci, il faudra savoir les reconnaître, les relier et les accompagner. Sachons donc prendre le temps et le recul nécessaire à l'observation et la compréhension de nous-mêmes et des autres.

Une des forces du MoDem est qu'il a su le premier, entre les certitudes des uns et la désespérance des autres, se préparer à accompagner les contre-courants, décrits ci-haut par Edgar Morin, en les associant et les promouvant en enjeux politiques qui dépassent les clivages historiques. C'est en soi l'impulsion d'un contre-courant politique et citoyen.


Pour lire ou relire les épisodes précédents, c'est par ici:

Les Jeudis d'Edgar - 01 - Le problème d'une démocratie cognitive

Les Jeudis d'Edgar - 02 - Appel pour les biens communs

Les Jeudis d'Edgar - 03 - Travailler à "bien penser"

Les Jeudis d'Edgar - 04 - Retour aux sources

Les Jeudis d'Edgar - 05 - L'évadé du paradigme

Les Jeudis d'Edgar - 06 - Métamorphose


Aurélien

4 commentaires:

Passage a dit…

Merci Aurélien

"On peut espérer en une politique au service de l'être humain, inséparable d'une politique de civilisation, qui ouvrirait la voie pour civiliser la Terre comme maison et jardin communs de l'humanité"

Pour ça j'ai foi en l'humanité

Anonyme a dit…

Je crois même qu'au-delà d'un accompagnement, la froce du mouvement démocrate est surtout d'y introduire une notion de cohérence entre tous ces contre-courants: n'est-ce pas par opposition à l'argent et au matérailisme que l'on prône une vision humaniste, dans le sens où l'humain respecte sa maison ( oikos en latin pour écologie), où l'humain retrouve son essence dans la vie poètique, donc quelque part dans la révolte là encore ( ou romantique, les deux termes me conviennent)..

Par delà une quelconque foi en l'Humanité ( bien que je partage votre avis, je serai tout de même vigilent), je crois que si le Modem veut incarner ce vrai changement, il lui faut avoir conscience en la compléxité et la complémentarité de ces contre-courants, à défaut de hiérarchiser, d'homogénéiser. Et ce, afin d' "illuminer" nos chers concitoyens, et leur montrer en quoi le Modem est révolutionnaire ( autant faire d'une pierre deux coups =) )
Amitiés, Sebastian ( http://democrateethumain.hautetfort.com)

Passage a dit…

@ Sébastian
"Avoir conscience de la complexité et de la complémentarité de ces contre courants"

oui

Et en tenir compte...

Anonyme a dit…

@ Passage

D'où la recherche de cohérence parmis ces contre-courants, comme moyen, pour parvenir à cette "révolution orange", cette fin qui remettra le goût du politique et la résurgence d'une citoyenneté éclairée, d'une transparence totale, donc du retour à la confiance et à la solidarité entre élus et citoyens...
Sebastian

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