lundi 9 février 2009

Élections européennes: le contexte

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Une étude de l'Eurobaromètre donne une indication de l'opinion publique européenne quant aux prochaines élections au Parlement Européen. Un condensé des résultats spécifiques à la France est disponible ici (fichier pdf). Alors que la campagne pour cette échéance de juin 2009 se met en branle et que le Mouvement Démocrate a présenté ses têtes de listes, il me semble intéressant de faire un état des lieux. Quel intérêt pour l'Union Européenne et son Parlement? Quels enjeux doivent dominer les débats? Où en est la citoyenneté européenne? Autant de questions que je vous invite à discuter dès aujourd'hui pour mieux suivre la campagne européenne du MoDem.




Intérêt

La première estimation présentée est pour le moins inquiétante. À l'automne 2008, moins d'un français sur cinq (contre un sur quatre européen) était au courant que les prochaines élections européennes auraient lieu en 2009. On ne leur demandait pas la date exacte, pas même le mois, mais simplement l'année. On peut chercher différentes explication à cela, notamment l'hyper-médiatisation, au moment de l'étude, des présidentielles américaines qui rentraient dans leur dernière semaine de campagne et, bien sûr, les premières secousses politiques autour de la crise financière et économique. Toujours est-il qu'une telle ignorance du calendrier de cette institution politique majeure, la seule où les citoyens des 27 pays de l'Union ont véritablement leur mot à dire, démontre un désintérêt certain pour la politique européenne.

Une fois informés de l'année des élections, 53% des français assumaient encore leur désintérêt pour ces élections. C'est d'une ampleur comparable à la moyenne européenne ; à comparer aux 73% qui reconnaissent une importance significative du Parlement Européen dans la vie de l'Union. Autrement dit, on sait quand les élections auront lieu, on sait que c'est important, mais une majorité reste désintéressée. Pourquoi?

Il est reconnu dans tous les courants politiques que nous ne sommes pas assez informés, par les médias comme par nos élus nationaux et européens, non seulement sur le fonctionnement européen mais surtout sur l'impact réel du pouvoir législatif européen sur notre propre vie politique française. Un chiffre est mis en avant ces jours-ci, notamment chez les eurosceptiques: 80% des lois votées par le parlement français sont des lois européennes à valider sans aucune discussion ni amendement possible. Il n'y a qu'une conclusion possible: si l'on est démocrate et que l'on veut pleinement jouer son rôle de citoyen, en Europe comme en France, ces élections européennes sont incontournables ; le désintérêt devient aussi irresponsable qu'absurde, aussi bien pour les pro que pour les anti-européens.

Lutter contre ce désintérêt sera une clé essentielle de ces élections. Il faut garder à l'esprit que les désintéressés ne sont pas forcément contre la construction européenne. Simplement, ils ne la connaissent pas, ne la comprennent pas. Il faudra être particulièrement pédagogue sur les enjeux, sur les propositions et sur la méthode. Se montrer enthousiaste et optimiste sera un atout mais ce ne sera pas suffisant. Il faudra d'abord démontrer que l'Europe est incontournable, qu'elle est capable et qu'elle est lisible. Il faudra aussi avoir le courage de se défaire du prisme franco-français pour se positionner en européen, oser parler du programme non pas du Mouvement Démocrate mais de l'Alliance des Démocrates et Libéraux pour l'Europe (ADLE), s'afficher sereins dans la dimension européenne.


Enjeux

L'étude liste une série de thèmes que les citoyens européens considèrent prioritaires. L'économie, bien sûr, l'environnement, évidemment, la sécurité, l'immigration... Je suis déçu de ne pas y voir la démocratie ou la citoyenneté. Ce n'est pas une surprise. Je suis persuadé que la très grande majorité des européens considère, par méconnaissance, la démocratie européenne comme ils considèrent leurs démocraties nationales: acquise. Pourtant l'Union Européenne n'est pas un projet achevé mais en construction. Le développement d'une véritable démocratie européenne est un thème que le Mouvement Démocrate se doit d'imposer pendant la campagne.

Si au niveau de l'Union Européenne les enjeux de l'économie et du chômage sont primordiaux, il est une spécificité française: le pouvoir d'achat. Depuis les présidentielles de 2007 ce thème est la priorité des français, à fortiori en période de crise. 70% des français le placent en critère principal pour leur vote de juin 2009. Pourtant, l'Union Européenne ne peut pas aujourd'hui agir à ce niveau et rien ne dit qu'elle pourrait le faire rapidement. Il faudra clairement et fermement replacer ce débat du pouvoir d'achat, comme tous ceux qui ne concernent pas directement le champ d'action du Parlement européen, dans son cadre national.

Parmi les grands enjeux: l'environnement. Avec la crise économique le thème perd un peu de son urgence dans l'esprit des citoyens, alors qu'il pourrait au contraire en gagner par le réservoir de croissance économique qu'il représente, mais la réalité n'attend pas. Le Mouvement Démocrate présente une liste particulièrement puissante en ce qui concerne l'écologie et l'ADLE, associant sa vision libérale à une politique environnementale solide, joue un rôle essentiel de médiateur au Parlement Européen. Il faudra mettre en avant la crédibilité de nos candidats - je pense à Corinne Lepage et Anne Laperrouze notamment - et le sérieux du groupe parlementaire.


Citoyenneté

La dernière partie de l'étude tente de mesurer l'identité européenne. Sur ce point la France ne dépareille pas trop de ses voisins. Ainsi la monnaie unique, les valeurs démocratiques et l'histoire commune constituent les principaux fondamentaux de l'identité européenne.

Quant à ce qui pourrait la renforcer, les européens semblent converger vers une politique sociale plus affirmée, énonçant le souhait d'un véritable système européen de protection sociale et médicale. Une proposition qui me paraît particulièrement intéressante est l'idée d'une force d'intervention européenne en cas de catastrophe naturelle n'importe où dans le monde. Personnellement je verrais bien cette idée se concrétiser avec celle d'un service civique européen basé sur le volontariat, pour aller vers une anthropolitique.

Je note également que les français se montrent particulièrement attirés par la possibilité d'élire un Président de l'Union Européenne au suffrage universel. L'idée me plaît aussi, mais il faudrait évidemment définir clairement ses pouvoirs et la séparation de ces derniers par rapport, entre autres, au Parlement et la Cour Européenne des Droits de l'Homme, ses conditions d'éligibilité et le cadre de son mandat. Imaginez qu'un omni-président concentrant tous les pouvoirs se retrouve à la tête du continent...

Une chose qui ressort de cette étude, c'est l'aspect secondaire accordé à une défense et une diplomatie européennes. Comme si les citoyens européens tenaient d'abord à consolider l'Union avant de la projeter sur la scène internationale, ce qui me semble tout à fait sage. Avant de parler de l'UE dans le Monde il faudra débattre de l'UE en Europe.


Le Mouvement Démocrate joue gros sur ces élections. Il est le seul parti français fondamentalement et totalement pro-européen, et le type de scrutin lui est favorable. L'Union Européenne elle-même joue gros sur ces élections. À l'heure de l'accumulation de toutes les crises génératrices d'angoisses, de protectionnisme et de nationalisme l'indispensable projet Européen doit plus que jamais être soutenu, clarifié, amélioré. Entre des extrêmes qui se trompent de terrain, une UMP aux têtes de listes forcées, sans enthousiasme, et un PS qui se retrouve face au révélateur de toutes ses divisions, le MoDem et l'ADLE devront rester sereins, pédagogues, rassembleurs et ambitieux.


Aurélien
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samedi 7 février 2009

Mon engagement

La dernière note de Quitterie m'incite à réfléchir sur mon propre engagement.


Le constat

Depuis trop d'années la classe politique dans son ensemble, locale, nationale, internationale, est incapable d'enrayer ce qui ressemble à une dérive qui s'annonce de plus en plus catastrophique socialement, écologiquement, humainement. Les hommes doivent se prendre en main individu par individu, société par société, et finalement en tant qu'espèce responsable, par notre puissance destructrice inégalée, du vaisseau Terre.
Une telle prise en main ne peut se faire que dans le respect et la compréhension de l'autre. Ceci restera impossible tant que nous serons mus par cette pensée qui divise, qui réduit, qui oppose et compartimente. Il nous faut, c'est une urgence, apprendre à relier les éléments sur cette simple réalité qui nous échappe trop souvent: il n'y a pas d'antagonisme absolu. Un antagonisme porte forcément une complémentarité, une interaction, une interstimulation. Il nous faut réformer la Pensée pour aller vers la Pensée Complexe, pour réformer nos actions.
Nos actions, à toutes les échelles, passent par la politique. La politique d'aujourd'hui, en France comme ailleurs, va dans le sens tout à fait inverse, vers un manichéisme toujours plus prononcé qui ne sera jamais apte à générer les réponses aux enjeux complexes auxquels nous ne pouvons tourner le dos. Il faut réformer la politique.




Pourquoi le MoDem?

Dans un paysage politique qui se bipolarise chaque jour un peu plus, la première étape est de favoriser le pluralisme, et de le favoriser encore plus en faisant émerger des mouvements politiques qui eux-mêmes défendent le pluralisme.
En France il n'y a qu'un seul mouvement politique qui porte le pluralisme dans ses fondamentauxm c'est le Mouvement Démocrate. Au-delà de toutes les idées, c'est d'abord l'émergence de cette troisième voie qui en appelle d'autres qui m'a incité à soutenir le MoDem en y adhérent dès sa création. Les ambitions originelles pour une société plus humaine, plus juste, plus raisonnable n'ont fait que renforcer ma décision.


Deux ans plus tard

Le MoDem a survécu à ses premières échéances électorales. Toutes les attentes n'ont pas été satisfaites, certes, des questions internes sont encore à solutionner, d'accord, mais aucune promesse portée en 2007 n'a encore été définitivement reniée. Il y a surtout, désormais, une troisième voie démocrate et indépendante qui compte sur la scène politique et médiatique.
À l'externe, les décisions du MoDem me conviennent largement et semblent évoluer positivement vers un renouvellement et une participation accrue de la société civile. Tout récemment, les têtes de listes aux Européennes forment une équipe nettement plus séduisante que n'importe quelle autre formation politique. Je précise que si j'attends un renouvellement des personnes et des idées, je ne suis pas forcément "jeuniste". La jeunesse, comme la diversité, peut être un atout mais pas un pré-requis.
À l'interne, nous sommes encore loin d'un fonctionnement véritablement démocratique et la transparence laisse à désirer. Les nombreuses déceptions qui s'expriment sur la blogosphère me semblent légitimes. Beaucoup, cependant, ont le désespoir un peu facile et l'impatience trop prononcée. Exprimons notre déception et surtout nos pistes pour améliorer les choses. Je ne m'inquiéterais sérieusement sur ce plan interne que s'il n'y a aucune amélioration lors des investitures pour les prochaines élections régionales.


L'avenir

La politique française est rythmée par le quinquennat présidentiel. Le MoDem est né en 2007 et n'a donc pas encore vécu la moitié d'un cycle. Il est à mon sens trop tôt pour dresser son bilan et juger objectivement de son potentiel et de sa fidélité à ses valeurs fondamentales. L'élection européenne de juin 2009 sera un révélateur important, mais pour ma part je ne tirerai mes premières conclusions sur le sens de mon engagement qu'en 2012.


Je peux affirmer dès aujourd'hui que ma priorité absolue reste de promouvoir la réforme de la Pensée en général et de la politique en particulier. Si en 2012 le MoDem n'était plus le mouvement politique le plus à même de favoriser cela, je n'aurais aucun état d'âme à le quitter pour m'engager ailleurs, autrement, avec en tête cette idée fixe: Enseigner la compréhension entre les humains est la condition et le garant de la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité (Edgar Morin).



Aurélien
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vendredi 6 février 2009

L'inquiétude persiste

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Je viens de regarder l'interview "Face à la crise" du Président de la République. Un grand oral pour rassurer les Français, se montrer pédagogue, maître de la situation et surtout, surtout, honnête. Levez la main droit et dites: "Je le jure".



Voici ce que j'en retiens:


L'annonce concrète:
La taxe professionnelle sera supprimée en 2010. Le but: encourager les entreprises à ne pas délocaliser leurs usines. Le manque à gagner: 8 milliards d'euros selon Nicolas Sarkozy, plus de 26 milliards d'euros - équivalent du plus beau plan de relance du monde - dans la France réelle de 2008 (aucune objection des intervieweurs...). La compensation: à discuter avec les collectivités locales qui la perçoivent, une piste avancée est la taxe carbone.




Les pistes pour le pouvoir d'achat:
- Suppression de la première tranche d'impôt sur le revenu pour aider les classes moyennes qui, selon l'observatoire des inégalités, ne la paient pas... aucune objection des intervieweurs.

- Effort pour protéger les jeunes qui ne retrouvent pas d'emploi et n'ont pas ou peu de protection sociale. Très bien... dommage qu'il faille la crise du siècle pour simplement l'envisager.

- Discussion entre partenaires sociaux pour une redéfinition du partage des richesses. Tout d'un coup le dialogue social avant la décision ultime est privilégié. Espérons que l'éventuel accord entre le patronat et les syndicats qui en sortira sera respecté par le gouvernement... pas comme la dernière fois sur la représentativité syndicale.

- Souhait d'une réforme du système de rémunération des traders. Ça ne pouvait pas être une condition de l'aide accordée aux banques? Aucun interviewer ne posera la question...

- Pas de dépenses publiques supplémentaires. Ça donne une idée des marges de négociation pour les pistes sociales évoquées plus haut...

- Lutte contre les paradis fiscaux. Andorre, Monaco et le Luxembourg n'ont qu'à bien se tenir. Aucun interviewer ne rappelle à Nicolas Sarkozy qu'il est de fait co-Chef d'État d'Andorre...

- Volonté de baisser la TVA à 5,5% sur tous les produits culturels et pour la restauration. Le fantôme du Roi Fainéant plane...



La concentration des pouvoirs:
J'attendais une telle question avec impatience. Réponse: "Mais enfin M'sieur Pujadas, vous voyez bien que j'fais tout comme De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac qui nommaient leurs Premiers Ministres!"... Aucun interviewer ne juge pertinent de relever que la nomination du Premier Ministre EST un pouvoir présidentiel, ni que c'est de la confiscation des pouvoirs judiciaire, législatif et médiatique qu'il était question, ni qu'il n'est pas Président de la République UMPiste, mais bien Française.


La dette filera:
Le gouvernement a engagé 25 milliards d'euros sur les 320 milliards mobilisés pour sauver les banques françaises. Les premiers intérêts rentrent: 1,4 milliards d'euros seront perçus par l'État qui reversera le tout dans des mesures sociales... et ne remboursera donc pas les intérêts de son emprunt à lui. Le spécialiste économique Guy Lagache ne sourcille même pas...


L'action internationale coordonnée face à la crise:
Je dois avouer que c'est la partie que j'ai le plus apprécié. Certes il est difficile d'avancer quoi que ce soit de concret aujourd'hui, et même si ce ne sont que des annonces les quelques points défendus par Nicolas Sarkozy m'ont semblé cohérents et pertinents. Il a une belle carte à jouer en avril prochain. Après son relatif succès à la présidence du Conseil Européen, c'est à se demander si tout en faisant n'importe quoi sur la scène nationale il ne serait pas en train de se tailler un bilan positif sur le plan international. Tiens... ça me rappelle un autre Président ça... À suivre.


2012:
Il a des doutes sur son éventuelle candidature. Il ne veut pas se présenter pour simplement finir un premier quinquennat incomplet, mais pour défendre un vrai nouveau projet. Les journalistes présents ne le relance pas sur la récente réorganisation de l'UMP qui ressemble furieusement à une machine de campagne qui se met en branle. Dans mon esprit il sera candidat, ça ne fait aucun doute, ne serait-ce que parce qu'il n'y a aucune alternative à droite. Saura-t-il nous vendre la rupture avec lui-même?


Mensonge:
Le Président explique la future procédure de nomination du président de France Télévision. Proposition du Président de la République au Conseil des Ministres, validation par le CSA puis, selon lui, accord nécessaire des 3/5 des parlementaires en commissions spécifiques. Dire le contraire serait un mensonge. Je vais donc "mentir" en rappelant que les 3/5 des parlementaires sont requis pour refuser la proposition, non pour l'accepter, ce qui change tout. Et non, M. Sarkozy, ce n'est parce que c'est transparent que c'est démocratique.


Les oublis:
On ne peut pas tout aborder en 90 minutes, mais quand même... dans le désordre: la Guadeloupe, la justice, les victimes de la tempête dans le Sud-Ouest, l'agriculture, la culture, les élections européennes, Julien Coupat, le Proche-Orient, les retraités, le second EPR... Parce que franchement, le buzz sur Kouchner et les états d'âmes de Rama Yade et Rachida Dati: on s'en fout.



Conclusion:
Le but était de rassurer. En ce qui me concerne c'est un échec. Sur la crise elle-même, mis à part de bonnes intentions affichées au niveau international, la seule annonce concrète en période de grande tension sociale est un cadeau aux entreprises, le reste n'est qu'une vague évocation de pistes constituant une patate bouillante jetée à la figure des partenaires sociaux. Par ailleurs rien, surtout pas ceux qui l'interrogent, ne semble remettre en question sa pratique politique, la concentration des pouvoirs et les menaces que ce Président de la République fait peser sur notre démocratie. D'où le mot le plus à propos de la soirée, et qui n'est pas prêt de cesser de raisonner: inquiétude.



Aurélien
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jeudi 5 février 2009

Les Jeudis d'Edgar - 15 - Penser l'Europe

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Au lendemain de la présentation des têtes de listes du Mouvement Démocrate pour les prochaines élections européennes, il me semble pertinent pour ce quinzième billet des Jeudis d'Edgar de présenter l'une de ses réflexions sur la question européenne.

Ancien résistant communiste, Edgar Morin est, au sortir de la seconde guerre mondiale, anti-européen. Il perçoit le vieux continent comme un foyer d’impérialisme et de domination. Rejetant le stalinisme, dès 1951, il part soutenir les luttes du tiers monde, puis revient à l'Europe dans les années 70 parce qu'il considère le plus précieux dans la culture européenne lui semble aussi le plus vulnérable. Il appelle dès lors à concevoir une communauté de destin, une démarche essentielle pour restituer l’identité commune sous et dans la diversité.


Extrait de Penser l'Europe:


Ce qui est important dans la culture européenne, ce ne sont pas seulement les idées maîtresses (christianisme, humanisme, raison, science), ce sont ces idées et leurs contraires. Le génie européen n’est pas seulement dans la pluralité et dans le changement, il est dans le dialogue des pluralités qui produit le changement. Il n’est pas dans la production du nouveau en tant que tel, il est dans l’antagonisme de l’ancien et du nouveau (le nouveau pour le nouveau se dégrade en mode, superficialité, snobisme et conformisme).

Le doute européen est d’autant plus vivifiant qu’il allie le scepticisme à quelque chose qui le nie à son tour. Ainsi le doute n’est pas seulement au cœur de la méditation de Montaigne, il est au cœur de la méthode de Descartes, de la foi de Pascal, de l’empirisme de Hume. Et, pour prendre les vrais héros de la littérature européenne qui sont des héros anti-héros, dont la faiblesse est grandeur, le doute n’est-il pas au cœur du devoir sacré d’Hamlet, de la lassitude permanente d’Oblomov, de la tragédie d’Ivan Karamazov, de la misère de Stravoguine?

Aujourd’hui, Milan Kundera peut rétrospectivement reconnaître en Quichotte, Faust et Don Juan les héros typiquement européens parce qu’ils sont héros de l’échec et de la dérision dans la poursuite du sublime et de l’absolu. Chacun à leur manière, ils refusaient la finitude, croyaient à l’illimité, ignoraient le principe de réalité au moment même où il s’imposait à eux. Et cela, alors que le monde bourgeois, capitaliste, scientifique, obtenait les plus prodigieuses réussites parce qu’il obéissait à tous les principes réalistes. Mais nous savons aujourd’hui que le capitalisme, la science, l’Europe obéissaient en profondeur à des pulsions qui refusaient la finitude, croyaient en l’illimité et finalement allaient oublier le principe de réalité. La littérature européenne n’a pas cessé de porter en elle le négatif invisible, fait de souffrances et d’échecs, de l’image euphorique du progrès indéfini et de la conquête du monde.

N’y avait-il pas enfin quelque secrète et permanente connexion entre la négativité propre à la culture européenne et le processus finalement autodestructeur qui a entraîné l’Europe à la ruine?



Intéressante question que je n'hésiterais pas à formuler au présent plutôt qu'au passé, surtout en cette période qui ne prête guère à l'optimisme, où tous les pouvoirs sont défiés. Il y a sans doute un cercle vicieux, pernicieux, à rompre pour redonner de l'élan à la construction européenne. Le dialogue des pluralités dont parle Edgar Morin, c'est celui des peuples, des cultures et des époques. Il vient du passé et d'en bas pour aller vers le haut et l'avenir. L'Europe ne peut plus avancer sous une bureaucratie illisible qui depuis Strasbourg ou Bruxelles impose discrètement mais sûrement sa loi.

En ce sens, dans le cadre des élections européennes, l'équipe présentée hier par le MoDem porte un alliage très équilibré d'expérience, de nouveauté et de crédibilité. Elle me semble de loin la plus à même de saisir la complexité européenne et d'œuvrer à démocratiser l'Europe et la rendre enfin lisible à ses citoyens.

Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.



Aurélien

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mercredi 4 février 2009

La Justice française est assiégée

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Depuis quelques jours je suis, par l'intermédiaire du Monde, le déroulement de l'audience disciplinaire du juge Fabrice Burgaud devant le Conseil Supérieur de la Magistrature. Le juge d'instruction en charge de l'affaire d'Outreau, pendant plus de trois ans, est à l'origine de la détention provisoire abusive de 18 personnes innocentes. Il est cependant important de préciser qu'en 2006 une Commission d'Enquête Parlementaire a identifié des dysfonctionnement à tous les échelons de l'appareil judiciaire.

En première instance 6 personnes avaient, à la surprise générale, été condamnées avant d'être acquittées en appel suite à l'effondrement des thèses de l'accusation.

Le juge d'instruction a des pouvoirs très importants et jouit d'une indépendance totale. Il est donc essentiel qu'il ait à rendre des comptes en cas d'erreurs graves, voire de fautes professionnelles. En ce sens, l'audition du juge Burgaud devant le CSM est parfaitement justifiée et je souhaite qu'elle aboutisse à un verdict équilibré.





À la lecture des articles du Monde, comme celui-ci ou celui-là, il semble qu'un tel verdict est tout à fait possible. Mais il y a tout de même un élément que je trouve très inquiétant, c'est l'agressivité dont fait preuve la Chancellerie, soit à peu de choses près le Ministère de la Justice, par l'intermédiaire de sa Directrice des Services Judiciaires Dominique Lottin. Cette dernière concentre un feu nourri à l'encontre du juge Burgaud, au mépris des conclusions de la Comission Parlementaire de 2006, allant jusqu'à l'accuser d'avoir instruit à charge de manière abusive et volontairement trompé sa hiérarchie.

Beaucoup trouveront normal, voire juste, que le juge Burgaud subisse un tel acharnement après ce que les innocents d'Outreau ont subi sous son instruction. Pour ma part, d'abord, la justice ne doit pas suivre la loi du Talion, même l'accusation. Ensuite il y a là une évidente tentative d'influencer le déroulement de l'audience, dans un premier temps, puis l'opinion publique pour favoriser la réforme annoncée récemment de suppression du juge d'instruction.

Maître Eolas explique bien mieux que moi cette pression et je ne m'attarderai que sur les conséquences:

En suivant cette stratégie le Ministère de la Justice, notamment par son Garde des Sceaux officieux et donc l'Élysée pourtant garant de l'indépendance de la justice, est certain de sortir de cette audience en position de force pour mener à bien l'élimination du juge d'instruction tel qu'on le connaît aujourd'hui.
En effet, si le CSM abonde dans le sens de la Chancellerie, le gouvernement pourra avancer que la justice elle-même a reconnu les potentielles dérives intrinsèques à la fonction. Si, à l'inverse, le juge Burgaud n'est sanctionné que symboliquement, nul doute que le pouvoir en place, avec en première ligne Nicolas Sarkozy gonflé au pathos et au populisme, aura alors un boulevard pour dénoncer une justice qui s'acquitte de toutes ses erreurs.

Par cette manœuvre la Justice de notre pays est cernée et le sort de son indépendance semble d'ores et déjà scellé. Cette indépendance mérite plus que jamais toute notre vigilance ; d'autant plus que les autres pouvoirs - exécutif, législatif et médiatique - sont déjà confisqués par l'Élysée. Il est urgent que des voix démocrates cessent de craindre l'opinion public, s'élèvent contre cette exploitation éhontée d'un drame et dénoncent ce détournement d'un procès essentiel pour l'avenir de la justice française.


Aurélien
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Sarkozy: ad lib sur le Québec

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Le Président de la République a déclenché une nouvelle polémique sur la façade Ouest de l'océan Atlantique en ne respectant pas, pour la seconde fois, la règle tacite de non indifférence-non ingérence entre la France et le Canada depuis près de trente et le célèbre "Vive le Québec libre!" de Charles De Gaulle.




La première fois c'était lors du sommet de la Francophonie organisé à Québec dans le cadre des festivités pour les 400 ans de la capitale provinciale. Cette fois-ci, lors de la remise de la Légion d'Honneur au Premier Ministre du Québec, Jean Charest, Nicolas Sarkozy persiste et signe des deux mains son plaidoyer pour le fédéralisme canadien. La vidéo est disponible ici (seconde vidéo du 3 février).



Dans son discours, à la forme plutôt informelle et amicale, le Président français résume rapidement le parcours de son invité puis, comme il aime le faire en de telles occasions, s'écarte de son discours. Je me suis amusé à retranscrire ses mots et vous invite à en souffrir la lecture:

Pour ma part je vous le dis, je l'ai dit: moi le Québec c'est ma famille, et l'Canada sont mes amis et franchement j'le dis... bon bref, j'ai adoré parler d'vant l'Assemblée Nationale. Comme vous êtes courtois... j'ai vu des sourires... y avait des sourires spontanés... y avait des sourires un peu moins sourire, mais qu'est ce que vous voulez on n'se refait pas. Moi j'crois qu'il faut qu'on aime plus le Québec encore, qu'il faut qu'on fasse encore plus de choses, comme c'qu'on fait ensemble sur les diplômes, c'est quelque chose de considérable... il faut qu'ça franchisse les discours pour aller dans la réalité... y faut que notre amitié, notre appartenance familiale, ne soit pas une nostalgie, que ce soit notre avenir, mais que ce soit pas simplement des discours... mais des réalités... que des jeunes étudiants puissent voir reconnaître leurs diplômes des deux côtés... dans nos deux pays... c'est ça l'amitié... c'est ça la fraternité... c'est ça la famille... Mais pour vous aimer je n'ai pas besoin de détester les autres. C'est quand même une idée étrange... je ne vois pas moi j'ai... j'ai toujours vu... les membres de la grande famille francophone, je le dis devant notre secrétaire général, mais cet attachement à notre culture, cet attachement à notre langue, cet attachement à nos liens, pourquoi devrait-il se définir comme une opposition à qui que ce soit d'autre. Et c'est vrai que le ni indifférence-ni ingérence qui a été la règle pendant des années pffff... honnêtement c'est pas trop mon truc... non pas qu'il faut faire de l'ingérence bien sûr... m'enfin... j'préfère dire aux québécois vous êtes de ma famille ou je suis de la votre plutôt qu'leur dire y a pas d'indifférence... dites-donc... quel amour!

Voilà alors moi j'ai voulu refonder ça. Nan mais ya oh je sais... ça a créé beaucoup d'inquiétudes... ici on m'a dit tu vas donc toucher un tabou, encore un, et oui... et quand on est sincère, pourquoi avoir peur de toucher un tabou? Pourquoi? Croyez-vous mes chers amis que le monde dans la crise sans précédent qu'il traverse a besoin de division? A besoin de détestation? Et est-ce que pour prouver qu'on aime les autres on a besoin de détester leurs voisins? Quelle étrange idée! Et est-ce que l'message de la francophonie ne devrait pas être un message de rassemblement, un message d'union, un message d'entente, d'ouverture, de tolérance et pas aller dire à ceux qu'on aime, on vous aime d'autant plus qu'on déteste vos voisins... ah! Quelle étrange...

Franchement ça m'a fait un plaisir fou de pouvoir aller chez vous le dire et quand même être compris du plus grand nombre. Et je le dis très simplement... ceux qui ne comprennent pas cela... je crois pas qu'ils nous aiment plus encore... je crois qu'ils n'ont pas compris dans le message de la francophonie, dans les valeurs universelles que nous portons au Québec comme en France le refus du sectarisme, le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même, le refus de... cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre, alors que si notre identité est forte, on a pas bsoin d'être agressif... on a pas bsoin d'être agressif.

Voilà... j'espère que vous avez compris que c'était pas dans le discours. Mais que pffff j'avais vraiment envie d'vous l'dire. J'avais vraiment envie de dire que pour moi décorer Jean en présence du Premier Ministre et de vous tous c'est un grand plaisir parce qu'en plus vot' Premier Miniss' c'est quelqu'un qui a des qualités humaines qui fait qu'on l'aime énormément. J'ai beaucoup apprécié sa façon de franchir les creux et les bosses... donc y a aussi des épreuves au Québec... tant mieux... y a aucune raison qu'tu sois mieux traité qu'nous. Et puis je voudrais dire à ta famille, tes enfants, à ceux qu'ils aiment, ta femme, combien on est heureux de les accueillir ici... C'est vraiment une petite cérémonie familiale dont je suis sûr qu'elle sera retransmis dans cet exact esprit par les journalistes à la fois du Québec, du Canada et de France, qui sont ici... merci à tous.



Les journalistes... et un blogueur.

Je passe sur la forme, le niveau de français et le malaise visible chez Jean Charest.

Voici donc comment, dans une ambiance par ailleurs tout à fait sympathique, Nicolas Sarkozy a démontré son ignorance totale de la question de la souveraineté québécoise. Moi-même, en tant qu'expatrié vivant depuis bientôt six ans à Montréal, devenu citoyen québécois et canadien, relativement intéressé à la chose politique, je n'ai toujours pas d'avis arrêté sur la question.

Le sujet ne se limite pas à la francophonie, mais est complexe dans pratiquement tous les domaines. Il ne s'agit pas non plus de simplement détester le reste du Canada pour exister. Il est aussi clair que ce projet, s'inspirant assez largement des pays scandinaves, en est un de société en opposition radicale avec celui défendu par le Premier Ministre canadien actuel, le conservateur Stephen Harper, clone de G.W. Bush (sans les bourdes verbales). Rien que sur la question environnementale, si cruciale de nos jours, pour laquelle le Canada a totalement failli a sa réputation ces dernières années, l'indépendance du Québec pourrait sembler légitime.

Réduire les ambitions indépendantistes d'environ 50% des québécois à du sectarisme, de l'intolérance ou de l'agressivité représente un manque total de crédibilité et de sérieux à ce niveau de l'État et de diplomatie internationale. Lever un tabou pour dire n'importe quoi ne sert qu'à ridiculiser soi-même et ceux que l'on représente.


Il vaut mieux se taire et passer pour un con que de parler et ne laisser aucun doute à ce sujet.
[Pierre Desproges]



Aurélien
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mardi 3 février 2009

Le Sénat s'écrase...

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... et l'Élysée achève sa prise de contrôle sur le pouvoir médiatique... et législatif.

Ils se disaient humiliés, vexés d'avoir été contournés par le gouvernement qui avait poussé Patrick De Carolis à supprimer la publicité après 20h sur les chaînes du service public avant même que la loi ne soit votée. Ils nous promettaient de nous montrer ce que c'est qu'une assemblée sérieuse au service de l'intérêt général. Les sénateurs français ne seraient pas des godillots comme leurs collègues du Palais Bourbon. J'avais moi-même fini par y croire et attendais avec une certaine hâte de voir ce texte de loi profondément révisé... en vain. Le Sénat n'a pas tenu et, étant donnée sa composition, il a cédé par le Centre - à méditer pour le MoDem qui revendique officiellement 19 sénateurs - qui aura préféré, finalement, suivre les sirènes de l'UMP plutôt que la voie de l'équilibre démocratique.



Extrait de l'article du Monde:

Ils avaient jugé "indispensable" que figure dans la loi la garantie d'une "rédaction propre" pour chacune des sociétés de France Télévisions diffusant des journaux télévisés. Cette mention disparaît. Ils avaient prévu que le président de France Télévisions ne puisse être révoqué sans un avis conforme des trois-cinquièmes des suffrages exprimés dans les commissions parlementaires des affaires culturelles. Ils y ont renoncé. Ils avaient autorisé Radio France Outre-mer (RFO) à continuer de bénéficier des ressources de la publicité. La CMP a rétabli le texte de l'Assemblée.


Nicolas Sarkozy peut donc être satisfait, il pourra désormais nommer et révoquer le président de France Télévision à sa guise, puisque seul un avis non-conforme de trois-cinquièmes dans les commissions parlementaires, autrement dit impossible dans l'état actuel du parlement, pour le contredire. Un président de la télévision publique qui chaque année devra faire valider son budget par ce même parlement aux ordres de l'Élysée. L'indépendance, déjà discutable, disparaît.

L'exécutif, c'est fait.
Le médiatique, c'est fait.
Le législatif, c'est fait.
Le judiciaire, c'est en cours...

Mais si les français sont inquiets, c'est à cause de la crise. Il n'y a que la crise. Qu'à cela ne tienne, le Président de la République répondra à nos inquiétudes dès jeudi, simultanément sur TF1, France 2 & M6 (et RTL). Autant dire qu'il jouera à domicile.

Étant donné que ce qu'il y dira est déjà dans tous les médias - il est ouvert au dialogue mais il est hors de question de changer quoi que ce soit... -, que le tout sera fidèlement reporté dans les médias le soir même et le lendemain, que l'UMP l'aura trouvé visionnaire quand le PS l'aura trouvé sourd aux mouvements du 29 janvier et qu'il serait de l'ordre du miracle qu'une question pertinente sur sa concentration des pouvoirs soit posée, le meilleur signal à émettre ne serait-il pas d'éteindre SA télévision?


Aurélien
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