mardi 17 février 2009

Buzz parental

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De nombreux blogueurs ont vivement réagi aux déclarations de Nicolas Sarkozy sur la réforme annoncée de la politique familiale avec, entre autres, la réduction du congé parental d'éducation. Je salue notamment le dynamisme de Marie-Laure (Hypos) qui mène le débat sur plusieurs fronts.

Voici un nuage de liens pour découvrir ce qui a été dit ailleurs depuis mon billet de vendredi dernier:




Aurélien
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lundi 16 février 2009

Faces à faces

Trois faces à faces ont retenu mon attention aujourd'hui:


Le comble de la furtivité
Depuis des années les puissances nucléaires de ce monde se livrent une bataille navale sous-marine. C'est à qui aura le sous-marin nucléaire le plus furtif, à qui pourra patrouiller les océans en long, en large et en travers sans se faire repérer. À ce jeu là, la France et la Grande-Bretagne excellent, notamment depuis le lancement de la dernière génération de sous-marins. Ces derniers ont atteint un niveau de discrétion si impressionnant... qu'ils peuvent entrer accidentellement en collision frontale.
C'est ce qui s'est passé au début du mois entre le Triomphant français et son homologue britannique HMS-Vangard. Un accident rarissime et heureusement sans grande conséquence: quelques bosses sur la coque côté anglais, un sonar endommagé côté français. Au pire, il est envisageable que l'une des deux puissances, ou les deux, soit en mesure de déterminer la signature acoustique de l'autre, ce qui serait sans doute très mal vu par les états-majors même si, heureusement, il s'agit d'alliés.
Mais ce n'est rien comparé aux vies qui étaient à risque, à une éventuelle fuite radioactive, à la possible perte de têtes nucléaires... le pire a été évité.




La rupture d'après

On ne sait pas s'ils pourront nous éviter le pire. On ne peut pas dire non plus qu'ils soient véritablement furtifs, encore moins alliés. Il n'y a pas de risque nucléaire mais ce face à face pourrait faire de gros dégâts. Demain, Xavier Bertrand, Secrétaire Général de l'UMP, retrouve son siège de député à l'Assemblée Nationale, où le groupe UMP est présidé par Jean-François Copé. Les deux aspirants désignés à la succession de Nicolas Sarkozy - à la tête de la droite française et si possible au-delà... - se retrouvent donc sur le même terrain.
Ils ne cachent pas la détestation qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, mais se disent capables de mettre leurs ambitions de côté avant les présidentielles de 2012, sinon 2017. À respectivement 38% et 34% d'opinions favorables selon le baromètre Ipsos de janvier 2009, Xavier Bertrand et Jean-François Copé amorceront demain un long duel, à rendre jaloux les éléphants du PS, qui sera politiquement mortel pour au moins l'un des deux.
En attendant, ils placent leurs pions et à ce petit jeu il semble que ce soit Jean-François Copé qui ait l'avantage en "cultivant sa proximité", selon l'expression du Figaro, avec Brice Hortefeux, l'ami du Président et détenteur des clés pour les investitures UMP aux élections. De plus le destin de Xavier Bertrand semble définitivement lié à celui de Nicolas Sarkozy, quand Jean-François Copé peut encore se présenter comme une alternative au Sarkozisme... s'il arrive à vendre l'idée de rompre avec la rupture.


Le scénariste

Voici l'un des nombreux surnoms que l'on pourrait donner à Nicolas Sarkozy tant il semble constamment mettre en scène son propre personnage comme ses partenaires et figurants. Pour le coup il est aussi producteur, réalisateur et distributeur, sans oublier, bien sûr, qu'il tient le premier rôle.
Pour la sortie ce mercredi de son dernier long métrage, traitant d'un véritable affrontement politique sur fond de crise sociale, il a tout misé sur le montage. Il a défini l'enchaînement des scènes, en a coupé certaines, et pré-déterminé les réactions de tous les protagonistes. Comme dans tous ses films, le Président assure lui-même toutes ses cascades. Le dialogue (social) est grossier et figé, mais on l'oublit grâce, paraît-il, à un dénouement inattendu qui "surprendra tout le monde".
Reste à connaître le titre de l'œuvre et bien sûr l'accueil que lui réserveront la presse et les spectateurs...



Aurélien
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Le Cercle des professeurs et des chercheurs disparus...

Ou la Révolte des sages...

Depuis le début du conflit auquel le gouvernement de Nicolas Sarkozy, avec en première ligne Valérie Pécresse, fait face sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs, et au-delà sur l'autonomie des universités, je guette la réaction d'Edgar Morin qui, un peu dans l'ombre du sociologue philosophe que l'on a plaisir à lire ou écouter dans les médias, est aussi Directeur de recherche émérite au CNRS.

Ma patience est aujourd'hui récompensée puisque le 11 février dernier était publié l'appel Pour un Cercle des professeurs et des chercheurs disparus, signé par 216 professeurs et chercheurs dont Edgar Morin qui, je le devine par certains mots et arguments, en est l'un des inspirateurs et coauteurs. Un appel qui va au-delà des enjeux directs de la réforme controversée.

Fidèle aux raisonnements développés dans ses livres, il s'associe ici avec ceux qui rejettent la séparation, la fragmentation et la parcellisation des savoirs ; trois dérives profondes aux conséquences graves non seulement pour la Recherche et l'Enseignement, mais pour la civilisation elle-même.

Ils lancent cet appel à tous ceux qui s'y reconnaîtront et qui souhaitent agir pour défendre la Pensée, la Culture et même la Démocratie.



En voici l'intégralité, c'est long mais c'est profond:

Le monde de l’Université et de la Recherche est en proie depuis quelques temps déjà à un processus de dégradation sans précédent en Occident depuis des siècles, et à de lourdes menaces non pas contre la liberté de pensée, apparemment portée au pinacle, au contraire, mais contre la pensée elle-même. Plus spécifiquement, ce que ces assauts menacent de faire disparaître, définitivement peut-être, c’est le rapport humaniste à la culture qui était au fondement de l’Université, ce mélange d’obligation et de plaisir pris à la connaissance désintéressée des œuvres d’art et de pensée, littéraire, philosophique ou scientifique.

Dissipons d’entrée de jeu les soupçons que ne manqueront pas de faire naître ces affirmations liminaires :

- Notre objectif n’est pas de vitupérer l’époque, de déplorer la perte du bon vieux temps et de dénoncer l’inflation informatique ou la vulgarité télévisuelle. Chacun en pensera ce qu’il veut.

- Nous ne méconnaissons nullement que la définition de ce qui fait ou doit faire partie de la culture – la culture des femmes ou des hommes dits cultivés- est largement contingente et éminemment variable. Pourquoi l’histoire du rock ou de la dynastie Ming ne serait-elle pas aussi importante que celle de la poésie anglaise médiévale ou des guerres de Louis XI ?

- Il n’est pas davantage dans nos intentions de défendre par principe et contre toute réforme les institutions universitaires ou de recherche existantes. Leur incapacité à réagir contre les coups inouïs qui leur sont portés atteste assez, justement, de leur abandon, déjà ancien, des idéaux de la connaissance humaniste universitaire, qu’elles ne font même plus semblant d’honorer.

- Enfin, en parlant d’idéal de connaissance humaniste nous ne songeons pas particulièrement, on l’aura compris, à l’enseignement du grec, du latin ou des Belles Lettres. Il y a un rapport cultivé et humaniste à tout savoir, qu’il s’agisse de physique, de mathématiques, de philosophie, de sciences humaines ou sociales, de science économique, de gestion etc. Aussi bien, ce qui nous importe ici n’est pas d’énoncer ce qui doit faire partie des savoirs généraux légitimes mais d’affirmer l’absolue nécessité à la fois qu’il existe des savoirs généraux partagés, et de préserver et de faire revivre un certain type de rapport au savoir, à sa production et à sa transmission. L’Université, l’Universitas s’est définie en tant que telle par cette aspiration à une certaine universalité du savoir. N’hésitons pas à qualifier ce type de rapport au savoir, indispensable à la pensée et au fonctionnement d’une Université digne de ce nom, de « désintéressé ». Ce qui ne signifie évidemment pas : « sans intérêt ». Au contraire, les savoirs désintéressés sont ceux auxquels on désire accéder ou transmettre parce qu’ils sont source intrinsèque de plaisir, d’étonnement, de passion, d’excitation ou d’émerveillement. Les plus intéressants, donc. Ou bien ceux que l’on doit acquérir pour devenir pleinement citoyen de son époque, et acteur social à part entière. Dissipons une autre équivoque possible. Défendre un idéal du savoir désintéressé ne veut pas dire qu’il n’y aurait pas à se soucier des débouchés professionnels des études universitaires ou des usages sociaux et appliqués de la Recherche, et ne signifie pas non plus qu’il ne devrait pas être fait une place, même très importante, même la plus importante quantitativement pour des savoirs immédiatement utiles. En revanche, il convient de résister par tous les moyens à la résorption des savoirs désintéressés ou, plutôt, de la modalité et du moment désintéressé du savoir dans la formation professionnelle – ou pseudo professionnelle, - et dans les connaissances appliquées, ou pseudo pragmatiques.

Mais la menace principale qui pèse désormais sur la pensée ne réside pas au premier chef dans cette couse effrénée à la professionnalisation de l’enseignement universitaire. Elle tient, bien plus profondément, à une spécialisation-professionnalisation désormais délétère non pas tant de la transmission que de la production du savoir lui-même. Le monde de l’Université et de la Recherche est désormais entré résolument, inexorablement peut-il sembler, dans la troisième et peut-être ultime étape d’un processus de déculturation du savoir amorcé il y a une trentaine d’années et que l’on peut décrire sommairement comme suit :

1. La séparation des savoirs. Dans un premier temps, il est devenu peu à peu possible, puis plus ou moins recommandé, d’entrer dans les divers champs disciplinaires en laissant au vestiaire la culture générale de base, littéraire, historique ou philosophique, en se contentant d’une maîtrise parfois approximative du français (ou de la langue maternelle de tel ou tel pays), et en ignorant superbement l’existence des autres disciplines. Ce fut le début de l’explosion des formalismes et des jargons disciplinaires.

2. La fragmentation des savoirs. La deuxième période, toujours d’actualité, est celle de l’intensification des clivages disciplinaires. Ce ne sont plus désormais les disciplines qui se séparent en se déniant les unes aux autres tout substrat commun, mais les sous-disciplines ou les sous-sous disciplines (ainsi existe-t-il, par exemple, plusieurs écoles de mathématiques financières, inaccessibles à la quasi-totalité des économistes, avec les résultats que l’on sait).

3. La parcellisation des savoirs. La troisième vague, amorcée depuis assez longtemps déjà dans les pays de langue anglaise mais qui touche maintenant la France de plein fouet est celle de la réduction des sous-savoirs à des parcelles de connaissance elles-mêmes réduites à leur dimension quantitative. La concurrence qui fait rage à l’échelle mondiale entre universités ou entre instituts de recherche les amène tous à se lancer dans une campagne d’affichage de leur valeur, mesurée par le nombre d’articles publiés - presque exclusivement en anglais- , dans des revues soigneusement hiérarchisées, également à l’échelle mondiale, et qui, presque mécaniquement, du seul fait qu’elles sont étalonnées par des experts qui jugent des experts qui jugent des experts etc. (et indépendamment de la forte opacité qui préside à leur hiérarchisation) tendent à ne valoriser que les formulations les plus spécialisées et les plus en accord avec le sous-jargon sous-disciplinaire en vigueur. Cette rationalisation, qui doit permettre d’automatiser l’évaluation des professeurs et des chercheurs par les financeurs privés ou publics est en train d’aboutir à ce quadruple résultat saisissant :

a) Il est préférable d’avoir écrit quelques lignes, même insipides, dans une revue bien cotée que plusieurs articles passionnants et novateurs dans des revues qui le sont moins bien. Quant à écrire des livres, c’est la preuve désormais d’une inaptitude avérée à la recherche, qui ne retire pas encore des points, mais presque, et en tout cas n’en ajoute guère.

b) Dans les commissions de recrutement ou de promotion, plus personne n’a besoin de lire la production des collègues puisque leur valeur a déjà été déterminée « objectivement ».

c) Cette évolution est étroitement liée à une dynamique de privatisation généralisée du savoir qui conduit, dans les sciences de la nature, à déposer des brevets sur toute parcelle de connaissance identifiable et, dans les sciences humaines et sociales à imposer aux bibliothèques, au détriment du livre, l’achat des revues les mieux classées dont les abonnements atteignent des tarifs tout à fait prohibitifs.

d) Cette dérive, déjà fort problématique dans les pays de langue et de culture anglaise l’est encore bien davantage dans tous ceux, et c’est particulièrement vrai en France, où la richesse de la pensée et de l’imagination théorique était fortement liée - à des degrés bien sûr variables selon les disciplines -, à la densité d’une tradition culturelle et à la maîtrise des finesses de la langue. L’obligation d’écrire en anglais se présente alors comme une injonction à l’abandon de tout esprit de finesse.

En bref, le monde du savoir est en train de devenir un champ dans lequel il n’est plus écrit à destination de personne, où ce qui est écrit n’est plus lu par personne (sauf les anonymes Referees des revues bien en cour) et dans lequel le savoir n’est plus vu comme un bien commun de l’humanité mais exclusivement comme une source de profit individuel, privé et/ou institutionnel.

C’est donc bien d’une attaque frontale contre la pensée qu’il s’agit ici, si par pensée on n’entend pas seulement l’activité computationnelle, la dérivation plus ou moins mécanique des implications des axiomes admis au sein d’un champ de savoir bien délimité, mais à la fois l’imagination créatrice, la mise à l’épreuve des certitudes disciplinaires par leur confrontation avec d’autres régimes de discours, et la capacité à rapporter les connaissances nouvelles aux intuitions de sens commun inhérentes à une culture donnée.

Que faire ?

Précisons encore une fois : l’objectif de notre dénonciation de la situation actuelle du savoir n’est nullement de critiquer le principe de son organisation disciplinaire en tant que tel. Il n’est pas, non plus, d’en appeler à une improbable et introuvable transdisciplinarité. Mais, face au risque considérable d’affaissement de la pensée et de disparition de toute la tradition de la culture, berceau et vivier des valeurs démocratiques, le cercle des professeurs et chercheurs disparus (ou en voie de disparition) décide de s’organiser en un réseau de connivence humaniste international. Ses membres s’engagent à tout faire, là où ils le peuvent :

- Pour favoriser, à qualité disciplinaire ou sous-disciplinaire équivalente, le recrutement de professeurs ou de chercheurs qui ne se bornent pas à maîtriser le cœur formel de leur discipline mais qui sont également conscients et soucieux de son articulation au savoir général et, pourquoi pas, de ses enjeux humains et sociaux.

- Pour inciter à ce que dans chaque discipline, une part du recrutement soit institutionnellement et explicitement réservée à cette ouverture généraliste et/ou interdisciplinaire. Cette part pouvant varier selon les disciplines, par exemple d’un cinquième dans les sciences les plus dures à la moitié en sciences humanes et sociales.

- Tous les professeurs et chercheurs qui se reconnaissant dans ce propos sont invités à se rassembler dans le Cercle des professeurs et chercheurs disparus (ou en voie de disparition) dont la principale ambition sera d’abord d’exister, et de permettre ainsi à ses membres de se connaître et de se reconnaître, à l’échelle internationale, et à travers toutes les disciplines, comme partageant la même conception du savoir. Il leur suffira, pour commencer, de se faire connaître sur une liste électronique publique. L’important sera d’abord, en effet, de se compter, de faire masse pour mesurer sur quelles forces il est possible de tabler.

- Dans un second temps, et si cette initiative rencontre le succès escompté, il sera possible de mettre en place des procédures de légitimation et d’habilitation des professeurs et des chercheurs à la fois complémentaire et concurrente des procédures officielles actuellement en vigueur.



Je n'en attendais pas moins et leur souhaite tout le succès du monde.

Il en va de notre intérêt à tous.



Aurélien
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vendredi 13 février 2009

Les raisons de la colère

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En une semaine, depuis son intervention télévisée du 5 février, Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts, en campagne permanente. Sans même compter la charge de travail que représentent la gestion de la crise économique, la préparation du G20 du mois d'avril, les investitures UMP pour les prochaines élections européennes ou le suivi de la fronde des enseignants-chercheurs, il a successivement annoncé la suppression de la Taxe Professionnelle, le plan de secours pour l'automobile ainsi qu'un comité interministériel de l'Outre-mer, sans oublier sa visite en Irak et au Koweït et aujourd'hui son intention de réduire le congé parental d'éducation compensé par la création de 200 000 places d'accueil pour les enfants. Le tout est exécuté en respectant la stratégie de communication en place depuis longtemps: je déforme, je culpabilise, j'annonce.




Sur la politique familiale, le Président nous offre un nouvel exemple de cette stratégie, comme à son habitude il arrange la réalité à son avantage pour mieux imposer son idée:
Bien sûr qu'une femme qui souhaite s'occuper à plein temps de l'éducation de ses enfants, c'est formidable, (...) mais ça doit être un choix. Ma crainte c'est que cette femme après avoir fait cela n'ait plus la chance de retrouver un emploi, parce qu'on lui dit après qu'elle est trop vieille.

Encore une fois donc, la réalité est déformée, et même renversée ; hypocrisie quand tu nous tiens... D'abord pour bénéficier du congé parental d'éducation il faut être salarié de son entreprise depuis un an. Ensuite, une simple vérification sur le site du Servie Public met à jour le mensonge populiste du patron de l'UMP. Voici les vraies conséquences du congé parental d'éducation sur le contrat de travail:

Pendant la durée du congé parental, le contrat est suspendu mais non rompu et le salarié n'est pas rémunéré.

Pour l'ancienneté, le congé est pris en compte pour moitié.

Néanmoins, des accords de branche peuvent prévoir les conditions dans lesquelles la période d'absence des salariés, dont le contrat est suspendu pendant un congé parental d'éducation à temps plein, est intégralement prise en compte.

Le salarié conserve le bénéfice de tous ses avantages acquis.

À son retour dans l'entreprise, le salarié a même droit à une formation professionnelle en cas de changement de techniques ou de méthodes de travail. Ainsi, puisque le congé parental ne génère pas de risque au niveau de l'emploi, il est clair que les parents qui décident d'en bénéficier choisissent, et non subissent par défaut, cette option. Ceux qui subissent sont celles et ceux, bien plus nombreux, qui sont obligés de reprendre leur activité professionnelle, au détriment de l'éducation de leur enfant, pour des questions matérielles.

Le Président annonce ensuite: Pour rendre effective la conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle, il faut "que l'on puisse proposer 200 000 places d'accueil supplémentaires d'ici à 2012, la fin de mon quinquennat".

Chiche? Selon les chiffres d'Attac France, recalculés pour correspondre à ces 200 000 places annoncées, cette mesure coûterait 4 milliards d'euros pour la construction, puis entre 2 et 3 milliards d'euros par an pour le fonctionnement. Où trouver autant d'argent? Les caisses de l'État sont vides et les collectivités locales qui devront certainement contribuer à ces dépenses sont dans le flou total depuis la décision de supprimer la taxe professionnelle... Alors quoi? On emprunte? On creuse encore la dette? Autant dire qu'il s'agit là, encore une fois, d'un effet d'annonce.

Sur ce sujet comme sur tous les autres, on déforme la réalité pour ensuite mieux sortir de sa manche un chiffre aussi impressionnant que démagogique. L'Élysée ne se rend pas compte que cette méthode est maintenant éculée. Elle a vécu sur le paquet fiscal, sur la réforme de l'audiovisuel public, du statut des enseignants-chercheurs, de la Constitution, des lycées, etc... Plus personne n'est dupe. En revanche chacun se sent chaque jour un peu plus méprisé.

Sur chaque sujet: polémique, controverse, humiliation, incompréhension, mensonge, incompétence, mépris... Et les français de déguiser leur désespoir en patience. Mais cette dernière a naturellement des limites, le masque se fissure, le désespoir cède a la colère. Une colère qui s'annonce impitoyable, désordonnée, sourde... à l'image de ce qui l'aura provoquée.

EDIT: Ne ratez pas le buzz!


Aurélien
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jeudi 12 février 2009

Les Jeudis d'Edgar - 16 - Crise éthique

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Chaque jeudi (ou presque...) je viens vous présenter un échantillon de l'œuvre et de la pensée d'Edgar Morin. Je souhaite ainsi, en rapprochant à ma modeste mesure ses idées de la politique en général et du MoDem en particulier, nourrir les débats qui prendront place pour définir, et éventuellement mettre en application, ce nouveau modèle de société que des millions de français ont appelé de leurs vœux en mai 2007.

Et si les diverses crises que le monde traverse aujourd'hui - économique, sociale, écologique, sanitaire, alimentaire, politique, idéologique... - ne pouvaient être expliquées que par une crise bien plus profonde, plus fondamentale et plus universelle? Il s'agirait de la crise éthique.




Extraits d'Éthique, vol. 6 de La Méthode:


Les fondements de l'éthique sont en crise dans le monde occidental. Dieu est absent. La Loi est désacralisée. Le Sur-Moi social ne s'impose pas inconditionnellement et, dans certains cas, est lui-même absent. Le sens de la responsabilité est rétréci, le sens de la solidarité est affaibli. La crise des fondements de l'éthique se situe dans une crise généralisée des fondements de certitude: crise des fondements de la connaissance philosophique, crise des fondements de la connaissance scientifique.

On touche ici au cœur de ce qui semble impossible et paradoxal dans la Pensée Complexe d'Edgar Morin. Celle-ci appelle à la compréhension, au doute, à la remise en cause. Elle se méfie des certitudes comme de la peste. Pourtant son application nécessite d'imposer l'Éthique, qui elle, à priori, requiert des certitudes. Sauf que pour être véritablement éthique, justement, l'Éthique doit être vivante et réagir, s'adapter au monde qu'elle prétend assagir. Or les certitudes brident l'évolution. Par conséquent l'Éthique, pour être fiable et pertinente, ne peut qu'être complexe et se nourrir des antagonismes et complémentarités qu'elle rencontre.


La référence aux "valeurs" à la fois révèle et masque la crise des fondements. Elle la révèle: comme le dit Claude Lefort, "le mot "valeur" est l'indice d'une impossibilité à s'en remettre désormais à un garant reconnu par tous: la nature, la raison, Dieu, l'Histoire. Il est l'indice d'une situation dans laquelle toutes les figures de la transcendance sont brouillées". Nous sommes désormais voués à ce que Pierre Legendre appelle le "self-service normatif" où nous pouvons choisir nos valeurs. Les "valeurs" prennent la place laissée vacante des fondements pour fournir une référence transcendante intrinsèque qui rendrait l'éthique comme auto-suffisante. Les valeurs donnent à l'éthique la foi en l'éthique dans justification extérieure ou supérieure à elle-même. En fait, les valeurs essaient de fonder une éthique sans fondement.

Cette illusion des valeurs devrait tous nous interroger, en particulier en politique, en particulier au Mouvement Démocrate dont la Charte des Valeurs fut l'un des documents fondateurs. Pour consolider notre identité et nos actions, ne devrions-nous appuyer nos valeurs sur une "référence transcendante"? Tel que mentionné dans le billet La coquille vide, toutes les doctrines ont tour à tour, ici et là, représenter pour les uns ou les autres, par leurs cortèges de certitudes, une référence transcendante.
Notre défi le plus essentiel serait alors, sans tomber dans le piège de la dictature doctrinaire, de s'accorder sur une référence. L'individu? La société? l'Espèce? La Pensée Complexe nous conduirait à privilégier la boucle reliant ces trois éléments, et par conséquent à adopter une référence complexe qui pourrait être une autre boucle reliant cette fois, ad minima, Libéralisme, Socialisme et Humanisme.


La crise des fondements éthiques est produite par et productrice de:

- la détérioration accrue du tissu social en de nombreux domaines;
- l'affaiblissement de l'impératif communautaire et de la Loi collective à l'intérieur des esprits;
- la dégradation des solidarités traditionnelles;

- le morcellement et parfois la dissolution de la responsabilité dans le cloisonnement et la bureaucratisation des organisations et entreprises;
- le caractère de plus en plus extérieur et anonyme de la réalité sociale par rapport à l'individu;

- le sur-développement du principe égocentrique au détriment du principe altruiste;
- la désarticulation du lien entre individu, espèce et société;
- la dé-moralisation qui "culmine dans l'anonymat de la société de masse, le déferlement médiatique, la sur-valorisation de l'argent".


Le moins que l'on puisse dire est que nous sommes en plein dedans. Ces défauts et détérioration sapent les fondements éthiques provoquant dès lors l'affaiblissement éthique qui à son tour renforce les défauts et détériorations existantes et en génère de nouveaux.
Il devient ainsi urgent, à l'heure où l'on ressource les banques et certaines industries, de ressourcer l'éthique. Mais comment?


La suite au prochain épisode :).

Pour lire ou relire tous les épisodes des Jeudis d'Edgar, c'est par ici.


Aurélien

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mercredi 11 février 2009

Consommateurs en danger

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Dans le cadre de la Révision Générales des Politiques Publiques (RGPP), le gouvernement prévoit pour 2010 de démanteler l'institution connue sous le joli sigle DGCCRF: Direction Général de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes.

Je vous invite à lire ces articles de Que Choisir, du JDD et des Mots ont un sens pour comprendre le danger que cela représente pour les consommateurs.

Pour résumer en une phrase: il s'agit de départementaliser une institution l'action n'est efficace qu'au niveau national, sinon européen. Une prise de risque absurde en cette période d'accumulation de crises où dans bien des domaines le manque de régulation à grande échelle explique de nombreuses dérives.



Est-ce grave? Oui, pour trois raisons:

D'abord l'action de la DGCCRF, publique et sensée agir en amont pour prévenir les crises, ne sera plus à la dimension des marchés ni des lois ou règlements auxquels de nombreux fabricants distributeurs répondent.

Ensuite, c'est l'indépendance du contrôle qui est remis en cause. Les pressions locales sont puissantes et parfois en compétition avec d'autres intérêts publics, qu'ils soient économiques ou sociaux.

Enfin le champ d'intervention sera considérablement réduit, en conséquence d'une réduction importante des effectifs inhérente à la RGPP et d'une réduction des moyens.

Pour réagir contre cette décision gouvernementale non concertée avec les acteurs concernés ni les associations de consommateurs, une pétition a été lancée par l'intersyndicale de la DGCCRF. Vous pouvez la signer ici.



Aurélien
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mardi 10 février 2009

La coquille vide

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L'ami Claudio souhaite examiner nos conceptions du Libéralisme. Après l'Hérétique, Alcibiade, Hervé Torchet et Spaulding, c'est Françoise Blanche, en fabulant mouton libre, qui me demande de prolonger la chaîne: Libéral : c'est à dire?

Avant de préciser le propos sur le Libéralisme, je veux dire que je me méfie des doctrines, de tous ces concepts au suffixe "isme" qui prétendent détenir seuls la vérité, qu'elle soit politique, économique, théologique, philosophique, scientifique... Gaullisme, Socialisme, Communisme, Léninisme, Trotskisme, Nazisme, Radicalisme, Phalangisme, Péronisme, Keynesianisme, Franquisme, Féminisme, Bolchévisme, etc... Centrisme aussi.



Je m'en méfie car toutes, ne se présentant jamais comme purement théorique mais au contraire liées à l'action, mènent ou ont mené notre monde vers l'abîme. Trop souvent les doctrines sont considérées, notamment par ceux qui les supportent, comme des sciences. Sauf que là où la science constate et explique, la doctrine juge et prescrit. Les fins sont tout autres. La doctrine a besoin de lignes simples et de partis pris tranchés. Elle ne démontre pas ce qu'elle affirme de l'intérieur, elle se clôt sur elle-même et n'admet aucune idée étrangère à son système.




Notre civilisation des idées subit de plein fouet la barbarie de la pensée simplifiante, réductrice, mutilante. Je suis un adepte de la Pensée Complexe. Ainsi je n'ambitionne que de défendre les idées qui ne caricaturent pas, qui ne sabotent pas le fond pour la forme, les seules qui peuvent nous libérer de cette véritable dictature doctrinaire. Pour moi les doctrines n'auraient de valeur que si elles reconnaissaient entre elles leurs antagonismes, leurs complémentarités, leurs interactions. Il faudrait pour cela qu'elles fassent preuve de ce qui ressemble théoriquement à du libéralisme: la tolérance.

Le Libéralisme est une doctrine à la fois politique et économique. Il porte une revendication sacrée, celle de la Liberté, et plus précisément la liberté de l'individu, puis des libertés en tout genre. Belle idée, toujours mise en avant par les libéraux, sauf que c'est un peu court. C'est oublier que le Libéralisme s'est d'abord fondé sur l'idée pragmatique de Machiavel, entre autres, que l'homme est fondamentalement mauvais et qu'il faut le prendre comme tel. La société libérale part de cette idée pour se bâtir, par une répression assumée et transparente, une structure où l'autorité suprême, plutôt que d'opprimer ses sujets, règne en fonction d'une potentielle harmonie et pour leur bien. Une incohérence de taille apparaît ici, puisque l'autorité suprême idéale pour un libéral est celle d'un seul homme... qui selon le postulat de départ est fondamentalement mauvais. La boucle ne se boucle pas.

Individualisme, priorité donnée à la recherche de l'intérêt personnel, toujours plus de jouissance par toujours moins de dépense. Inégalitarisme, croyance au caractère non nocif de l'inégalité des hommes, de leurs situations sociales, économiques et culturelles, puisque ces inégalités développent le goût du risque, le dynamisme et l'initiative. Interventionnisme, intervention - pour le coup paradoxale - de l'État pour définir le cadre et amortir les excès. Voilà ce qui sous-tend le Libéralisme et son petit frère, le néo-libéralisme.

Cela ne fonctionne pas. Cela ne peut pas fonctionner seul.

Une boucle dialogique essentielle pour la Pensée Complexe est celle reliant l'individu, la société et l'espèce. On ne peut rendre absolu l'individu et en faire la fin suprême de cette boucle comme ce que préconise le Libéralisme. On ne le peut pas plus pour la société (Socialisme) ou pour l’espèce (Humanisme, Écologisme).

Au niveau anthropologique, la société vit pour l'individu, lequel vit pour la société; la société et l'individu vivent pour l'espèce, qui vit pour l'individu et la société. Chacun de ces termes est à la fois moyen et fin : c'est la culture et la société qui permettent l'accomplissement des individus, et ce sont les interactions entre individus qui permettent la perpétuation de la culture et l'auto-organisation de la société. Toutefois, nous pouvons considérer que l'épanouissement et la libre expression des individus-sujets constituent notre dessein éthique et politique, sans toutefois que nous pensions qu'ils constituent la finalité même de la triade individu-société-espèce. La complexité humaine ne saurait être comprise dissociée de ces éléments qui la constituent : tout développement vraiment humain signifie développement conjoint des autonomies individuelles, des participations communautaires et du sentiment d’appartenance à l’espèce humaine.
[Edgar Morin - Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur]



Isolé, le Libéralisme n'a pas pu empêcher l'anéantissement des économiquement faibles, ni l'augmentation de la pauvreté extrême qu'on retrouve partout, jusque dans les pays où le libéralisme demeure triomphant, les pays les plus riches de la planète, les puissances politiques et économiques que sont l'Europe ou les États-Unis. Le Libéralisme, fermé sur lui-même, reste une coquille idéologique vide opposée obstinément à d'autres coquilles aussi vides qu'hermétiques telles que le Socialisme. Une opposition forcément stérile.


À mon tour à présent de solliciter d'autres blogueurs. Étant relativement loin dans cette chaîne, je ne vérifierai pas s'ils ont déjà répondu... C'est à vous Kag, Nelly et le Crapaud.

Aurélien
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